‹ J.-J. Rousseau et la Révolution françaiseChapitre 21 sur 107 · Faciasne quoil olim · texte numérisé non relu

Faciasne quoil olim

Mutaius Polemon, potins insii/nia morbi ? Dicilur ex collo furtim carpsissi: coronam Postquam est impransi c irreptus voce magistri.

de l'imprudence souvent déplorée, l'Académie ne soulevait point de problème dangereux, ne provoquait aucun débat indiscret; elle parlait, non pas du progrès des arts et des sciences, mais de leur rétablissement, elle invitait à chercher quelle influence la Renaissance avait eue sur les mœurs. Rousseau ne s'y est pas trompé : en commençant sa prétendue réponse, après avoir transcrit exactement la question de l'Académie, il explique qu'il va examiner les effets opérés « depuis peu de générations », dans l'Europe tirée de la barbarie par suite des conquêtes du stupide musulman; il s'agit d'exposer les conséquences de la chute de l'empire byzantin et de la prise de Constantinople par les Turcs. Je m'attends à une comparaison entre les mœurs du Mo3^en Age et celles des temps modernes ; Rousseau ne s'en occupera pas. Deux lignes sur les Médicis et sur l'expédition de Charles YIII en Italie sont les seules qui touchent au sujet qu'il devait traiter. Au lieu de Guichardin, de Machiavel, de Balthasar de Casliglione *, il cite Plutarque et Tite-Live; au lieu de Florence, de Léon X, de Galilée, nous avons Sparte, Athènes, Fabricius. Sans apologie ni le moindre avertissement, abandonnant un problème historique sérieux, bien

1. CoiniiHMil ii'a-l-il pas usi- do la satire adressée par Aristote au cardinal IJeiiibo?

PREMIERS ÉCRITS 4b

posé, digne d'une étude attentive, il passe à un sujet qui ne saurait être qu'une source de déclamations banales et creuses'. C'est la question ainsi substituée au problème académique qui fît de lui un autre homme. Il nous a donné le change, ou plutôt il s'est fait illusion à lui-même sur ce point comme sur tant d'autres; sa conversion n'eut point le caractère théâtral dont il l'a décorée.

On a raconté que l'idée de prendre parti contre les sciences et les arts lui avait été suggérée par Diderot; il y eut même à ce sujet des controverses dont l'intérêt ne me paraît pas très vif. Que Rousseau ait spontanément imaginé son paradoxe ou qu'il l'ait emprunté ; que la thèse développée par lui avec tant d'éclat ait été indirectement inspirée par le programme de Dijon ou fournie par un entretien dans le donjon de Vincennes, peu nous importe. Ce qui est vraiment instructif, capital, c'est qu'il n'était nullement préparé à soutenir la thèse qu'il adopta, et qu'elle s'accordait si mal avec ce qu'on savait de lui, que Franceuil et quelques autres sont excusables d'avoir douté de sa

1. Dans la préface de Narcisse, XI, 312, il a prétendu qu'en traitant la question générale, il répondait à la question particulière. Mais les sciences et les arts auraient pu être funestes en principe, à l'origine des sociétés, et ne pas l'être au xV siècle. Rousseau lui-même dit que ce sont des remèdes indispensables.

sincérité. Vers la fin de sa vie*, en un temps où ses souvenirs confus s'arrangeaient au gré de son imagination, il a dit qu'avant de lire le numéro du Mercure il entrevoyait « quelque secrète opposition » entre la constitution de l'homme et celle de nos sociétés; mais « c'était plutôt un sentiment sourd, une notion confuse qu'un jugement clair et développé », « l'opinion publique l'avait trop subjugué », Il semble même que sa conversion ne fut complète et bien assurée qu'après le succès du discours, succès qui « réveilla les idées qui l'avaient dicté, les anima d'une force nouvelle et acheva de mettre en fermentation le levain » déposé en son cœur aux jours de son enfance^.

On ne saurait assez le redire : une question renconlrée par hasard, et à laquelle il s'est abstenu de répondre, lui fut l'occasion d'adopter et de soutenir avec passion une thèse peu en harmonie ou plutôt en complet désaccord avec ses opinions précédentes.

Désormais il va s'appliquer à amalgamer tant bien que mal ses nouvelles opinions avec les anciennes, à mêler les vues qu'il vient d'acquérir aux croyances qu'il n'a pas entièrement abjurées. De là, des difficultés, des obscurités, des incohé-

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