‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 101 sur 132 · LA VISION · texte numérisé non relu

LA VISION

« Je vous prie de croire que personne au monde n'est plus choqué que moi des mauvais procédés qu'on vous fait essuyer si indignement, non pas que je vous admire et vous applaudisse en tout ; au contraire, je vous dirai franchement que vous m'avez paru plus d'une fois avoir tort dans certains endroits de vos écrits. J'en étais trèsfàché. Mais ce n'est pas le tout d'être fâché, il faut être poli. Et puis, se servir des armes de Satan pour venger la cause de Dieu, cela est toujours détestable. Ah! La Vision!... elle est charmante. Je n'ai guère lu de meilleur badinage; je crois l'entendre, et je parierais cent contre un que j'en sais l'auteur, parce que je ne connais qu'un homme dans ces quartiers qui en soit capable. J'enrage seulement de voir qu'on ne l'entende pas, surtout au Val de Travers, où l'on s'obstine, dit-on, à soutenir que Pierrot des dames est un paysan ! . . .

» Vous trouverez peut-être que je devrais avoir le ton plus dolent en écrivant à un pauvre fugitif qui a risqué d'être assommé dans son lit, malgré toute la protection du roi et du gouvernement. Voulez-vous que je vous le dise? ce n'est pas vous que je trouve le plus à plaindre. J'aimerais cent fois mieux être à votre place qu'à celle de ceux qui prétendent servir Dieu en vous faisant du mal. »

Que M. de Montmollin étair loin de cette tolérance et de cette largeur d'esprit! L'opposition si ouverte de tant d'hommes distingués, de sa famille et d'une partie de ses collègues ne faisait qu'irriter sa fureur. Le premier dimanche de septembre, il prêcha si directement et avec tant de violence contre Rousseau, que M. le châtelain

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