VII
3. Dans l'écrit sur l'Economie politique, I, 431, en regard de Socrate le plus sage des hommes, il met de même Caton qui, par sa vertu, « semble un Dieu parmi les mortels ». Dans sa lettre à d'Alembert, il prétend n'avoir sur le socinianisme que quelques notions confuses et sentir pour cette secte plus d'éloignement que de goût: mais il paraît que c'est là une addition envoyée pendant l'impression et supprimée dans l'édition de 1782, conformément aux indications de Rousseau. Le commentateur Petitain croit que Rousseau avait sacrifié à la convenance en énonçant une disposition que réellement il n'avait pas et se proposait d'effacer dans une édition définitive ce passage contraire à ses véritables sentiments. Petitain dit aussi que dans une lettre du lo janvier 1769, Rousseau parle en socinien bien décidé; je ne trouve rien de tel à cette date, mais dans la lettre du 14 février, à Moultou, Rousseau s'éi'rie : « Quoi, le juste infortuné mourrait en béte après avoir vécu en Dieul... >on, Jésus ne mourut pas tout entier sur la croix. » Je lis encore dans les Lettres de la Montagne : « Nous sommes chrétiens chacun à notre manière, nous
pour le christianisme une tendre admiration dont la sincérité ne paraît pas douteuse ; ses élans pieux font penser à une véritable conviction.
L'Evangile est à ses yeux « un livre divin, le seul nécessaire à un chrétien » ; jamais la vertu n'a parlé un si doux langage, jamais la plus profonde sagesse ne s'est exprimée avec tant d'énergie [Réponse an roi de Pologne). D'importantes vérités sont à dire, qui ne peuvent être dites que par un croyant, et Rousseau sera ce croyant-là; il voudrait cimenter de son sang l'arbre sacré'. Il écrit à l'archevêque de Paris : « Je suis chrétien, sincèrement chrétien, très convaincu des vérités essentielles du christianisme... Je me réunis de cœur avec les vrais serviteurs de Jésus-Christ et les vrais adorateurs de Dieu pour lui offrir dans la communion des fidèles les hommages de son Église. Il m'est consolant et doux d'être compté parmi ses membres, de participer au culte public et de me dire au milieu d'eux : Je suis avec mes frères. »
« Reconnaissant dans l'Evangile l'autorité divine, nous croyons Jésus-Christ revêtu de cette autorité, nous reconnaissons une vertu plus qu'humaine dans sa conduite et une sagesse plus qu'humaine
en gardant sa parole, vous en croyant en lui. » (VII, 201.) Ce langage n'est-il pas d'un socinien?