‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 20 sur 132 · IMPRESSIONS DE VOYAGE · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DE VOYAGE

« Jamais je n'ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j'ose ainsi dire. La marche a quelque chose qui anime et avive mes idées ; je ne puis presque penser quand je reste en place; il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit — Je dispose en maître de la nature entière, mon cœur errant d'objet en objet, s'unit, s'identifie à ceux qui le flattent, s'entoure d'images charmantes, s'enivre de sentiments délicieux. Si pour les fixer je m'amuse à les décrire en moi-même, quelle vigueur de pinceau, quelle firaîcheur de coloris, quelle énergie d'expression je leur donne ! On a, dit-on, trouvé de tout cela dans mes ouvrages, quoique écrits vers le déclin de mes ans. Oh! si l'on eût vu ceux de ma première jeunesse, ceux que j'ai faits durant mes voyages, ceux que j'ai composés et que je n'ai jamais écrits! Pourquoi, direz-vous, ne pas les écrire? Et pourquoi les écrire ? vous répondrais-je, pourquoi m'ôter le charme actuel de la jouissance pour dire à d'autres que j'avais joui? que m'importaient des lecteurs, un public, et toute la terre, tandis que je planais dans le ciel ? »

A ces impressions riantes, opposons celles que l'auteur de Julie et d'Emile éprouvait en roulant dans la chaise armoriée. Quelle différence ! Nous retrouvons pourtant bien le même personnage, l'enthousiaste et l'auteur !

« J'avais de quoi, dit-il, ne pas m'ennuyer en route en me livrant aux réflexions qui se présentaient sur tout ce qui venait de m'arriver, mais ce n'était là ni mon tour d'esprit,

ni la pente de nion cœur contre ce qui est fait, il n'y

a plus de précautions à prendre, et il est inutile de s'en

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