I. Voir Appendice : II. Sur les Fêles de Ramire
première entrée. « faisant passer dans cet acte une partie de l'histoire de ses talents et de la jalousie dont Rameau voulait bien les honorer. » En effet, son Hésiode chantait :
Je n'ai point fait de l'art une étude servile Et ma voix indocile Ne s'est jamais mêlée aux chalumeaux :
Mais, dans le succès que j'espère, J "attends tout du feu qui méclaire Et rien de mes faibles travaux.
Malgré tout, il ne put atteindre au terme de son ambition. L'ouvrage, après son audition fragmentaire chez la Pouplinière et la lecture complète qui suivit, devant le duc de Richelieu, resta oublié et ne fut pas représenté à la cour. En 1747. Rousseau obtint qu'une audition en fût donnée à FOpéra. Les Confessions disent : « Les Muses galantes furent répétées d'abord plusieurs fois au magasin, puis au Grand Théâtre. Il y avait beaucoup de monde à la grande répétition et plusieurs morceaux furent très applaudis. Cependant je sentis moi-même, durant l'exécution fort mal conduite par Rebel, que la pièce ne passerait pas et même qu'elle n'était pas en état de paraître sans de grandes corrections. Ainsi je la retirai sans mot dire. » L'ouvrage de Rousseau ne fut donc pas joué à l'Opéra dans une représentation publique : il y fut seule-
ROUSSEAU A PARIS gS
ment, pour employer une expression du jargon moderne, « auditionné ». Plus tard, en 1761, Rousseau, réfugié chez le prince de Conti, fit, par une nouvelle exécution devant ce seigneur, une tentative pour sauver de l'oubli cet essai de sa jeunesse : ce fut la dernière, et après cela il ne fut plus question des Muses galantes '.
Ainsi, Jean-Jacques Rousseau échouait une fois de plus dans ses tentatives musicales. 11 redevint secrétaire et fut employé en cette qualité par le comte de Francueil et M™" Dupin. La musique ne lui servait plus que de distraction, pour lui et les gens du monde auxquels il était mêlé par profession. Ayant suivi ses maîtres dans un voyage qu'ils firent à Chenonceaux, propriété des Dupin (automne de 1747)» il se rendit agréable à la société en écrivant des vers [L'Allée de Sylvie)^ une comédie [U Engagement téméraire, en vers aussi) et en composant « plusieurs trios à chanter, pleins d'une assez forte harmonie ». Cette musique est perdue. Notons, sans plus attendre et en enjambant de quelques années surla chronologie, la composition d'autres morceaux vocaux du même genre, faits encore pendant des vacances, à Marcoussis, et qui n'eurent pas un meilleur sort.
l.Voir Appendice: \\\. Sur les Muscs ga/anles.
Vers la fin de 1748, il se produisit un fait nouveau qui contribua à diriger Jean-Jacques Rousseau dans le sens de son orientation définitive. Diderot et d'Alembert venaient de former l'entreprise de V Encyclopédie. Jean-Jacques Rousseau était des leurs; sa collaboration fut demandée : on le chargea d'écrire pour l'œuvre collective les articles relatifs à la musique. Fidèle à la promesse qu'avaient obtenue de lui les rédacteurs, il acheva sa tâche en trois mois « quand trois ans pouvaient suffire à peine pour lire, extraire, comparer et compiler les auteurs dont il avait besoin; mais, âjoute-t-il, le zèle de l'amitié m'aveugla sur l'impossibilité du succès. » Ses études et ses notes prises à Chambéry, il y avait dix ans, lui furent là d'un grand secours. Au reste, si hâtif qu'ait été ce premier travail, outre qu'il ne fut pas aussi défectueux qu'il veut le faire entendre, il fut loin d'être perdu pour son œuvre définitive, car il le reprit, le refaçonna, le compléta, y revint sans cesse pendant quinze ans et plus, au milieu des travaux les plus importants et des préoccupations les plus graves, et en fit le Dictionnaire de musique^ i Et ce fut peu de temps après l'achèvement de cette tâche que s'opéra la révélation qui devait