REVES HUMANITAIRES
cœur; » il vivait avec eux, il les aimait, les enseignait, les gouvernait et « se faisait un siècle d'or à sa fantaisie. » Et cela même ne lui suffisait pas ; il éprouvait un « vide inexplicable que rien n'aurait pu remplir, un certain élancement de cœur vers une autre sorte de jouissance dont il n'avait pas d'idée et dont pourtant il sentait le besoin. » Ces expressions sont de lui. Il a décrit comme seul il le pouvait faire cette béatitude lyrique, ces extases pleines d'un charme si doux, qu'il y aurait volontiers borné son existence et n'aurait pas demandé d'autre bonheur pour l'éternité.
Ainsi, vivant au delà du monde réel, le solitaire de Montmorency voulait emporter avec lui dans les sphères idéales les hommes et les choses de la terre. Le Contrat social et V Emile ne sont que des fragments de ses rêves humanitaires et la Julie n'est qu'une page du roman de son cœur. Surpris par le soir avant d'avoir aimé, les derniers rayons du jour semblent aux plus sages une aube nouvelle; ils se croient revenus au matin. Chez Rousseau, plus heureux que beaucoup d'autres, cette illusion ne devint pas la source d'irréparables fautes; le drame se