‹ J.-J. Rousseau et la Révolution françaiseChapitre 84 sur 107 · Lettre à M..., XXI · texte numérisé non relu

Lettre à M..., XXI

dans ses leçons; voilà ce qui est bien décidé pour nous. » Par un raisonnement « juste et simple », on a prouvé que Dieu avait donné à la mission de ses envoyés des caractères qui la rendaient reconnaissable à tout le monde; quand ces signes sont réunis, tous les hommes doivent être persuadés à moins d'être fous ou méchants \

A côté de cela, il y a des pages où Rousseau paraît moins convaincu, et même ne l'est plus du tout. Son cas ressemble fort à celui de M""' de Warens. Elle ne croyait pas ù l'enfer : « Toute la doctrine du péché originel et de la Rédemption est détruite par ce système, la base du christianisme vulgaire en est ébranlée et le catholicisme au moins ne peut subsister ». Cependant M'"' de Warens prétendait « de très bonne foi » être catholique. « Fidèle à la religion qu'elle avait embrassée, elle en admettait sincèrement toute la profession de foi. Mais quand on venait à la discussion de chaque article, il se trouvait qu'elle croyait tout autrement que l'Église, toujours en s'y soumettant. Elle avait là-dessus une simplicité de cœur, une franchise plus éloquente que des ergoteries et qui

1. Partant de ce principe, Rousseau se déclare chrétien. Ses persécuteurs disent qu'il ne l'est pas, qu'il rejette la révélation puisqu'il doute des miracles; mais les miracles ne sont pas l'unique preuve de la révélation. (Lettres de la Montagne, VII, 202, 251-2.)

souvent embarrassait son confesseur. « Je suis bonne catholique, lui disait-elle, je veux toujours l'être, j'adopte de toute la puissance de mon âme les décisions de la Sainte Mère Église. Je ne suis pas maîtresse de ma foi, mais je le suis de ma volonté. Je la soumets sans réserve et je veux tout croire. » A certaines heures, Rousseau dut tenir à peu près le même langage.

Son retour au protestantisme fut inspiré, non par un sentiment religieux, mais par des considérations purement politiques. Rentrant à Genève en 1754, ressaisi par l'enthousiasme républicain et le zèle du patriotisme, il eut honte d'être exclu de ses droits de cit<.yen par la profession d'un autre culte que celui de ses pères. Il considéra « qu'il appartenait en chaque pays au seul souverain de fixer et le culte et le dogme,... qu'il était du devoir de chaque citoyen d'admettre le dogme et de suivre le culte prescrit par la loi ». Il redevint protestant parce qu'il voulait être citoyen '. Il ajoute que les encyclopédistes, loin d'ébranler sa foi, l'avaient affermie; toujours est-il que, de son propre aveu, cette foi ne fut pour rien dans sa décision.

M™" d'Epinay a raconté qu'au cours d'un souper chez jM"" Quinault, Duclos et Saint-Lambert ayant

Page 1