SÉJOUR A BIENNE
bontés du roi, ne paraissait pas l'attirer davantage. Il craignait la cour, l'esclavage des cérémonies, le caractère du monarque; peut-être aussi ne voulait-il pas recommencer à Postdam l'histoire de Voltaire.
Au milieu de ces incertitudes, le projet naguère abandonné d'une excursion en Corse reparut. Il songea sérieusement à s'y rendre, non plus cependant en Lycurgue, en Solon, mais pour y vivre à l'abri, dans la retraite, hors de l'atteinte de ses ennemis. La longueur et les difficultés du voyage l'arrêtèrent. . . .
Dans cet embarras cruel, ne sachant quel parti choisir, il fut sur le point de rester à Bienne. On l'en sollicitait vivement; un secrétaire de l'ambassade française, étabUe à Soleure, l'y engageait. Déjà il s'était laissé installer dans un triste logis; mais aussitôt les amis empressés à le retenir s'éloignent, disparaissent, le vide se fait autour de lui, il y a des rumeurs dans la ville. Il sent l'effet du voisinage de l'ours. Bienne est libre, mais Berne la touche, l'entoure, la domine.
L'infortuné banni ne sait que devenir : il n'ose même plus se mettre en route, puisqu'il ne peut