‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 4 sur 132 · LETTRE SUR LES SPECTACLES. I · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LES SPECTACLES. I

besoin de donner plus librement à ses facultés tout leur essor. La vallée de Montmorency lui offrait pour cela les meilleures conditions : la campagne qu'il aimait, le calme des champs, des promenades solitaires, et en même temps l'excitation féconde de ce grand foyer dont il voyait de loin les fumées obscurcir l'horizon. Il était seul et il se sentait observé, suivi, pressé des regards et des pensées d'une foule invisible qui lui demandait compte de ses talents et voulait savoir s'il avait fui pour les éteindre ou pour les développer.

Rousseau pouvait bien ignorer sa voie, sa mission et son génie; nul ne sait d'avance où il va et ce qu'il peut ; mais le génie ne laisse pas en paix ceux qu'il anime, et bientôt, comme un incendie longtemps contenu, celui du pauvre fils de l'horloger allait éclater en flammes immortelles. La tête et le cœur le prirent à la fois et de ce double embrasement jaillit cette lave bouillonnante de sentiment et de raison, de sagesse et de passion, qui s'appelle la Lettre sur les spectacles, la Nouvelle Héloïse et Y Emile.

Absorbé par la contemplation de la nature, enivré par le mouvement de ses idées, Jean-Jacques peuplait la terre d'êtres imaginaires « selon son

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