‹ J.-J. Rousseau et la Révolution françaiseChapitre 30 sur 107 · Principes de polilique, p · texte numérisé non relu

Principes de polilique, p

LE COiNTllAT SOCIAL 71

posez que vous avez une constitution à rédiger, et essayez, je ne dis pas de le codifier, idée qui n'a jamais pu venir à personne, mais d'y trouver un plan, une règle, la solution des problèmes qui s'imposent à vous. Quel embarras, quelles incertitudes! Vous serez aussi anxieux que sur une grève dont le sable se dérobe sous vos pieds, ou que le soir, par un temps gris, au fond d'une forêt dont vous ne connaissez pas les sentiers, au milieu de ronciers inextricables. Je ne sais pas de la besogne plus ingrate, d'effort plus pénible, que de chercher ce que Rousseau a voulu dans plusieurs de ces chapitres \ Il sent lui-même qu'il n'est pas clair, que ses sentences magistrales se heurtent les unes contre les autres, s'infirment, se détruisent. Il avertit qu'il veut être lu posément, réclame toute notre attention, s'excuse de ses contradictions, s'en prend à la pauvreté de la langue. Si ses idées se tenaient aussi bien qu'il l'assure, il n'aurait pas tant besoin de le dire et l'on discuterait moins sur le sens de son discours -.

1. J'apprends que Stendhal, qui trouvait VEsprit des lois fort au-dessous de sa réputation, était charmé par le Conlral {Corrcsp., I, 70). Cela ne m'étonne pas chez un homme capable d'écrire la lettre contre Mme de Staël et celle contre les Espagnols.

2. On lit au ch. xv du 1. III : « Quoi, la liberté ne se maintient qu'à l'appui de la servitude? Peut-être. Les deux excès se touchent... Il y a telle position malheureuse où le citoyen ne peut être parfaitement libre que l'esclave ne soit extrêmement

L'impatience qu'il me cause est d'autant plus vive que ses divagations sont revêtues d'une forme claire et précise, que cette langue si ferme est au service d'un chaos de pensées dans lequel je me noie.

Isolé, le Contrat social n'aurait jamais eu la fortune prodigieuse qu'il méritait si peu; il ne serait pas aujourd'hui encore un sujet de controverses acharnées, on ne l'aurait pas adoré comme un oracle, un Évangile, un Coran, comme le «temple le plus superbe de l'architecture sociale », ni maudit comme un des pires fléaux de l'humanité. Les pages célèbres sur le droit du plus fort n'eussent peut-être pas suffi à le préserver de l'oubli ; il ne figurerait pas parmi les œuvres les plus fameuses du xvni" siècle, s'il n'avait été précédé par Ylléloïse et suivi de VEmile. Le début est d'un grand effet; presque tout le reste me semble plus propre à agacer, à rebuter et finaleesclave. Telle était la position de Sparte. Pour vous, peuples modernes, vous n'avez point d'esclaves mais vous l'êtes, vous payez leur liberté de la vôtre, vous avez beau vanter cette préférence, j'y trouve plus de lâcheté que d'humanité. • Rousseau ajoute que, par tout cela, il n'entend pas qu'il faille avoir des esclaves; l'avertissenient n'était pas superflu. Dire h un peuple qu'il est lâche de ne pas être libre, et que, pour l'être, il n'y a qu'à avoir des esclaves, cela ressemble fort à un panégyrique de l'esclavage. Le compagnon du Tour de France, Pierre Huguenin, a pu s'y tromper, et c'est encore ici une de ces boutades que les adversaires de Rousseau auraient pins volontiers relevées si elles étaient plus sérieuses.

ment à endormir, qu'à engendrer aucune espèce d'ivresse.

J'ai peut-être tort de dire si franchement mon sentiment, mais, à le dissimuler, n'y aurait-il pas une sorte de lâcheté ?

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