‹ J.-J. Rousseau et le libraire-imprimeur Marc-Michel ReyChapitre 12 sur 14 · XIV. Dernières lettres · texte numérisé non relu

XIV. Dernières lettres

Jeannette ou les Confessions.

Nous extrayons encore quelques passages des lettres de Rousseau à Rey. Maintenant que nous avons fait connaissance avec la famille Rey, ces détails auront plus d'intérêt.

En août 1766, Rousseau a appris à Wootton que Rey avait eu « quelques affaires désagréables » ; il lui parle en ami, affectueux mais point flatteur : «Je vous aurois écrit à ce sujet si vous ne m'aviez prévenu. J'augure sur ce que vous ne m'en dites rien que tout cela n'a pas eu de suites et je m'en réjouis de tout mon

- qS -

cœur : mais mon amitié pour vous ne me permet pas de vous taire mon sentiment sur ces sortes d'affaires. Tandis que vous commenciez et que vous aviez besoin de mettre pour ainsi dire à la loterie, il vous convenoit de courir quelque risque pour vous avancer : mais maintenant que votre maison est bien établie, que vos affaires comme je le suppose sont en bon état, ne les dérangez pas par votre faute ; jouissez en paix de la fortune dont la Providence a béni votre travail ; et au lieu d'exposer le bien de vos enfants et le vôtre, contentez vous de l'entretenir en sûreté sans vous permettre d'entreprises hasardeuses. Voilà mon cher Compère un conseil de l'amitié, et je crois de la raison : si vous trouvez qu'il soit à votre usage profitez-en... » {Œupres, éd. Hachette, XI, p. 38o)

Le 20 décembre, Rousseau écrit encore de Wootton pour demander des nouvelles ; il n'en a pas eu de plusieurs mois : « Donnez-moi, je vous prie amplement de vos nouvelles, de celles de Mad. Rey, de tout ce qui vous appartient et surtout de ma chère filleule que j'embrasse de tout mon cœur ainsi que son cher papa... » (Bosscha, p. 271). Le i5 juin 1767, il envoie une lettre par « Monsieur Du Peyrou. » Rentré d'Angleterre, fin mai, il est à Fleury-sous-Meudon, dans la campagne du marquis de Mirabeau ; au milieu de ses errements, il n'oublie pas le fidèle Rey : « Donnez-moi de vos nouvelles, de celles de Madame Rey et de ma chère filleule que je charge M. Du Peyrou d'embrasser pour moi. » {Ibid., p. 274)

Ici se place une lettre de Rey conservée par Rousseau, et que nous reproduisons en partie puisqu'elle est inédite et trahit l'inaltérable attachement de cette

famille pour l'écrivain ; elle est datée du 9 août 1767 : «Votre obligeante lettre, mon cher Compère, du i5 Juin dernier par M. Du Peyrou m'a beaucoup consolé car j'étois depuis assez long-tems dans une inquiétude où je me suis peu trouvé ^ ; je n'ay jamais voulu croire votre départ de l'Angleterre et je ne pouvois concevoir ce qui y pouvoit donner lieu ; permetté-moi de vous le dire, vous nous négligés trop ; deux mots seulement à votre départ ou à votre arrivée en france nous auroient tranquillisé; ny dites que ce que vous voulés que tout le monde sache ; j'en suis content, mais pour l'amour de Dieu si jamais pareil événement arrive, donnés-nous de vos nouvelles et encore un coup deux mots suffiront. — Ma femme vous embrasse de tout son cœur pour elle et pour votre petite filleule qui jouit d'une parfaite santé ; elle est forte pour son âge et si Dieu nous prête vie, puisque vous habités un pays plus à notre portée je pourrois bien vous la conduire si jamais je fait le voyage de France et vous la laisser pour quelques jours afin qu'elle puisse dire vous avoir vu. — Elle vous connaîtra j'espère, votre portrait nous occupant quelquefois... mon fils aîné est de retour de Vienne. » (Inédit)

Le 28 septembre, de Trie, Rousseau écrit une longue lettre, signée « l'herboriste de Mad^ la duchesse de Portland, » pour demander des ouvrages de botanique. Il a entendu que son ami a encore souffert de la goutte ; il espère que celui-ci viendra le visiter en France, même avant que la filleule soit en âge de l'accompagner ; s'il ne peut venir, que n'envoie-t-il son fils ? (Bosscha, p.

' Il avait appris le départ d'Angleterre, et peut-être certains bruits bizarres sur le compte de son ami.

273-8) Environ huit mois et demi plus tard, Rousseau écrit de nouveau assez longuement, de Trie, au sujet de livres. Nous y apprenons que Rey reçoit toujours quantité de lettres adressées à Rousseau, lequel est fort heureux de laisser à son ami le soin de refuser ce qui paraît suspect ou de peu de valeur. « La lettre venue d'Amérique est un tissu de bêtises ; ce n'est pas la peine de recevoir de si loin pareille marchandise ; on en trouve de reste autour de soi... Je m'en rapporte bien à votre discernement pour faire le triage et je trouverai même très bon que vous ouvriez les lettres quand vous serez en doute sur leur contenu. Bien entendu que vous tiendrez note des ports ^w Rousseau est désespéré de ne point encore avoir trouvé le repos si ardemment souhaité ; son intérêt toujours plus marqué pour sa filleule qu'il ne connaît pas, mais qui est un peu sienne et remplace pour lui la famille, est bien touchant : « Je lis avec intérêt et attendrissement — écrit-il au milieu de sa lettre — tout ce que vous me marquez de ma petite filleule ; plus, revenu des illusions que je m'étois fait, je me détache des faux amis de la vie, plus je sens que je m'attache à cette chère enfant ; j'aurois été charmé de la voir et de vous voir, en particulier pour vous parler d'elle, et si vous eussiez pu l'amener j'en aurois été comblé ; mais ma situation précaire et toujours incertaine ne me laisse compter sur rien dans l'avenir... Mais si je n'ai point de repos, j'aurai du moins des consolations très douces tant que

' Bosscha, p. 281 . Nous relevons ce détail, car il montre bien la confiance de Rousseau. On se souvient que la question des lettres et de la discrétion observée en les transmettant à Rousseau, a été un des grands points de discussion dans la querelle avec Hume.

lOl

j'aurai de bonnes nouvelles de vous, mon cher Compère, de ma bonne et sensible commère Madame Rey que je salue et embrasse de tout mon cœur, et de ma petite filleule que je vous charge aussi de baiser pour moi sur les deux joues et de lui dire que je veux qu'elle m'écrive dans six mois une jolie petite lettre bien tournée, bien écrite et toute de sa façon... » {Ibid., p. 283). Rousseau est de nouveau en route. Une lettre de Rey, avec des vœux de bonne année. Ta rejoint à Monquin. Jeannette aussi lui a écrit. « Votre lettre du 9 de ce mois [janvier 1769] mon cher Compère, m'a fait un plaisir infini. Je suis enchanté de celle de ma filleule...» Et encore : ce Je ne puis me lasser de relire la charmante lettre de ma filleule. Je voudrois embrasser cette aimable enfant dix fois pour chaque ligne, et je me suis déjà surpris plusieurs fois à pleurer comme un enfant moi-même en la relisant. Elevez-la de façon qu'elle soit aussi sage et vertueuse qu'aimable ; parlez-lui quelquefois de son parrain de façon qu'elle en aime la mémoire... » {Ibid.^ p. 286). Le 27 avril, nouvelle lettre : «Ma petite Jeannette est charmante; il est bien cruel pour moi de ne pouvoir embrasser cette chère enfant, c'est une consolation qui me seroit trop douce pour qu'il me soit permis de l'espérer. Je ne suis pourtant pas content de la seconde lettre [de Jeannette] ; elle est dictée, cela est sur ; quand elle m'en écrira une toute entière de son estoc, je promets de lui répondre.» {Ibid.^ p. 287). Mais, malgré son désir de voir la chère enfant, quand Rey (dans sa lettre du 9 janvier) se propose de la lui amener, Rousseau s'excuse de ne pouvoir l'accueillir : « Ma situation s'y oppose pour des raisons trop longues à détailler et que vous pouvez aisément

comprendre. Ainsi, mon cher Compère, je vous le dis bien à regret, ne venez pas ; aussi bien, selon toute apparence, arriveriez-vous trop tard.» {Ibid., p. 283-4). Au printemps, Rey parle de nouveau d'aller chez son ami, soit seul, soit avec la fillette. Mais on ne Tencourage pas : « Ce seroit un grand plaisir pour moi de vous voir, mais je suis obligé de vous réitérer qu'outre les inconvéniens pour vous d'un si grand voyage, il y en auVoit aussi pour moi qui me font désirer que vous ne veniez pas. » (Monquin, 27 avril 1769; Bosscha, p. 287J.

Après cette lettre du 27 avril, en voici encore une du 1 1 juin : « Je serais assurément fort aise de vous voir et de vous embrasser; mais quoique j'aye ci-devant désiré ce voyage, ma situation présente m'a fait changer d'avis et vous m'obligeriez de n'y plus songer. Ce long fatigant et coûteux voyage ne vous seroit d'aucun avantage et me seroit plus nuisible qu'utile. Je vous crois trop mon ami pour y persister à mon préjudice... » (Ibid., p. 290).

Que signifie donc cette attitude ? Craint-il le bruit, vu sa santé précaire ? Non pas, car il prie Rey de s'abstenir de toute visite. Ou serait-ce que Rousseau ne tient pas à ce que Rey voie son ménage avec Thérèse ? Peut-être. N'est-ce pas alors, le 12 août, quelque temps après son mariage, qu'il dut écrire à son épouse la fameuse lettre où il la reprend pour sa conduite. Mais bien avant déjà, alors qu'il était «très content de son mariage,» il avait refusé la visite de Rey. {Ibid., p. 284). Il faut admettre plutôt qu'une circonstance accidentelle a motivé ce refus, puisque peu de temps auparavant Rousseau demandait à Rey de venir, et qu'il le lui demandera de nouveau quelque temps après. En

— io3 —

effet, Rousseau écrivait à ce moment avec une hâte fébrile la deuxième partie des Confessions. Il se préparait à aller à Paris, ce document justificatif en main, affirmer qu'on l'avait calomnié ; il tenait à n'être point dérangé. Or la venue de Rey lui aurait créé des obligations auxquelles il voulait échapper. Comme il tient à garder le secret sur cet ouvrage, rien d'étonnant à ce qu'il n'en parle pas ^ Notons ici un passage significatif de la lettre du 27 avril : « Quand vous me suggérâtes le projet d'écrire les mémoires de ma vie, je n'imaginois guère que ce projet adopté trop légèrement m'attireroit les calamités qui en ont été l'effet. Ne me reparlez jamais de cette entreprise; si vous m'aimez, ayez regret de me l'avoir suggérée, et si vous m'en reparlez, attendez-vous à n'avoir aucune réponse sur ce point. » (Ibid., p. 288).

C'est une allusion à ce qui était sa préoccupation de tous les instants, qui lui échappe. Rousseau était persuadé que ses ennemis le traquaient et cherchaient à l'empêcher d'écrire l'histoire de sa vie. Relisons le passage du début de cette deuxième partie des Confessions : « Je voudrois pour tout au monde pouvoir ensevelir dans la nuit des temps ce que j'ai à dire, et forcé de parler malgré moi, je suis réduit encore à me cacher, à ruser, à tâcher de donner le change, à m'avilir aux choses pour lesquelles j'étois le moins né. Les planchers sous lesquels je suis ont des yeux, les murs qui m'entourent ont des oreilles ; environné d'espions et de surveillants malveillants et vigilants, inquiet et dis-

' Cette rédaction de la deuxième partie des Confessions est du reste un sujet inexploré; nous avons les documents nécessaires pour en faire l'historique; jusqu'ici le temps nous a manqué pour l'écrire.

cret, je jette à la hâte sur le papier quelques mots interrompus qu'à peine j'ai le temps de relire, encore moins de corriger. » (Confessions^ VII, Œuvres, VIII, p. 19Ô).

Les mots mystérieux et inattendus adressés à Rey pour le dissuader de venir ne s'expliqueraient-ils pas par cette hypothèse? Entre les Co7ifessions et Jeannette, Rousseau n'hésite pas ; son honneur est en jeu. Puis le -calme renaît; peut-être le souvenir des jours tranquilles à l'île Saint-Pierre, qu'il vient d'évoquer dans la deuxième partie des Confessions^, y est-il pour quelque chose. Le 29 novembre donc, après s'être excusé de n'avoir pas répondu à une lettre du 20 juin, il écrit : « Je prends l'intérêt le plus vif à cette chère enfant. Le désir de la voir va dans mon cœur jusqu'à l'inquiétude. Je n'espère pas pouvoir satisfaire ce désir, mais si jamais vous en trouvez l'occasion je m'y prêterai, quoiqu'il arrive, avec le plus tendre empressement. Je ne pense plus sur votre voyage comme je faisois dans ma dernière lettre ; je vois et je sens chaque jour davantage que tout ce que je sacrifie à mon repos ne m'y mène point, et que ce que j'avois pris pour de la prudence n'étoit que de la pusillanimité.» (Monquin, 23 novembre 1769; Bosscha, p. 291).

Il avait annoncé dans la lettre du 1 1 juin qu'il n'écrirait plus guère ; ici on sent son désir de reprendre contact avec des êtres aimés. L'isolement pèse à son cœur, et la maison de Rey lui apparaît comme un endroit privilégié.

Cependant il ne se croit pas libre. Tout en ayant

' Rousseau avait l'intention d'ajouter une troisième partie.

soif d'affection, il remplira son devoir. Il va renoncer même à la botanique ; ce goût « m'absorboit tout entier... me relàchoit le cœur, m'attachoit trop à la vie oisive et solitaire, et m'empêchoit de remplir d'indispensables devoirs que je ne puis négliger sans me manquer à moi-même. » (Ibid.^ p. 292). Il s'agit évidemment des Confessions et de sa réhabilitation, qu'il compte poursuivre. Le 7 juin de Tannée suivante, il écrit à Rey, de Lyon, une lettre avec l'en-tête étrange de cette période : Pauvres aveugles que nous sommes^ Ciel démasque les imposteurs^ etc. II se rappelle au souvenir de ses amis hollandais : « Depuis mon arrivée à Lyon j'ai voulu, mon cher Compère, de jour en jour vous écrire... Prêt à partir pour un petit voyage, je ne veux pas du moins quitter Lyon sans vous donner, et à ma chère Commère et à ma petite filleule, un petit signe de vie... Si vous effectuez le voyage que vous avez projeté pour cette année, il n'est pas impossible que nous nous trouvions rapprochés ^.. »

Au commencement de juillet, il est de retour à Paris. Là, comme on sait, il y eut un mieux sensible dans son état. Dès sa première lettre à Rey, il demande à le voir : «Je suis affligé de votre goutte. Je serois fâché que les suites me privassent du plaisir de vous voir à Paris. Vous me demandez si je m'y fixerai. Je vous réponds que je ne sais jamais aujourd'hui ce que je ferai demain. » Après les salutations, cordiales comme à l'ordinaire, peut-être en réponse à quelque remarque de -Rey : « La manière de dater que vous avez vue à la tête

^ Bosscha, p. 294. Pour ce voyage, voir Mugnier: Mad. de Warens et J. J. Rousseau, chap. XII.

— io6 —

de ma précédente lettre et que vous voyez à celle-ci est une formule générale que depuis plusieurs mois j'emploie dans toutes mes lettres sans aucune exception. Soyez sûr que je ne daignerois pas écrire à ceux que je croirois en mériter l'application.» (26 juillet 1770; Bosscha, p. 294-5).

Il semble que ce revoir tant ajourné va enfin avoir lieu. Madame Rey est malade ; mais Rey est remis (automne 1770) ; et Rousseau de se réjouir : « Vous ne doutez pas, mon cher Compère, du plaisir que j'aurai à vous voir avec ma filleule ; mais vous ne devez consulter pour le tems que la convenance de votre santé et de vos affaires. Adieu, mon cher Compère, je vous embrasse et ma chère commère à qui je souhaite un prompt rétablissement ; embrassez pour moi la petite. Ma femme vous remercie [pour la pension] et vous salue. Mille amitiés à M"^ Du Moulina » Mais les contre-temps continuent, comme nous l'apprenons par le billet du 24 mars 1771 : « J'apprends avec grand plaisir que vous et tout ce qui vous intéresse jouissez d'une bonne santé. Ce plaisir est modéré par l'espérance frustrée de vous voir cette année à Paris et d'y embrasser ma filleule. Faites ce qui vous conviendra davantage, ménagez votre santé durant les fatigues d'une si longue route et ne restez point tout ce tems sans me donner de vos nouvelles. Je suppose que vous ne mènerez point la petite avec vous à Vevai, quoique vous m'eussiez flatté de l'amener à Paris. ... La petite a eu bien du courage de se laisser arracher quatre dents d'un même jour, mais pour

' 9 novembre 1770, Bosscha, p. 296-7. M"« Du Moulin est de retour en Hollande.

quoi cette opération ? il n'y avait qu'à les laisser tomber... » (24 mars 1771; Bosscha, p. 297-8). Et le 9 juillet : « J'ai été plus fâché que surpris, mon cher Compère, d'apprendre que vous ne passeriez pas par ici comme vous l'aviez projeté. » [Ibid.^ p. 298).

En août, Rousseau a fait une courte absence de Paris, et au retour il remercie Rey pour l'envoi de la pension à Thérèse et pour des livres, « quoique je ne lise plus rien que des livres de plantes. » Jeannette, malade, est à Utrecht pour sa santé ; Mademoiselle Du Moulin a fait une chute ; la fille aînée de Rey se marie — et pour chacun Rousseau a un mot aimable. {Ibid.^ p. 299- 3oo). Le II mai 1772, le théâtre d'Amsterdam brûle pendant une représentation ; il y eut plusieurs morts. Dès qu'il apprend la nouvelle, Rousseau prend la plume : (( J'apprends, mon cher Compère, le malheur horrible arrivé dans votre ville. Quoique je ne pense pas que vous soyez allé vous fourrer là, je suis inquiet cependant de vous et des vôtres. Un mot de vos nouvelles dans cette circonstance me tranquillisera et me fera grand plaisir. » (22 mai 1772, Bosscha, p. 3oi). Madame Rey et son fils assistaient en effet à la représentation, mais échappèrent : « J'ai frémi, dit Rousseau, au récit du danger qu'ont couru Madame Rey et Monsieur votre fils, et vous voyez que ce n'étoit pas sans raison que j'étois inquiet... » (14 juin 1772, Bosscha, p. 3oi).

Avec une persévérance qui eût mérité plus de succès, Rey dut encore engager Rousseau à s'établir près de lui, à Amsterdam ; et peut-être désire-t-il sa présence pour l'éducation de Jeannette, à laquelle le parrain semble prendre grand intérêt. Celui-ci écrit, par exemple,

— io8 —

le 14 juin 1772 : « Je vous assure que je serois fort aise de voir, d'embrasser cette chère enfant, d'être témoin de ses progrès et d'y contribuer s'il m'étoit possible. Mais dans ma position tout ce que je puis faire est d'applaudir à vos soins, que je trouve bons et bien entendus. Je n'aspirerois point à voir Jeannette devenir une grande danseuse ; qu'elle sache bien pondérer sa marche, ses mouvemens et se présenter avec grâce ; c^esr tout ce que je désirerois sur ce point ; mais quant aux autres arts d'agrément, tels que la musique, les instrumens, le dessin, etc., j'approuve fort que vous preniez quelque peine et fassiez quelque dépense pour lui en inspirer le goût. J'envisage encore moins dans ces talens l'agrément de la société qu'un supplément pour s'en passer. Il est important à un homme, encore plus à une femme, d'avoir en soi des ressources pour se suffire dans la retraite, pour s'y occuper agréablement sans avoir sans cesse besoin du concours d'autrui, et de n'être pas réduit toute sa vie à la triste alternative des gens du monde, de la dissipation ou de l'ennui. » [Ibid.^ p. 3o2).

Page 1