‹ J.-J. Rousseau et la Révolution françaiseChapitre 19 sur 107 · XI · texte numérisé non relu

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fameuses anecdotes sur lesquelles les critiques et les psychologues dissertent avec une complaisance inépuisable, elle nous révèle, en quelques mots malheureusement trop brefs pour notre curiosité, mais assez nets et assez précis pour ne pas laisser place au doute, une réforme, une conversion dont je ne trouve pas trace dans les Confessions et que Rousseau semble dissimuler. En mentionnant la lecture qu'il fit de ces mêmes vers chez M"" de Beuzenval, à Lyon, en 1742, il n'a rien dit qui pût en faire soupçonner le prix^

Dans cette pièce de plus de trois cents vers, commencée en 1741, terminée le 10 juillet 1742, Rousseau donne « un abrégé fidèle de ses erreurs passées ». En son enfance, il a été imbu des idées qui régnaient à Genève, des maximes qu'on y suçait avec le lait. En même temps qu'on lui avait enseigné que le plus obscur citoyen a, en qualité de membre du souverain, des droits imprescriptibles, on lui avait inspiré une humeur farouche, l'aversion de la noblesse, le goût de redresser les torts. Mais à Chambéry, dans la société de M°^ de Warens, de plus sages leçons l'ont réformé. Il a fréquenté ces Grands contre les-

1. Confessions, livre VII; XVI, 26. Il dit seulement que celte pièce fit pleurer les auditeurs. Quoique la scène se passe à une époque où la sensiliililé commençait à être à la mode, ces larmes me semblent inexplicables.

quels il était si fortement et si aveuglément prévenu, et s'est réconcilié avec eux. Il a appris à blâmer les « discours insensés » qui le troublaient, il a renoncé à sa « vaine marotte ».

J'abjurai pour toujours ces maximes féroces, Du préjugé natal fruits amers et précoces, Qui dès les jeunes ans, par leurs acres levains, Nourrissent la fierté des cœurs républicains. J'appris à respecter une noblesse illustre Qui, même à la vertu, sait ajouter du lustre. 11 ne serait pas bon dans la société Qu'il fût entre les rangs moins d'inégalité.

Pénétré de cette vérité, il « respecte des grands le rang et la naissance », ne songe plus à faire le Don Quichotte. Vers l'âge de trente ans, quand il arrivera à Paris, au lieu d'y apporter une humeur sombre et des sentiments farouches, il parlera de la doctrine austère du Portique comme d'une chimère par laquelle il fut séduit jadis, d'une erreur dont il est désabusé '.

Une deuxième conversion, aussi célèbre que la première est peu connue, le ramena à la « raideur sauvage » de ses premières années. S'il ne reprit pas immédiatement les opinions de sa première jeunesse, il entra dans une voie qui l'en rapprochait de plus en plus.

Il a raconté que la question posée par l'Académie

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