‹ J.-J. RousseauChapitre 25 sur 29 · I. Voy. la lettre de Gluck au Mercure de France · texte numérisé non relu

I. Voy. la lettre de Gluck au Mercure de France

DERNIÈRES OCCUPATIOxXS MUSICALES 169

ment trop fréquents dans cette période de sa vie) ne s'inquiéta pas si, en venant enrichir comme il fît le répertoire de l'opéra français, Gluck donnait le dernier c^p à son ancien paradoxe sur la musique française ; mais, du premier jour, il se sentit conquis, alla pleurer à Orphée et écrivit sur cette œuvre, ainsi que sur Alceste, des pages d'une critique aussi pénétrante qu'admirative ^

Jean-Jacques Rousseau put donc mourir réconcilié avec la musique ; et, de fait, ce fut à elle, en même temps qu'à la nature, qu'il a dû ses dernières joies. Lorsqu'il accepta l'hospitalité que lui offrait le marquis de Girardin dans son domaine d'Ermenonville, il savait trouver refuge dans une maison amie, non seulement de sa personne, mais de ses idées et de son art. Il semble que ses premières relations avec son hôte aient eu pour point de départ ses travaux de copiste, et qu'il connut d'abord René de Girardin comme client. La collection de musique écrite de la main de Jean-Jacques Rousseau et conservée, aujourd'hui encore dans la famille de Girardin est assurément la plus importante qu'il y ait en ce genre : elle contient une part précieuse d'inédit. Le marquis avait des musiciens

Vioirl' Appendice : XII, Relations de J.-J. Rouiseau aveckGcu te avec Grétry.

I70 JEA>^-JACQUES ROUSSEAU

à son service, et presque tous les membres de sa famille jouaient de quelque instrument ou chantaient.

Ainsi, l'auteur du Devin du village finit sa vie parmi la musique et les fleurs. 11 avait entrepris, dit un témoin de ses derniers jours', de faire l'herbier des environs d'Ermenonville, et s'était attaché à un des enfants de Girardin. à qui il avait inspiré du goût pour la connaissance des plantes. Dans les cahiers de musique dont nous avons parlé, parfois, en tournant la page d'une partie d'instrument d'orchestre, l'on trouve, entre deux feuillets, un brin d'herbe, une fleur séchée ; et c'est avec une émotion assez particulière que l'on se dit que la fleur, fraîche et vivace jadis, a été posée entre les portées par les doigts de Jean-Jacques Rousseau.

Lui-même avait sorti des cartons ses compositions et les faisait exécuter dans les réunions de famille. Il songeait à se remettre au travail et projetait d'achever quelques ouvrages, comme la Suite d'Emile et l'opéra Daphnis et Chloé.

Un des morceaux des Consolations des misères de ma vie est une Romance du Saule, sur des paroles que Deleyre avait écrites pour lui d'après

I. Relation des derniers fours de J.J. Rousseau, par Le Bègue de Presie, 1778, cité dans l'Appendice aux Confessions par Petiain.

Page 1