‹ J.-J. Rousseau et la Révolution françaiseChapitre 98 sur 107 · Deuxième préface de YHéloïse · texte numérisé non relu

Deuxième préface de YHéloïse

Sou attente ne fut pas trompée, il eut le genre de succès qu'il avait désiré '. Comme l'a ditMusset- Pathay, il donna à la morale un charme inconnu. Les hommes de la Révolution ont sans doute aimé en lui l'apôtre de la liberté, mais surtout l'apôtre des bonnes mœurs dont ils sentaient si vivement le besoin et le prix.

Pour accomplir leur tâche, la vertu semblait plus utile que les lumières. Dans une circulaire du 21 septembre 1792, Roland écrivait que le nouveau régime exigeait des mœurs qui lui fussent appropriées, du caractère, l'esprit d'humanité et de bienveillance, la noble fierté de l'homme libre, l'héroïsme de la justice, du courage et de la bonté. Rousseau leur parlait de tout cela avec une éloquence dont ils étaient profondément touchés; Mably et quelques autres, qui disaient des choses du même genre, furent aussi très écoutés, mais leur action n'approcha pas plus de la sienne que la renommée des Entretiens de Phocion n'approche de celle de l'i^'/M/Ze ou à^V Hcloïse\ Rousseau, mieux qu'aucun contemporain, avait le secret de faire aimer l'innocence,

1. 11 l'a constaté nu début du 9° livre des Confessions; après avoir dit que Vllélnisc réussit en France mieux qu'ailleurs, il ajouta : ■< L'amitié, l'amour, la vertu, régnent-ils dune à Paris'? Non, sans doute, mais il y régne ce sens exquis qui nous fait chérir dans les autres les sentiments purs, tendres, honnêtes, que nous n'avons plus. »

le désintéressement, tous les sentiments honnêtes et tendres.

En pensant à lui, Diderot se sent plus d'amour pour la vertu.

Bernardin de Saint-Pierre l'associe à Socrate, à Epictète, à Marc Aurèle, à Fénelon.

Mirabeau salue en lui moins l'écrivain de génie que l'homme qui par ses mœurs est digne de tous les respects, l'apôtre de la « vertu qui fut l'âme de ses ouvrages ».

A sa vue, Aurore de Saxe fond en larmes.

Duxaulx le révère comme un Dieu, baise religieusement sa porte.

Le prince de Ligne veut l'installer dans un temple dédié à la vertu; il sent, en le quittant, le même vide qu'après un beau rêve.

Après avoir lu VHéloïsc, on tient plus à ses devoirs, les mœurs simples, la bienfaisance, la retraite, ont plus d'attraits pour nous, dit M°^ de Staël. Elle traverse le lac d'Ermenonville avec un sentiment religieux, pleure sur la tombe de l'île des Peupliers.

« La postérité, dit Corancez, aimera les devoirs qu'il prescrit par la manière dont il les prescrit et les remplira parce qu'il le veut ainsi.

Il a, selon d'Eymar, commencé une véritable révolution dans les mœurs et mérité par là les

J.-J. Rousseau et la Révolution. M

hommages dus aux bienfaiteurs du genre humain K

Aux yeux de deux Amis de la liberté, les bosquets d'Ermenonville sont des bois sacrés où un homme sensible ne passe pas sans un doux frémissement et dont le silence ne doit être troublé que par le tribut d'hommage et d'attendrissement dû à celui qui a brisé les liens dont on garrotait l'enfance, qui a rappelé les femmes à la pudeur, les hommes à la vertu et démontré que l'accomplissement du devoir est le sûr chemin du bonheur.

« 0 mon maître, mon soutien, sublime et vertueux Rousseau ! » s'écriait Louvet réfugié dans le Jura.

En 17111, pour obtenir de la Constituante la Panthéonisation de Rousseau, les pétitionnaires faisaient valoir principalement l'enthousiasme de vertu et de liberté qui caractérise toutes ses productions, les sentiments nobles et purs qui, en régénérant les mœurs, avaient préparé la régénération des lois. Le président de l'assemblée, V. de Broglie, répondit que les Français sentaient mieux tous les jours ce qu'ils devaient à celui qui dans tous ses ouvrages leur apprit à aimer la vertu, à secouer non seulement les chaînes du despotisme mais aussi celles du vice.

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