V. Rey a Montmorency. — Gkos orage; apaisement
Affaire de l'« Emile. » — Pension Le Vasseur.
Première idée des « Confessions. »
Nous arrivons à l'époque de l'impression de la Nouvelle Héloise. Les lettres d'affaires sont de plus en plus semées de réflexions personnelles sur un ton enjoué. « On m'a dit il y a trois jours, écrit Rey, que vous étiez parti pour l'Eternité, je n'en ay rien cru et j'ai bien fait, si vous vous avisiez de faire ce voyage j'espère de votre amitié que vous prendrez congé de la personne qui vous estime le plus... » (i8 avril, inédite) Rousseau de son côté continue à embrasser Rey « de tout son cœur» à la fin de chaque missive, et quand son éditeur .se rend coupable de quelque grosse négligence, il ne se fâche point, connaissant l'homme ; voici bien une lettre à la Rousseau : « Au mois de Février M. Rey m'écrivit qu'il me feroit payer 3o louis en Mars. Mars s'est écoulé et je n'ai rien receu. En Avril il m'écrivit qu'il alloit m'envoyer le plus d'argent qu'il pourroit. Avril s'est écoulé et je n'ai rien receu. Dernièrement après avoir receu déjà deux parties de la Julie, le même M. Rey me marque qu'il écrit à je ne sais qui de me faire payer ce Mai quatre cents livres ; Mai s'est écoulé et je n'ai pas receu un sol. M. Rey me réitère la promesse que les 2160 L. seront payées avant la fin de Tannée. Je ne conçois pas bien comment ne payant
rien dans le cours de l'année tout se trouvera acquitté à la fin. Je ne suis point homme d'intrigue. Je ne veux me mettre ni voleur ni emprunteur. Je n'ai pKDur vivre que le produit de mon travail. Si M. Rey continue à me faire des promesses, il faudra que je meure de faim.^w Et Rey d'envoyer bien vite 400 livres. Mais en juillet, la même négligence se renouvelle. Rousseau reprend la plume. « Le moi de Juillet est passé, mon cher Rey, sans que j'aye entendu parler de vous. Ainsi voici depuis notre dernier traité la quatrième fois que vous m'avez manqué de parole. En vérité je ne puis me résoudre à vous imputer ce procédé si malhonnête. J'aime mieux l'attribuer à la situation de vos affaires qui ne vous permet pas de remplir avec moi vos engagements et à la mauvaise honte qui vous empêche de m'en faire l'aveu.'» Et les choses s'arrangent encore. Rousseau a même des égards étonnants de la part d'un homme qu'on se plaît à représenter comme irascible, impatient et impulsif. On lui a rapporté que Rey s'occupe «d'entreprises plus importantes» qui le feraient négliger l'impression de la Nouvelle Héloïse ; Rousseau se borne à mander à Rey que l'on attend le roman à Paris et que le retard pourrait nuire à la vente : « Je devois à vous et à moi cet avertissement, du reste je vous répète que je trouverai bon tout ce que vous ferez à cet égard pourvu que vous exécutiez l'ouvrage avec soin. ' « Et cet homme austère a fort souvent la note humoristique. Après avoir donné à Rey pour plus de clarté des instructions numérotées i... 2... 3... 4..., il
» !•' juin 1769. Bosscha, p. ~b. 6.
* I" août 1739. Bosscha, p. 78.
' 20 octobre 1739. Bosscha, pp. 81, 82.
termine: «Voilà, mon cher Rey, bien des soins pour un homme aussi vif que vous. Si vous n'en oubliez que le quart, je n'aurai pas trop à me plaindre. *» Et quand Rey, si souvent négligent, demande à Rousseau, toujours si exact dans le retour des épreuves, de faire hâte, ce dernier ne se fâche point ; mais, pince-sans-rire, offre à Rey de reprendre le manuscrit de Julie ; on vient justement encore de lui en offrir 200 louis *; à qQoi Rey répond, par retour du courrier, qu'il compte apporter lui-même le premier exemplaire à Paris.
Le voyage eut lieu en effet, mais avec quelque retard. Le 22 mai, Rey parlait d'octobre ; le 29 septembre, il s'aperçoit que l'impression du copieux manuscrit de Julie ne sera point terminée avant quelque temps, et renvoie à novembre : « Car il faut que votre livre soit fini et expédié avant tout ; nous passerons quelques jours ensemble si vous voulez bien vous y prêter et je serois bien trompé si nous ne sommes pas d'accord. » (Inédite.) Puis en novembre — le 24 — Rey écrit qu'il ne compte être à Paris que le 10 ou 12 du mois prochain : «Je vous irai embrasser le plutôt possible car je languis de vous voir. »
Le 20 décembre, le séjour chez Rousseau est passé ; Rey est enchanté ; il devient sentimental : « Le tems que j'ay passé chez vous mon Cher Rousseau m'a fait un plaisir que je ne saurois vous exprimer, je voudrois comme vous pouvoir suivre cette vie tranquille, douce, je la prendrois tout de suite, peut-être serois-je assez heureux pour en jouir un jour ; je présente mes amitiez
' i5 décembre 1759. Bosscha, p. 83.
* 18 mai. Bosscha, p. gS.
à Mad^^'^ Levasseur. Conservez-vous et croyez que je suis de cœur tout à vous. ^»
A Paris, les affaires ne vont pas au gré de Rey occupé à placer des exemplaires de la Nouvelle Hélo'ise : « Les balles doivent arriver aujourd'hui, mande-t-il le 9 janvier... comme je n'ay depuis le moment que je vous ai quitté que du chagrin au sujet de cet ouvrage, que j'en essuyerai encore, je suis décidé à m'en retourner, ma présence étant nécessaire chez moi ; ce billet est pour vous prévenir que mardi prochain j'irai vous voir. Dieu vous donne santé et contentement.» ( Inédite )l^tsdim.edï 17 janvier, il est toujours à Paris, mais: «Je pars lundi matin à 3 heures ; le seul plaisir qui mait goûté et le tems que j'ay passé près de vous, tems de paix et dont je me souviendrai avec satisfaction. » (idem) Enfin, dans une lettre dont la date est déchirée avec le cachet, nous apprenons qu'il est rentré à Amsterdam le 3o janvier '.
Nous ne savons qu'une chose importante relative à cette visite, à savoir qu'il fut question du Contrat Social. Rousseau a dû faire part à Rey de son intention de renoncer à son grand ouvrage sur la politique pour n'en publier qu'un fragment du reste assez étendu. Or, Rousseau, on s'en souvient, est extraordinairement soucieux de garder le secret le plus absolu sur ses ouvrages jusqu'au jour de leur publication. Rey ne l'est pas ; il parle beaucoup. Mal lui en prit une fois de plus ; tandis qu'il était encore tout au doux souvenir de ses poétiques rêveries en compagnie de Rousseau et des paisibles journées dans la riante campagne de Montmo-
• Idem. La lettre ne porte pas de nom de lieu ; mais elle est évidemment de Paris, comme celles du 26 décembre et du y janvier 1761 .
* Confirmé par lettre de Rousseau, 18 fév. 1761. Bosscba, p. m.
rency, soudain l'orage se déchaîne ; il reçoit de Rousseau une lettre fulminante, datée du 18 février: «r Je reçois avec plaisir, Monsieur, la nouvelle de votre heureuse arrivée ; quoique vous m'ayez donné en plus d'une occasion de justes sujets de plainte, je n'ai point cessé et je ne cesserai point de prendre à vous le plus véritable intérêt. » Mais : « J'apprends qu'avant de panir vous avez dit à tout le monde que vous emportiez un manuscrit de moi. En vérité. Monsieur, en voilà trop aussi, et je n'ai que trop lieu de me croire libre de mes engagements avec un homme qui tient si mal les siens. Je vous propose, et il convient, de rompre le marché que nous avons fait pour le manuscrit en question et des mille francs que j'ai receus de Robin je vous en offre 5 cens de très bon cœur. Vous ne devez même vous faire aucun scrupule de les accepter ; car en vendant mon manuscrit son prix à un autre, j'y gagnerai moi-même encore au moins cinq cent francs. J'attends vôtre réponse pour prendre là-dessus mes derniers arrangemens... Bonjour, Monsieur, mes respects à Madame Rey. Je suis fâché que nous ne puissions pas continuer à nous accommoder ensemble ; mais après six ans de patience, on se lasse, et quant à moi Je suis à bout. Je vous salue de tout mon cœur. »
Rey est navré ; dès qu'il croit avoir bien gagné Rousseau, survient un contre-temps qui bouleverse tout. Il supplie Rousseau de ne pas ajouter foi à de simples « rapports : » tout cela est l'œuvre de la jalousie ; les libraires de Paris, et même ceux de la Suisse française, cherchent à détacher Rousseau de lui, et ils racontent
des histoires auxquelles, trop « susceptible d'impression, » son illustre ami ajoute aveuglément foi.
Rousseau ne répond rien.
Rey conclut que tout est fini entre eux, et il public des Œuvres diverses de M. J. J. Rousseau. A tout hasard, un exemplaire est envoyé à l'auteur et, comme bien Ton pense, cela amène de nouvelles complications : « Puisque vous aurez fait. Monsieur, sans ma participation, une édition de mes ouvrages, même de ceux qui ne vous appartiennent pas, et que par un privilège obtenu ^ vous m'avez dépouillé autant qu'il étoit en vous du droit de les faire imprimer où il me plairoit, vous devez vous soucier tout aussi peu de mon agrément pour l'exécution que pour l'entreprise ; et, que l'édition me paraisse bien ou mal faite, c'est ce qui sûrement vous est très égal... Je n'ai point répondu à vos précédentes lettres parce que depuis longtemps je suis malade, peu en état d'écrire, et que vous les avez remplies de choses si peu sensées que le silence est la seule réponse qui leur convient. » '^ Mais pour un homme d'une mentalité aussi simple que Rey, Rousseau est une boîte à surprises. Accepte-t-il la justification de Rey, ou, avec la prudence des affaires qu'il a toujours montrée, s'est-il rendu compte qu'il valait mieux traiter avec un honnête homme étourdi qu'avec un imprimeur madré, promettant beaucoup, mais payant mal ? Toujours est-il qu'après cette explosion de dépit, soudain calmé, Rousseau recommence à parler . affaires : VEmile est en d'autres mains (Madame de
' Accordé par les Etats de Hollande, 29 janvier 1 761. Bosscha, p. iii * 9 août 1761. Bosscha, p. ii5.
Luxembourg et Malesherbes s'en occupent) ; mais Rey aura le Contrat Social. « Tous les sujets de plainte que vous m'avez donnés ne m'empêchent point de me souvenir de l'engagement que j'ai pris avec vous et des raisons de retour d'honnêteté qui me l'ont fait prendre. Si cet ouvrage vous convient et que vous vous engagiez à le faire exécuter diligemment et avec soin, vous pouvez le faire retirer au prix convenu \ » Dans la lettré suivante, 2 septembre, le ton grondeur persiste. Mais bientôt Rousseau revient à d'autres sentiments et offre un exemplaire, corrigé par lui, pour une réimpression de la Nouvelle Hélo'ise dans les « Œuvres Diverses». Et plus loin : « A l'égard de mon traité du Droit Politique, je me contente qu'il soit publié en mars 1762, pourvu qu'au moins une fois en votre vie vous me teniez parole... A l'égard du manuscrit il est tout prêt et vous le ferez retirer quand il vous plaira, rien ne presse *. « Rey fait fond sur ce retour pas encore très cordial, mais réel, et envoie à Montmorency un tonnelet de harengs — lequel est refusé sans explication. «J'apprends de M. Hérissant — écrit alors humblement Rey le i^*^ octobre — que vous refusés un tonnelets de harengs, j'en suis fâché ; si je ne vous en ay pas parlé précédemment c'est que je n'ay pas cru qu'il valoit la peine de vous en écrire étant si peu de chose ; je n'y ay ensuite plus pense, je suis de bien bon cœur...» (Inédit). Quoique Rousseau persiste encore à faire l'ours, dans son cœur la vieille amitié a depuis longtemps triomphé, a Ce n'est point par dédain, Monsieur,
' Bosscha, p. 1 16.
» Ibid., p 118-119.
que je n'ay pas accepté le tonnelet de harengs que vous m'aviez envoyé par M. Hérissant, mais comme je ne suis point à présent en état de manger du hareng c'eût été un présent perdu ; je ne vous en suis pas moins obHgé que si je Pavois receu. ^ » Entre temps les affaires marchent ; le Contrat Social va être mis sous presse ; on discute de nouveau l'Edition générale — et enfin la réconciliation : « Bonjour, Monsieur, malgré les orages passés j'oublie tout et je vous embrasse d'aussi bon cœur que jamais. ^» Ces épisodes, si amusants, nous confirment dans l'opinion que nous avons aifaire à de nobles cœurs.
On pense si Rey est heureux : « La fin de votre obligeante lettre du 14 octobre me fait un très grand plaisir, puisque vous me rendez votre amitié qui m'est plus sensible que les profits que j'ai faits avec vos productions... ^ ; et de nouveau, ce sont des lettres pleines d'expansion : Comment va Rousseau, lui Rey va bien; quant à sa femme, sa santé n'est « pas des meilleures, » etc..
Certaines circonstances vont rendre les rapports toujours plus intimes. Mis aux champs par la lenteur de VEmile, croyant au complot des jésuites et de ses amis, Rousseau demande à Rey, avec le plus grand mystère, s'il serait homme à lui aider à «parer le coup à une trame odieuse ; mais tout serait perdu si le moindre vent de votre entreprise parvenait à un seul de vos confrères et à qui que ce soit. ' » Ce n>st pas tout ;
' 14 octobre 1761. Bosscha, p. 119.
2 IJjid., p. 120.
* 22 octobre 1761, inédite.
* 29 novembre 1761. Bosscha, p. 123-124.
Rousseau a eu un accident qui, pense-t-il, va lui coûtai la vie ^ et il ne se trompe pas en attendant de la sympathie de la part de son correspondant. Voici une partie de la lettre de Rey : «Votre lettre, mon cher Rousseau, du 2q dernier, m'est bien parvenue et si j'avoi."été dans le cas de partir sur le champ, je l'aurois fait. Vous m'avez mis dans une inquiétude où je ne me suis jamais trouvé ; je ne puis pas me fixer de quelle nature peut être l'objet qui vous tient tant au cœur; la confiance que vous me témoignez m'est bien douce et t il n'y a rien au monde que je ne fasse pour y répondre, et il faudrait que ce fut une impossibilité absolue, ou vous pouvez compter que je remplirai vos vues.*))
Rey ne sait pas encore quel accident est arrivé à son ami et il l'invite vivement à venir à Amsterdam : « Vous vivriez ici ignoré si vous le vouliez et je puis vous donner par moi seul, en correction seulement, de quoi gagner votre vie que je vous rendrois et ma famille aussi douce qu'il seroit possible... Si vous vouliez que je vous aille trouver, vous n'avez qu'à me le demander sur le champ et je partirai. Rien ne me coûtera parce que je ne puis trop vous prouver l'estime que j'ay pour vous et mieux employer mes moyens qu'en servant l'homme qui m'a fait du bien...» Il déclare qu'il a gagné fr. 10,000 avec la Nouvelle Héloïse.
La mystérieuse « entreprise » consistait à charger Rey de l'impression de VEmile^ si toutefois on réussis-
' « Une sonde qui s'est rompue au col de la vessie et dont la pièce, restée au passage, est le noyau d'une pierre dont le progrès commence a se faire sentir. F^a suite n'est pas difficile à prévoir. » 23 décembre. Bosscha, p. 125.
»7 décembre 1761, inédite.
sait à retirer le manuscrit à Madame de Luxembourg. Le projet échoua, comme on sait, mais permit à Rey de donner à Rousseau, qui y était toujours sensible, une nouvelle preuve de son dévouement. Du reste, Rousseau n'est pas guéri : « N'y a-t-il donc pas de retour de votre malheur? — écrit Rey le 3i décembre — Je suis efrayé non seulement du danger où vous estes, mais des douleurs que vous devez soufrir. Dieu veuille vous soutenir et vous résigner à sa volonté. »
Bientôt cependant l'homme d'affaires reparaît : il suggère à son correspondant d'écrire une courte esquisse de sa vie qu'on pourrait « préfixer » à ses œuvres : « Dans cette circonstance j'ose vous demander une chose que j'ambitionne depuis longtemps qui me seroit très agréable et au public, ce seroit votre vie que je placerois à la tête de vos oeuvres, je sent que les circonstances ne sont nullement propres à me satisfaire, mais donnez-moi les principales épauques ; je n'en ferai usage que dans le sens que vous me prescrivez...» Il est évident que Rey ne songeait qu'à une esquisse de quelques pages, il fallait Rousseau pour penser aux Confessions. C'est cependant de cette suggestion qu'est sorti le fameux livre ^
En outre, désireux de prouver son attachement à un homme qu'il admire et qu'il aime, il a l'attention délicate de faire une pension à sa gouvernante : « Comme vous prenez un vif intérêt à M^^"*^ Le Vasseur, qu'elle n'est pas riche et que vous pourriez avoir quelque inquiétude sur son sort, j'offre de lui donner 3oo L.
' Nous avons fait l'histoire des Confessions dans un article sur Le manuscrit de la première ébauche des Confessions IRev. d'Hist. litt., avril igofi.)
argent de France, la vie durant et cela en reconnaissance du bien que vous m'avez fait ; elle peut en faire dresser l'acte que vous m'enverrez et que je signerai avec un singulier plaisir... Je vous embrasse de tout mon cœur ; si j'étois Catholique Romain, je ferois dire une centaine de messe à votre intention, mais ne l'étant pas je prie le seigneur de vous avoir en sa garde et de croire qu'on ne peut être plus sincèrement que moi, mon Cher Rousseau, votre afectionné serviteur et ami Rey. » (Inédit)
H Je suis fort touche — répond Rousseau le 6 janvier I 762 — de votre bonne volonté pour M®"^ Le Vasseur et je vous en remercie de tout mon cœur tant en son nom qu'au mien. Je ne crois pas qu'une offre faite de si bonne grâce ait besoin quant à présent d'être assurée par un engagement et il suffit que, pour ma tranquillité, je sache qu'en cas de malheur cette bonne et honnête fille trouvera en vous un bienfaiteur. ^»
Il cherche donc à écarter ce projet, espérant parer luimême à toute éventualité. Rey sans vouloir être indiscret insiste, et Rousseau finit par céder : « Je suis touché et charmé de votre procédé à l'égard de M^"'' Le Vasseur et je vous réponds que je m'en servirai utilement et honorablement pour vous, pour fermer la bouche à tous ceux qui pourront me reprocher de renouer avec vous après les mécontentement passés."-» Il explique encore une fois son plan de gagner une pension par une édition générale de ses œuvres. « Quoiqu'il en soit, j'ai cru vous devoir toutes ces explications afin que vous
■ Bosscha, p. 129.
- 23 janvier. Ibid., p. i'33.
sentiez que ce que vous voulez faire pour M^"* Le Vasseur doit être, comme vous entendez vous-même, indépendant de tout engagement de ma part et je crois au surplus que vous me connaissez assez pour être sûr de toute ma volonté et des soins que je prendrai pour la mettre à exécution. * » Laissons de côté la question de la pension de Thérèse Levasseur, nous réservant de la traiter ailleurs -. Reproduisons cependant la réponse de Rey à la lettre précédente : « Je ne demande pas, mon cher Rousseau, que le public soit instruit de ce que je fait pour M^"^ Le Vasseur ; mon unique but est de vous prouver que je vous estime autant qu'il est possible d'Estimer quelqu'un et comme vous ne voulez rien recevoir de personne, il faut bien vous témoigner par un autre moyen qu'on voudroit votre bonheur. Je suis donc très content de ma démarche par la seule satisfaction que j'ay de vous prouver mes sentimens ; au reste ce que je fait n'est pas si considérable, les bénéfices que j'ay fait sur vos ouvrages me mettent bien à même de vous témoigner se retour. Faites dresser le contrat, envoyé le moi pour le signer et des ce moment M"* Le Vasseur recevra a compter du premier janvier 1762, i5o L. par années pour autant de temps qu'il plaira à la providence de vous conserver et après votre mort le double où 3oo L. ; je suis charmez que vous me fournissiez ce moyen de remplir des ce moment une partie de mes vues... ' >>
Cet acte de générosité décide définitivement Rousseau
> Ibid., p. 134.
- Nous avons déjà réuni les documents nécessaires pour un article sur ce sujet.
' I" février 1762, inédite.
à faire de Rey son seul éditeur : « En conséquence de ce procédé qui m'a beaucoup touché le cœur, je souhaite sincèrement, mon cher Rey de me rapprocher tellement de vous que je n'aye plus rien à faire avec d'autres libraires, et sûrement il ne tiendra pas à moi que ce projet n'ait lieu pour le reste de ma vie et même après. » Il propose un arrangement en vertu duquel Rey publiera la deuxième moitié de VEmile^ dont Duchesne à Paris a imprimé la première; n'y a-t-il pas dans cet ouvrage des audaces de pensée qu'il faudrait probablement tempérer si Touvrage paraissait à Paris, ce que l'auteur voudrait éviter. Cependant malgré son obligeance, Rey est effrayé des difficultés de ce projet ; et Rousseau se rend à ses raisons : « Ma bonne volonté me rendoit facile ce qui ne l'étoit pas... ^ » Pendant cet échange de lettres, l'impression du Contrat Social avance, et la santé de Rousseau demeure pitoyable. Il paraît prendre plaisir à donner forx:e détails sur son mal de vessie, qu'il ne se résout point à laisser opérer. Rey au contraire voit là le remède héroïque : « J'ay fait part h ma femme de la triste situation ou vous êtes pour votre santé, elle en a versé des larmes, j'en ay le cœur serré et j'y pense perpétuellement ; je persiste à croire qu'une opération seroit salutaire. '»