‹ J.J. Rousseau, le protestantisme et la Révolution françaiseChapitre 8 sur 14 · IEAN-.IACr)URS HOUSSEAU · texte numérisé non relu

IEAN-.IACr)URS HOUSSEAU

blir dans Tîle de Saint-Pierre, domaine de l'hApilnl do Berne, au nnilieu du lac de Hienne.

Ija persécution lijoologique vint le trouver jusqu'en ce refuge, dont il a laissé, dans les RHerics d'un promeneur solitaire, une admirable description, et, pour la seconde fois, la lourde main du gouvernement born(>is s'abattit sur lui.

De ces tristes jours date la fin de raclivité inL(^iJectuelle publique de Jean-Jacques. Il pouvait considérer son œuvre comme terminée — et tristement terminée. Il , avait glorifié sa patrie et sa pati^ie le persécutait ; il avait essayé (et c'est la plus originale de ses tentatives) de sauver le christianisme de la décadence et de la mort en Fémancipant du catholicisme et du protestantisme officiels, en l'élargissant dans Tespoir d'en faire, sous le nom de théisme chrétien, une religion universelle, et les pasteurs l'avaient excommunié et les dévots l'avaient lapidé. Il avait, dans l'incohérent Contrat social^ plaidé la cause de l'aristocratie élective, et il se voyait obligé, pour sa sauvegarde, de se placer sous la domination d'un monarque antichrétien, ami et disciple de ces philosophes qu'il détestait et jalousait. A ses débuts dans les lettres il avait arboré tapageusement le titre de « citoyen de Genève », et sur la fin de sa vie il envoyait au roi de Prusse ce billet de courtisan :

« Sire,

i( Je dois au malheur qui me poursuit deux biens qui m'en consolent : la bienveillance de milord Maréchal et la protection de Votre Majesté. Forcé de vivre loin de l'Etat où je suis inscrit parmi vos peuples, je garde l'amour des devoirs que j'y ai contractés. Permettez, sire, que vos bontés me suivent avec ma reconnaissance et que

LES « LETTRES DE LA MONTAGNE

j'aie toujours rhonneur d'être votre protégé, comme je serai toujours votre plus fidèle sujet. »

Il avait rêvé d'aristocratiques amours avec Mme d'Épinay, avec la comtesse d'Houdetot, avec Mme de Boufflers, avec la princessede Conti; et il se voyait réduità épouser (( devant la nature » la vieille servante à qui, à Motiers- Travers, il ne permettait pas de s'asseoir à sa table.

Cette union ne fut pas heureuse. Thérèse, passée du rang de garde-malade et de concubine à celui d'épouse, voulut jouir de tous les droits du mariage. Il y eut dans le ménage des querelles, des récriminations. Thérèse annonçaà Rousseau qu'ellevoulait se séparer, «le quitter sans qu'il eût à intervenir, ni même à savoir oi^i elle avait le désir d'aller.» Le malheureux prit peur. Il supplia, (par une lettre qui est une des plus belles choses qu'il ait écrites) Thérèse de ne pas l'abandonner. Il promit « de n'avoir plus qu'un lit, lorsqu'ils n'auraient plus qu'une âme. » Il mit des sanglots dans ses supplications : « Je n'avais, chère amie, qu'une seule consolation, mais bien douce, c'était d'épancher mon cœur dans le tien. Quand j'avais parlé de mes peines avec toi, elles étaient soulagées ; et quand tu m'avais plaint, je ne me trouvais plus à plaindre. Il est sûr que, ne trouvant plus que des cœurs fermés ou faux, toute ma ressource, toute ma confiance est en toi seule; le mien ne ne peut vivre sans s'épancher et ne peut s'épancher qu'avec toi. Il est sûr que si tu me manques et que je sois réduit à vivre absolument seul, cela m'est impossible, et je suis un homme mort. »

Thérèse resta...

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