‹ J.-J. Rousseau et la Révolution françaiseChapitre 13 sur 107 · Lettres de la montagne. Vil · texte numérisé non relu

Lettres de la montagne. Vil

fils du prince S ou de la peine de mort contre les athées^, ou encore du mot : L'homme qui réfléchit est un animal dépravé? En voyant avec quel soin les adversaires de Rousseau commentent telle ou telle parole inconsidérée, nous pourrions croire qu'ils n'ont rien négligé; mais en y regardant de près, nous constatons que Rousseau a dit bien pis que ce qu'ils allèguent. Si l'on ne tire pas parti de ses violences les plus fâcheuses, c'est qu'il y aurait de la maladresse à les signaler. A force d'exagération, d'extravagance, ses fantaisies ôtent toute gravité à ce que l'on se réserve d'exploiter. On craint de laisser voir que, par endroit, Rousseau ne saurait être pris au sérieux, qu'il ne pèse pas ses paroles ou que, s'il les pèse, c'est avec l'intention d'effarer ses lecteurs. De même que l'on omet les mots qui, par leur modération, leur sagesse, corrigent certaines déclamations, on omet ceux qui par leur excessive intempérance produiraient le môme effet.

On donne à d'autres, en les altérant ou en les isolant, une valeur qu'ils n'ont pas. Plusieurs textes sont mutilés de manière à permettre un commen-

1. L'idée de ce mariage n'a-t-elle pas été suggérée à Rousseau par le colloque d'iM'asine Boucher cl poi:oniner'?

2. Notez ce qu'on néglige presque toujours de dire : Rousseau parle de peine capitale pour puuir non pas l'athéisme, mais le mensonge devant la loi.

taire qu'en réalité ils ne comportent nullement. Par exemple, la page du Contrai que l'on prétend inspirée par l'antipapisme, par l'animosité protestante, cette page dénoncée comme « odieuse, homicide, génératrice de persécution », n'est, à dire vrai, pas plus contre les « chrétiens romains » que contre les autres. Pour y trouver une source de persécution, il faut beaucoup de bonne volonté; pour la présenter comme particulièrement hostile aux catholiques, on en altère le

sens *.

Les panégyristes de Rousseau font grand bruit d'une ligne de V Emile qui, selon eux, est une prédiction de la Révolution. Nous avons vu qu'une telle prédiction était facile, banale, dans la seconde moitié du xvin^ siècle. Mais Rousseau, à cet endroit, parle du siècle des révolutions, ce qui n'est pas la même chose que la révolution française. Le début de l'écrit sur la Pologne explique la ligne de V Emile : Rousseau voit « tous les États de l'Europe courir à leur ruine » ; monarchies, républiques, tous « tombés en désuétude, menacent d'une mort prochaine ». L'Angleterre succombera la première; dans une note de la Paix perpétuelle , Rousseau déclare qu'il est « très aisé de prévoir »

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