CHAPITRE XV
La souA'eraineté est indivisible. Cette proposition, titre du chapitre ii du livre II du Contrat social, est l'une de celles sur lesquelles Rousseau a le plus insisté. Il s'est moqué, un peu lourdement, des charlatans qui font du souverain un être fantastique formé de pièces rapportées, et qui, après avoir démembré le corps social par un prestige digne de la foire, en rassemblent les pièces on ne sait comment.
Marat avait peut-être pensé de même, mais en 1793, il tenait un langage tout différent. Le 27 mars, au moment où la Commune de Paris commençait à menacer sérieusement la Gironde, on entendit, un peu avant l'ouverture de la séance de la Convention, l'Ami du Peuple nier énergiquement le principe auquel Rousseau attachait tant d'importance : c( Il est faux, disait Marat, que la souveraineté du peuple soit indivisible. Chaque commune
de la République est souveraine sur son territoire dans les temps de crise, et le peuple peut prendre les mesures qui lui conviennent pour son salut'. »
A ces paroles, que Tliibaudeau eut raison de remarquer et de noter avec soin, il serait facile d'ajouter de nombreux exemples qui prouvent que, tout en professant une grande admiration pour Rousseau-, Marat n'était pas toujours d'accord avec lui, ne le prenait pas pour guide, et même le contredisait ouvertement sur les points les plus graves.
Pour défendre Bailly contre rAmi du Peuple, les Révolutions de Paris citaient le « profond chapitre intitulé : du principe qui constitue les diverses formes du gouvernement^ ».
Mais Mallet du Pan a rapporté qu'en 1788 Marat lisait et commentait le Contrat social dans les promenades publiques, aux applaudissements d'un auditoire enthousiaste. Taine n'a pas manqué de reproduire la déposition de ce « juge compétent, témoin oculaire », et à sa suite, M. Jules Lemaître l'a enregistrée deux fois. Il faut avouer que cela