CHAPITRE I
« Voilà ce qu'on persuade au peuple...
Vos décrets, vos niaiideinents, le troublent et l'abusent sur mon compte. Il me croit un monstre sur la foi de vos clameurs. »
{Lettre de Rousseau à l' arche cêque de Paris.)
Les attaques contre Rousseau furent d'abord presque exclusivement relij^ieuses. L'archevêque de Paris fit, il est vrai, remarquer que l'^"/;? //étendait à troubler la paix des États et à révolter les sujets contre leur souverain, mais il n'insista que sur la doctrine abominable qui détruisait les fondements de la religion, sur les opinions impies, blasphématoires, hostiles à l'Ecriture sainte ou à l'Eglise. La condamnation prononcée à Genève fut
J.-J. ROUSSEAt; ET h.\ RÉVOLUTION. 1
motivée par la tendance de Rousseau à détruire les gouvernements en même temps que la religion, mais le premier de ces deux griefs n'était évidemment pas très sérieux : les magistrats de Genève étaient mal venus à traiter de séditieux l'homme qui célébrait la Constitution de leur ville en termes magnifiques, et le Parlement de Paris^ si prompt à faire brûler les ouvrages dangereux, ne sévit pas contre le Contrat social.
« Voici qui vous paraîtra bizarre, disait Rousseau. Quoi, le magistrat de Genève se fait le protecteur des autres gouvernements contre le sien même!... Dans tout le reste de l'Europe, quelqu'un s'est-il avisé de flétrir l'ouvrage?... Le seul magistrat de Genève y a trouvé des principes destructifs de tous les gouvernements. A la vérité, ce magistrat n'a pas dit quels étaient ces principes'. »
De même que Y Esprit des lois avait été censuré comme irréligieux, le Contrat social paraît l'avoir été à cause du chapitre sur la religion civile. Publié en mars, il ne fut condamne qu'en juin, avec V Emile publié en mai.
Rousseau a remarqué que son écrit le plus hardi, le Discours sur l'inégalité, avait eu son plein effet, sans que personne songeât à en empêcher la publi-