‹ J.-J. Rousseau et la Révolution françaiseChapitre 75 sur 107 · Préface de Narcisse, XI · texte numérisé non relu

Préface de Narcisse, XI

2. Il parle ainsi de lui-même à la troisième personne, dans son troisième dialogue, XIX, 233.

Il avait le droit de tenir ce langage à la fin de sa vie; constamment, en etTet, il s'est expliqué sur ce point en termes non équivoques.

Dans ce premier discours oii il s'écrie : « Dieu tout-puissant, délivre-nous des lumières et des funestes arts de nos pères, et rends-nous l'ignorance, l'innocence et la pauvreté », nous trouvons un hommage inattendu à ces lumières et à ces arts dont il vient de souhaiter l'abolition. Il déclare que les Sociétés savantes peuvent, par des questions judicieuses, susciter des débats utiles et honorables, préparer de grandes et précieuses découvertes.

« La prévoyance éternelle, en plaçant, à côté de diverses plantes nuisibles, des simples salutaires, et dans la substance do plusieurs animaux malfaisants, le remède à leurs blessures, a enseigné aux souverains qui sont ses ministres, à imiter sa sagesse. C'est à son exemple que, du sein môme des sciences et des arts, source de mille dérèglements, ce grand monarque, dont la gloire ne fera qu'acquérir d'âge en âge un nouvel éclat, tira des sociétés célèbres... sages institutions alTermies par son auguste successeur... Celles de ces Compagnies qui, pour les prix dont elles honorent le mérite littéraire, feront un choix de sujets propres à ranimer l'amour de la vertu, donneront aux peuples le

plaisir si rare et si doux de voir des sociétés savantes se dévouer à verser sur le genre humain non seulement des lumières agréables mais aussi des instructions salutaires*. »

Dans sa réponse au roi de Pologne, il dit qu'en brûlant les bibliothèques, en détruisant les universités, on ne ferait que replonger l'Europe dans la barbarie sans aucun prolit pour les mœurs. « Laissons donc les arts et les sciences adoucir la férocité... Les lumières du méchant sont encore moins à craindre que sa brutale stupidité. J'ai loué les académies et j'en répéterai volontiers l'éloge. »

Dans la préface de Narcisse, qu'il recommande comme un de ses meilleurs écrits, oii il a mis « à découvert ses principes » , il reproche à ses contradicteurs de lui prêter des idées qu'il n'a jamais eues -. On a raison de réfuter des propositions telles que celles-ci : La science n'est bonne à rien» ne fait que du mal ; il y a un moyen de redevenir honnêtes, c'est de proscrire les savants, de brûler les bibliothèques , de fermer les académies, les collèges. Rousseau n'a « jamais dit ni pensé un seul mot de tout cela » ; rien de plus opposé à son système que cette « absurde doctrine ». Voici ce qu'il a dit : « Quand une fois un peuple est cor-

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