I. VII
l'accusation 3
cation en France, où il se vendait aussi publiquement qu'à l'étranger, et que le Contrat social n'avait été condamné qu'à Genève \ Ce fut la Profession de foi du vicaire savoyard qui, à Genève comme à Paris, éveilla la défiance et fît trouver mauvais ce qui passait pour inoffensif. Rousseau fut poursuivi afin de « fermer la bouche aux dévots- ».
Après la chute du trône, les partisans de la monarchie le signalèrent comme le principal auteur de la catastrophe qu'ils déploraient. Mallet du Pan lui donna pour disciples tous les révolutionnaires depuis Sieyès jusqu'à Marat\ « Le sang versé depuis quatre ans rejaillit sur sa mémoire, écrivait Mallet, et je ne crains pas de dire à ses enthousiastes, s'il lui en reste encore hors de la sanglante enceinte de Paris, qu'il devrait être l'objet d'une flétrissure publique, si ses inten-
1. On n'avait pas laissé d'abord l'édition de Hollande entrer en France, mais une contrefaçon y courait sans difficulté : « C'était affaire de commerce et non de police » (VII, 381).
2. Rousseau écrivait a. Moultou, le 15 juin 1762 : « Ce n'est pas que ce corps (le Parlement) me haïsse, mais, voulant fermer la bouche aux dévots, en poursuivant les jésuites, il m'eût fait brûler vif avec aussi peu de plaisir que de justice ». Le 10 août, il expliquait au même Moultou que les ministres protestants s'étaient faits contre lui les ■< archers des prêtres ». Voltaire crut d'abord que la condamnation était prononcée pour offense au gouvernement; mais, quelques jours après, il disait qu'elle avait été obtenue par les prédicants, et d'Âlembert lui répondait : « Si Rousseau est persécuté, c'est pour avoir jeté des pierres à l'infâme ».