Voir ci-dessus, p
Les Constituants avaient la mission de régénérer le royaume. N'était-il pas logique, nécessaire, de convenir, avant tout, des règles qu'ils allaient appliquer, et de les énoncer nettement?
Plusieurs Cahiers de 89 avaient prévu, conseillé, une déclaration des droits : quelques-uns l'exigeaient.
Pour mettre la liberté et la propriété à l'abri du pouvoir arbitraire, le Tiers de Clermont-Ferrand recommandait de fixer « les lois fondamentales », de « reconnaître, rappeler, consacrer les principes fondamentaux du gouvernement, et leur donner une publicité qui retînt désormais les ministres ».
La Noblesse de Nantes et Meulan prescrivait à son député de demander qu'après les règlements indispensables pour l'ordre intérieur et extérieur de l'assemblée, on procédât immédiatement à une Déclaration des droits. Le député ne devait prendre part à aucune délibération avant que cette déclaration ne fût faite. « Aucun être raisonnable » ne pouvait avoir d'objection contre cette mesure, les objets de cette déclaration étant tous de l'intérêt le plus pressant.
Le Clergé de Châtillon-sur-Scine demandait une charte nette et précise contenant l'essence des lois constitutives. Une telle charte est-elle autre chose qu'une déclaration des droits?
Le Clergé parlait de même en des bailliages où il exprimait la plus vive hostilité contre l'esprit philosophique. A Caen, en même temps qu'il voulait protéger la rehgion contre les opinions du siècle, et sévir contre le plus terrible des fléaux, cet esprit d'erreur et de libertinage que la témérité des écrivains modernes s'efforce de répandre, il réclamait, « de concert avec tous les ordres du royaume », une charte assurant à jamais les droits delà nation, et commençant par déclarer que « le citoyen est franc et libre ».
Dans l'Assemblée nationale, le théoricien Sieyès ne fut pas seul à sentir l'utilité d'inscrire en tête de la Constitution les principes dont elle devait être la conséquence. Des hommes très modérés, Lafayette, Mounier, Servan, le comte de Castellane, Mathieu de Montmorency, insistèrent pour que l'on formulât les premiers éléments, les règles d'où toute la législation allait découler, et qu'avant d'établir les moyens, on fixât le but.
Lally-Tolendal lui-même se prononça pour une déclaration. Il voulait qu'elle ne fût pas isolée; mais, se souvenant que les Anglais avaient plusieurs actes qui constataient leurs droits et servaient de fondement à leur liberté, il appuya la motion de Lafayette, se réjouit des applaudissements qui l'accueillirent ; les principes lui en paraissaient sacrés
et il conseilla de l'adopter avec les perfectionnements indiqués par Mounier et par Mirabeau '.
Malouet et quelques autres orateurs, préoccupés des dangers que pouvait avoir une discussion sur les droits naturels en un temps d'effervescence et d'orages, parlaient d'ajourner la déclaration; ils n'en reconnaissaient pas moins qu'on ne pourrait se dispenser de la faire par la suite, ils protestaient vivement contre l'idée de renoncer à un exposé qui, de leur aveu, devait être l'exorde, le frontispice, une partie intégrante et indispensable de la Constitution-.
« L'ignorance, le mépris des droits de l'homme » étant, aux yeux de tous les gens sensés, les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, n'est-ce pas par une déclaration solennelle de ces droits qu'il convenait de commencer la réforme du royaume?
On s'imagine que les auteurs de la Déclaration partirent de principes abstraits et conçus a priori, d'un système échafaudé sans tenir compte de l'ex-