I. Letire à M"» de Warens i3 février
io8 JEAN-JAC QUES ROUSSEAU
de celui des morceaux du même genre que Ton était accoutumé à lire à cette place devant d'autres œuvres. Le philosophe avait voulu montrer qu'il ne s'effaçait pas devant le compositeur d'opéra. Il déclarait que, n'ayant fait l'ouvrage « que pour son amusement, son vrai succès était de lui plaire », et que, comme il savait mieux que personne ce qu'il fallait pour cela, il donnait son texte tel qu'il l'avait écrit, « dùt-il en être plus mauvais », sans se soucier d'adopter les améliorations dues à des mains étrangères. 11 est vrai que ce style ne s'accordait guère avec celui des compliments habituels aux auteurs qui se disent empressés à servir le public, iieureux de contribuer à ses plaisirs, etc. Certaines gens le prirent fort mal. « 11 n'y a rien de plus insolent », déclarait un nouvelliste hostile, qui racontait : « On a parlé devant le Roi de cet avertissement impertinent, et Sa Majesté a dit : « S'il me plaisait aussi d'envoyer le sieur Rousseau à Bicêtre? — « Et de l'y faire fustiger », ajouta M. le comte de Clermont ?^ » Il est évident que, si les grands se mêlaient de donner des raisons... Mais patience : laissons seulement passer quarante ans, et nous verrons si ce seront tou-
I. Nouvelles à la main Manuscrit de la Bibliothèque nationale, publié par M. G. Cucuel (Bulletin de la Société internationale de musique, 1912).