VIE MUSICALE DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU
Jean-Jacques Rousseau est né, le 28 juin 171 2, à Genève, dans une maison de la Grande rue, située à côté de l'Hôtel de Ville, adossée à la promenade de la Treille, presque à Fombre de la Cathédrale, — et ces lieux voisins ont contenu à eux seuls toutes les impressions musicales de son enfance.
Les chants du Temple étaient, au moment où il naquit, à peu près les seuls dont l'usage autour de lui fût considéré comme licite. Genève est une ville austère, d'où les distractions mondaines étaient sévèrement bannies ; Jean-Jacques a conservé si bien l'empreinte de ce rigorisme qu'on le vit plus tard s'élever avec passion contre le projet d'y établir un théâtre, car il craignait que la pureté des mœurs publiques en fût con*
taminée. L'on n'y jouait donc pas l'opéra en 1712, ni encore longtemps après, mais on y cljantait les psaumes. Rousseau, enfant, les entendit et prit part à leur exécution collective. Il a noté plus tard les souvenirs qu'il en avait gardés :
« Le Chantre entonnait et soutenait le chant des psaumes. Sa place dans le Temple est audessous de la chaire du Ministre sur le devant. Sa fonction exige une voix très forte, capable de dominer sur celle de tout le peuple et de se faire entendre jusqu'aux extrémités du Temple. Il n'y a ni prosodie ni mesure dans notre manière de chanter les psaumes, et, quoique le chant en soit si lent qu'il est facile à chacun de le suivre, le chantre se trouvant fort éloigné de certaines parties de l'église, sa voix se fait à peine entendre aux extrémités qu'il a déjà pris un autre ton et commencé d'autres notes, de sorte que la masse d'air se trouve partagée à la fois en divers sons fort discordants qui enjambent sans cesse les uns sur les autres et choquent fortement une oreille exercée ^.. »
Le tableau, à la vérité, n'a rien de flatteur, et nous fait apercevoir que Jean-Jacques Rousseau enfant ne connut, en musique, que des jouissances peu raffinées. C'est à bon droit que ses