‹ J.-J. RousseauChapitre 22 sur 29 · D'Aiembert parle ici de Jean-Jacques et de lui-même · texte numérisé non relu

D'Aiembert parle ici de Jean-Jacques et de lui-même

2. Avertissement des Editeurs à la première page du Tome VI de V Encyclopédie (1756).

3. Examen des deux principes avancés par M. Rameau dans sa brochure intitulée : Erreurs sur la musique dans l Encyclopédie. — L'appendice du /.-/. Rousseau ats Musiker d'.\. Jansen contient quelques notes inédites, destinées à la même l'éfutation, provenant des manuscrits de J.-J. Rousseau à la Bibliothèque de Neuchâtel.

d'autres devaient venir à sa suite ! Diderot, Grimm, Voltaire!... Et voilà précisément que Fère de ces querelles, plus graves encore, va commencer. L'esprit du philosophe n'y résistera pas : il sombrera dans la mélancolie finale. Pourquoi faut-il que nous ayons à constater que celui qui donna ia première raison d'être à cette mélancolie fut un musicien, et le plus grand de son siècle ?

vu. — DERiMÈRES OCCUPATIONS MUSICALES DU PHILOSOPHE

Les années qui nous restent à parcourir en la compagnie de notre héros ne nous appartiennent plus. Désormais ce n'est pas à un musicien que nous avons affaire : c'est à Jean-Jacques Rousseau, Vingt-cinq ans vont passer encore avant qu'il sorte de la vie, et pendant cet espace de temps, où il produira ses œuvres les plus puissantes, nous n'aurons plus qu'à le suivre de loin et ne nous rapprocherons de lui qu'à de rares intervalles.

Il poursuit son œuvre de philosophe. A son premier discours succède le second, sur l'Inégalité. Puis il s'éloigne de Paris et va travailler dans la solitude. Les vives impressions qu'il ressent à la campagne, durant son séjour à Montmorency et à l'Ermitage, le souvenir de ses amours pour M""^ d'Houdetot, lui ont inspiré d'admirables cantilènes en prose, animées tour à tour de la passion la plus ardente et de la plus sereine beauté ; mais rien de tout cela ne s'est

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traduit en musique. Pendant plusieurs années il cessa de composer.

Une seule occasion se présenta de remettre ses talents à l'épreuve. C'était dans les derniers temps de son séjour à l'Ermitage, peu avant la rupture qui le sépara de presque tous ses amis. Au pied de la colline de Montmorency, dans la plaine, non loin de l'actuelle petite ville d'Enghien, était le château de la Chevrette, propriété des d'Epinay. Un saut de loup en marque encore la place, au bord d'un chemin, dans un paysage de banlieue Parisienne. Le château, détruit maintenant, était neuf à Tépoque : le fils de'fermier général qui en était possesseur venait d'y faire exécuter à grands frais des travaux importants et d'y ajouter tout un corps de bâtiment. Il n'avait pas oublié la chapelle, ce lieu de dévotion étant nécessaire aux instincts de piété de ses invités. Il y eut de grandes fêtes pour l'inauguration ; Rousseau qui avait besoin de se distraire après ses tristesses solitaires, accepta avec plaisir d'y prendre part. Il s'était aperçu qu'il était de bon ton, dans ce monde, de dédaigner ses talents musicaux, de contester, même, qu'il fût l'auteur de la musique jouée sous son nom, et son caractère inquiet en était tourmenté. Il résolut de montrer publiquement de quoi il était capable en composant une œuvre nouvelle qu'on ne

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pourrait pas l'accuser d'avoir pillée ailleurs : le gouverneur du fils d'Epinay lui donna les paroles latines d'un motet, et il les mit immédiatement en musique. « Pour cette fois, dit-il, le dépit fut mon Apollon, et jamais musique plus étoffée ne sortit de mes mains. » Il est vrai. Nous reparlerons ailleurs de ce motet : Ecce sedes hic Tonantis, dont le manuscrit a été conservé, et qui est certainement ce que Rousseau a fait de meilleur dans le style de la musique sérieuse. Pour ces mêmes fêtes, il donna encore « l'idée d'une espèce de pièce, moitié drame, moitié pantomime, que M""^ d'Epinay composa et dont il fit encore la musique. » De cet autre ouvrage de circonstance, tout profane celui-là, aucune trace n'est re.3tée.

Mais bientôt vint l'époque déplorable des brouilles, puis celle du grand effort qui produisit tour à tour la Lettre sur les Spectacles, La NoW oelle Héloïse^ Emile et le Contrat social.

A côté de ces œuvres de grande envergure, et pour faire diversion avec elles, Rousseau travailla patiemment, pendant plusieurs années, à un autre ouvrage consacré à des matières musicales : le Dictionnaire de musique. Ce livre n'était, dans son point de départ, qu'une revision et une amplification des articles hâtivement rédigés pour V Encyclopédie; et déjà d'Alembert l'avait

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annoncé dans sa réponse au pamphlet de Rameau parue en tête du tome VI : « M. Rousseau, disaitil, pourra, dans le Dictionnaire de musique qu'il prépare, repousser les traits qu'on lui a lancés. » Rousseau en avait emporté les matériaux de l'Ermitage « afin de se pourvoir d'un travail de cabinet pour les jours de pluie », car c'était dans les bois qu'il élaborait de préférence ses ceuvres d'inspiration. «J'apportais, continue-t-il, quelques livres dont j'avais besoin pour cela; j'avais passé deux mois à faire l'extrait de beaucoup d'autres qu'on me prêtait à la Bibliothèque du Roi, et dont on me permit même d'emporter quelques-uns à l'Ermitage. » Il était donc très bien documenté pour son œuvre de musicographie, et il la poursuivit « tant à l'Ermitage qu'à Montmorency, et même ensuite à Motiers », où il acheva ce travail tout en en faisant d'autres, et trouvant toujours qu'un changement d'ouvrages est un véritable délassement \ »

Aux derniers temps de son séjour à Montmorency se rapporte encore la rédaction de l'Essai sur l'origine des langues, écrit plus musical que philologique, quoi que semble en dire le titre, et que Rousseau avait conçu d'abord sous le nom d'Essai sur le principe de la mélodie.

I Voy. Appendice : IX, Sur le Dictionnaire de musique.

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Aussi bien, ses plus grandes œuvres littéraires ne laissent pas de porter des traces de ses préoccupations musicales, toujours en éveil. 11 nous suffira de rappeler les lettres de Saint-Preux à Claire d'Orbe sur l'Opéra de Paris, au deuxième livre de la Noui'elle Héloïse, pour montrer que, dans sa querelle contre la musique française, Jean-Jacques Rousseau n'avait pas désarmé. Dans sa correspondance, il ne laisse jamais passer l'occasion de décocher en passant un coup de patte à son intime ennemie. A M"^^ d'Epinay, à propos d'une glacière : « Pour moi, je ne vous connais pas d'autre glacière qu'un recueil de musique française. » Lorsqu'il est question de lui rendre ses entrées à l'Opéra, il raille, disant : « Pourquoi diable irais-je chercher si loin leur Opéra? N'ai-je pas tout à ma porte les chouettes de la forêt de Montmorency ? » Ou encore : « Je ne me soucie point d'avoir entrée au sabbat. » Puis, dans la crainte que les offres qui lui sont faites ne cachent l'engagement implicite de tout approuver : « Sitôt qu'il faudra trouver leur opéra beau, qu'on me remène aux carrières! »

L'on ne s'étonnera pas qu'il n'ait pas voulu omettre la musique dans son grand livre « de l'Éducation ». Il veut qu'Emile soit préparé à chanter dès avant de savoir lire. « Exercez votre petit musicien d'abord à faire des phrases bien

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régulières, bien cadencées... Jamais de chant bizarre... une mélodie toujours chantante et simple. — La musique imilative n'est pas de son âge ; je ne voudrais pas même qu'il chantât des paroles ; s'il en voulait chanter, je tâcherais de lui faire des chansons exprès, intéressantes pour son âge et aussi simples que ses idées. » Revenant sur ses préoccupations d'autrefois, il observe que « le pays du monde où l'on écrit les plus beaux livres sur la musique est précisément celui où on l'apprend le plus difficilement ». Précurseur de la méthode modale, mais ayant renoncé à la notation chiffrée, il veut que l'enfant ne pratique d'abord que deux tons, un pour chaque mode : ut pour le majeur, 76f pour le mineur. Il y a là des directions pédagogiques qui, discutables peut-être, étaient en tout cas nouvelles et qui ont été suivies plus tard. Il conclut d'ailleurs, libéralement et judicieusement : « Enseignez conMne vous voudrez, pourvu que la musique ne soit jamais qu'un amusement'. »

Passons vite sur les graves événements qui suivirent : la condamnation d'Emile, le décret de prise de corps, la fuite, l'exil et la vie errante qui ne s'arrêtera pas de dix ans. Nous n'avons à signaler dans cette période que l'achèvement

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