‹ J.-J. RousseauChapitre 26 sur 29 · DERNIÈRES OCCUPATIONS MUSICALES · texte numérisé non relu

DERNIÈRES OCCUPATIONS MUSICALES

la chanson de Desdémone. L'auteur d'un Voyage à Ermenonville a dit que cette musique date de ce dernier séjour, qu'elle est le « chant du cygne » de Jean-Jacques. L'accent en est tout particulièrement expressif. L'harmonie, toujours simple, y a je ne sais quoi de mystérieux et d'affiné qu'on ne trouve pas souvent dans les compositions de notre auteur. Voici, tel qu'il Ta compris, le refrain de la chanson shakespearienne :

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17a JEAN-JACQUES ROUSSEAU

Ce fut donc peu après qu'il eut noté ces accords, à la' fin desquels le sens musical reste suspendu et comme en contemplation, que Jean-Jacques Rousseau termina sa vie, le 2 juillet 1778.

Ainsi, la musique a été pour Jean-Jacques une compagne fidèle, qui l'a suivi depuis le berceau jusqu'à la mort. Il a cherché en elle sa « consolation »; il y a trouvé le plus grand charme de sa vie, et celui par lequel il fut le moins déçu. Parfois la passion qu'il eut pour elle fut près de le détourner de son but ou de le lui faire dépasser : mais, le calme revenu, il se retrouva toujours sur la voie qu'il devait suivre. Malgré l'ardeur des polémiques, il ne se mentit pas à lui-même ; il ne se fit pas l'esclave d'un dogme, même formulé par lui. Elevé dans le goût de la musique française et en ayant d'abord apprécié très sincèrement les qualités, il rendit les armes, malgré ses préventions, à la musique italienne aussitôt après qu'il eut appris vraiment à la connaître ; puis, entraîné par cette préférence n.ouvelle au point de lui sacrifier trop

174 JEAIN'-JACQUES ROUSSEAU

exclusivement la première, il ne chercha pas à résister à Gluck quand celui-ci vint à son tour vivifier la tradition française et montrer que le génie de notre langue n'est pas, comme luimême l'avait proclamé trop haut, incompatible avec la pratique de la musique : ainsi préférat-il s'abandonner à l'ascendant d'un génie conquérant que s'obstiner dans une ancienne erreur ; il aima mieux se démentir que se priver de la joie d'admirer de nouveaux chefs-d'œuvre.

Sa sensibilité musicale était égale à celle qu'il éprouvait pour toutes les autres causes dignes de l'intéresser : c'est tout dire. Un beau chant, un accent expressif, une sonorité particulière lui allaient à l'âme. Il s'est jugé avec beaucoup d'exactitude et de lucidité en ces termes : « Je n'ai vu nul homme aussi passionné pour la musique, mais seulement pour celle qui parle à son cœur; c'est pourquoi il aima mieux en faire qu'en entendre \ » En effet: un Jean-Jacques Rousseau ne pouvait pas rester passif ; son ardeur musicale ne devait pas se satisfaire par le rôle de simple dilettante; il lui fallait prendre une part active à l'exercice d'un art auquel il devait tant d'émotions bienfaisantes.

« Le son de sa voix était d'une douceur ravis-

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