Dernier chapitre du Contrat social
antichrétien que les philosophes dont il affecte de se séparer et de réprouver l'impiété ; sa polémique diffère de la leur par le ton plutôt que par le fond '. Seulement il élude les conséquences de sa discussion, il reste attaché par sentiment aux croyances que son intelligence rejette, il parle en même temps le langage de la raison et celui de la déraison. Dans ses discours comme dans sa conduite, il a des incartades incompréhensibles, il se donne des démentis inexplicables, faisant preuve tour à tour d'une logique puissante et d'une incohérence extrême. Voyez dans les Lettres de la Montagne les « deux règles de foi qui n'en font qu'une : la raison et l'Evangile, la seconde d'autant plus immuable qu'elle ne se fonde que sur la première » ; trois pages plus loin, on lit : « Beaucoup de choses dans l'Evangile passent notre raison et même la choquent- ». Il n'y a peut-être pas d'exemple d'un
1. N'cxagère-t-on pas Fécarl (ju'il y a entre lui el les écrivains appelés improprement encyclopédistes? Pendant plusieurs années il fut avec eux. 11 a prétendu s'être séparé d'eux dès son entrée à l'Ermitage. Cependant, en 1758, on lui donnait et il acceptait le nom d'encyclopédiste. (Lettre d'octobre, XXII, 21o-G.) En 1760, Palissot le mettait en scène avec la secte. Dans les Confessions, XVII, 136, il écrit qu'en 17G1 les Jésuites ne l'aimaient pas parce qu'il était encyclopédiste et plus opposé à eux que « ses confrères ». — Brissot, très attaché aux encyclopédistes, aimait Rousseau au point de songer à devenir son garde-malade. {Mémoires, I, 138, 142, 261.)
2. Vil, 203 et 203. Et ceci, p. 20o : « S'ils (nos prosélytes) sont maîtres du pays où ils servent, ils établiront une forme de culte
pareil alliage de la déclamation la plus outrée avec un grand bon sens; au moment où nous admirons la sagesse de ses propos, il s'abandonne à ce qu'il appelle le mouvement de son cœur et qui n'est que le désordre de son imagination, le symptôme d'un état d'esprit maladif.
« Je vois Rousseau tourner autour d'une capucinière où il se fourrera un de ces matins, disait Diderot. Rien ne tient dans ses idées, c'est un homme excessif qui est ballotté de l'athéisme au baptême des cloches; qui sait où il s'arrêtera' ! »
Montaigne, lui aussi, amalgame avec les professions de foi qu'il prodigue indiscrètement des paroles peu religieuses dont Rousseau s'est souvenu. Mais quelle différence entre les contradictions de ces deux hommes! Montaigne parle souvent en catholique, jamais en chrétien. On a quelquefois essayé de nier son incrédulité, on n'a pas soutenu et l'on ne saurait soutenir que son livre ait été de quelque secours à la religion. La Profession de foi du vicaire servit à combattre le christianisme mais aussi à le défendre. Rousseau
tiussi simple que leur croyance... Cette institution faite, tous seront obligés de s'y soutneltrc parce qu'elle n'est point fondée sur l'autorité des liommes. ■• Un peu avant de dire que toutes ces relipions sont des institutions salutaires (IV, 235), le vicaire dit : • Parmi tant de relierions (|ui s'excluent uiutucllement, une seule est lionne, si tant est ((u'elie le soit >. 1. Lettre du 25 juillet 1702 ù M"- Voland.
prétendait ne pas Tavoir attaqué; il ajoutait pourtant : « Il est faux, du moins, que j'ai eu ce dessein ' ». Pouvait-il se dissimuler qu'il troublait profondément certaines âmes? Ses lettres prouvent que le reproche d'inquiéter les croyants lui était adressé par d'honnêtes gens dont les procédés méritaient son estime et qu'il avait eu tort de prendre pour des ennemis-. La Profession de foi du vicaire ébranla la foi de Brissot, commença à le détacher du christianisme ^
M"' Roland soupçonnait qu'en traçant le portrait de Volmar. chez qui le flegme du raisonnement fait évanouir l'illusion favorite « du sentiment », Rousseau voulait se peindre.
Chrétien de cœur, d'intention, il se flatte de ne porter aucune atteinte aux convictions religieuses; antichrétien d'esprit, il les attaque violemment et ses coups portent si loin qu'ils dépassent la révélation et semblent venir d'un athée, mais d'un athée qui, comme Volmar, pourrait bien finir par une conversion et qui fait de son mieux pour préserver de l'athéisme les âmes chez lesquelles subsiste la foi\ On dirait un homme qui soutien-