‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 3 sur 132 · RETRAITE DE L ERMITAGE. II · texte numérisé non relu

RETRAITE DE L ERMITAGE. II

tant de* gloire que de chagrin, revenir dans ces mêmes contrées, où jeune, inconnu, insouciant, il avait trouvé, pour la première fois un peu de bien-être et la liberté.

Un coup de vent, une bourrasque l'y poussa, non sa volonté. Comme un vaisseau jeté à la côte loin du port qu'il cherchait, Rousseau, vingtquatre heures avant son arrivée à Motiers, ne songeait pas à s'y rendre.

Reçu à Yverdon, chez son ami Roguin, il cherchait à louer aux environs une maison pour s'y établir. Mais cette visite et ce projet étaient déjà une surprise. La semaine précédente, tranquille à Montmorency, l'auteur de la Nouvelle Héloïse, encensé, loué, recherché, loin de penser à quitter la France, formait la résolution de s'y fixer définitivement. Tout semblait l'y inviter : des amitiés nombreuses, la reconnaissance, l'intérêt, et justement, par une de ces contradictions singulières dont la destinée de Jean-Jacques plus que toute autre est remplie, ce qui devait le retenir fut la cause de son éloignement.

L'histoire vaut la peine d'être rappelée avec quelques détails; elle est le prologue naturel du séjour de Motiers, et l'explication en même

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temps du reste si agité de la vie du philosophe. Rousseau se retira à l'Ermitage le 9 Avril 1756, il était alors dans sa 44^ année. Après le succès contesté, mais réel pourtant, du Devin du Village, et de ses théories sur la musique ; après le bruit de ses discours sur les sciences et l'inégalité des conditions, cette retraite ne le fit point oublier, au contraire. Une résolution si opposée aux goûts de la société n'attira que mieux la curiosité publique. Il devint à la mode, comme le dit H. Martin, pour avoir rompu avec la mode. Fuir Paris, renoncer à tous les préjugés de la société, et à tous les avantages qu'ils procurent, gagner sa vie de ses mains par l'exercice du simple métier de copiste après s'être montré capable de prendre rang parmi les écrivains renommés de l'époque, n'était pas le moyen de se cacher, et de fait, Jean-Jacques ne pouvait plus nulle part rester obscur. Il n'avait encore rien produit de vraiment supérieur que déjà tous ceux qui le connaissaient pressentaient la portée de cet esprit sauvage, timide et rebelle à toutes les disciplines. Sans trop savoir pourquoi, on attendait de lui de grandes choses, et lui-même, soit instinct, soit réflexion, en quittant la ville, obéissait au

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