LA VOUE
Expulsé pour la seconde fois — et de la façon la plus brutale — du territoire de Berne, Rousseau — se trouva dans le plus grand embarras qu'il eût encore connu. Ce fut un moment affreux. Où irait-il ? La Corse lui offrait Thospitalité; Paris, malgré le décret de prise de corps, était possible; d'autre part le célèbre historien David Hume l'invitait à se rendre en Angleterre.
Le ^9 octobre 1765, Rousseau quitte Bienne, ayant le projet de se rendre à Berlin, en passant par Strasbourg. Il reçut dans celte ville un accueil où la sympathie, la pitié se mêlaient à l'admiration. Il pouvait y rester ; que n'y resta-t-il? Il se remet en route et arrive à Paris, où il devient, en l'hôtel Saint-Simon, dans l'enceinte du Temple, l'hôte du prince de Conti. Cette enceinte privilégiée était en dehors de la juridiction du Parlement; elle était pour le fugitif un asile inviolable.
Le lendemain de son arrivée à Paris, Rousseau, qui avait écrit à ses amis de respecter « son incognito », ajoutant que s'il pouvait le garder toute sa vie « il serait le plus heureux des hommes », se promenait au Luxem-
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bourg en habit d'Arménien! Les curieux lui faisaient cortège. Les jours suivants, à la même heure, dans le même accoutrement, au même endroit, le fanatique d'incognito s'exhibait, toujours suivi par la foule.
Au Temple, chez le prince de Conti, on lui offrait de magnifiques fêtes. Il y tenait salon ; on se disputait la faveur de le contempler. Chaque matin le prince lui envoyait sa musique. On a communiqué au Dauphin « à son lit de mort », mande Rousseau à d'Ivernois, la lettre que j'ai écrite pour flétrir les procédés du gouvernement de Berne. « Le Dauphin en a paru touché et a dit làdessus des choses qui feraient bien rougir mes persécuteurs s'ils les savaient et qu'ils fussent gens à rougir de quelque chose. » A Du Peyrou Jean-Jacques écrit : Je suis entraîné dans le tourbillon de Paris, « je suis ici, dans mon hôtel de Saint-Simon, comme Sancho dans son île de Barataria, en représentation toute la journée. J'ai du monde de tous États au moment où je me lève jusqu'à celui 011 je me couche, et je suis forcé de m'habiiler en public. Je n ai jamais tant souffert . » Il faut croire que ces souffrances étaient douces, car il aime à les rappeler et bientôt, lorsque, à Londres où il se rendra, elles viendront à lui manquer, l'exis'ence lui paraîtra morose et insupportable, A Paris les offres les plus empressées et les plus aimables lui étaient faites. Le prince de Gonti voulut le retenir tout à fait et mit à sa disposition un château, à douze lieues de Paris.
L'affectation de l'ex-citoyen de Genève à se faire voir en public, malgré le décret de prise de corps, parut une bravade et attira l'attention du ministre Choiseul. Jean- Jacques fut prié de s'éloigner. Il accepta l'invitatio-n d'aller en Angleterre que lui réitéra l'historien Hume, qu'il appelait son protecteur et avec qui, dès 1762, il
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avait été mis en relations par la comtesse de Boufflers.
Le voyage, au début, fut heureux. Rousseau, bien reçu, flatté dans sa vanité, se déclare enchanté. « Les manières anglaises, écrit-il à Du Peyrou, son fort de mon goût; les Anglais savent marquer de l'estime sans flagornerie; ce sont les antipodes du bailliage de NeuchâteL Mon séjour ici fait plus de sensation que je n'aurais pu croire. M. le prince héréditaire, beau-frère du roi, m'est venu voir, mais incognito. »
La curiosité londonienne se calma vite; elle se porta sur d'autres sujets ; on oublia « Rousseau, ses ouvrages, sa servante et son habit d'Arménien. » Que fera Jean- Jacques? écrivit Walpole : iln'estici, maintenant, un objet de curiosité pour personne. « 11 faut pourtant qu'il reste là ou qu'il dépouille ses prétentions : quitter un pays où il peut vivre à son aise, et sans persécution, ce serait avouer que la tranquillité n'est pas ce qu'il cherche. » Se voyant délaissé, Rousseau prévient Hume qu'il est fatigué d'être à Londres et qu'il aspire à l'isolement. L'historien lui procure une résidence à Ghiswick, à quelque distance de la grande ville. Rousseau y reste quelques semaines et s'y ennuie. Hume, toujours officieux, lui procure une « délicieuse retraite champêtre à Wootton, dans le Derbyshire. » Le site et l'habitation ont, cette fois, l'heur de plaire au persécuté des Bernois : « Vous voyez déjà, mon cher patron, mande-t-il à Hume, par la date de ma lettre que je suis arrivé au lieu de ma destination. Mais vous ne pouvez voir tout le charme que j'y trouve; il faudrait connaître le lieu et lire dans mon cœur. Vous y devez lire, au moins, les sentiments qui vous regardent et que vous avez si bien mérités. Si je vis dans cet agréable asile aussi heureux que je l'espère, une des douceurs de ma vie sera de penser que je vous
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le dois. » A son ami Goindet, Rousseau écrit de Wootton : (( J'ai dépouillé le vieil homme, et, hors quelques amis parmi lesquels je vous compte, j'oublie tout ce qui se rapporte à cette terre étrangère qui s'appelle le continent. » De même qu'il a été savoisien avec reconnaissance, genevois avec enthousiasme, français avec sympathie, suisse avec espérance, sujet du roi de Prusse avec admiration, de même il est anglais avec félicité. Elle sera courte, la félicité : la girouette tournera bientôt. Dès les premiers jours d'avril, l'exilé fait savoir à Mme de Boufflers, à milord Maréchal et à toute la terre qu'il est le plus infortuné des mortels, que Hume est un traître à qui on Fa livré. « De penser, écrit-il à Malesherbes, qu'un homme avec qui je n'eus jamais aucun démêlé, un homme de mérite, estimable par ses talents, estimé par son caractère, me tend les bras dans ma détresse et m'étouffe quand je m'y suis jeté : voilà, monsieur, une idée qui m'atterre. Voltaire, d'Alembert, Tronchin n'ont jamais un instant affecté mon âme, mais quand je vivrais mille ans, je sens que, jusqu'à ma dernière heure, jamais David Hume ne cessera de m'être présent. » Pendant qu'il dénonçait Hume et le calomniait, celui-ci obtenait que le roi d'Angleterre fît à Rousseau une pension de deux mille francs, que le titulaire acceptait « sous réserve de consulter milord Maréchal », et en faisant prier le roi de « lui conserver ses bontés pour des temps plus heureux. »
Quels sont les crimes dont David Hume doit porter l'éternelle responsabilité ? Jean-Jacques les énumère dans des lettres qui sont un monument de folie : « Depuis que je suis arrivé à Londres, écrit-il, quelqu'un travaille à me déshonorer. On a fait entendre que j'étais généralement méprisé et décrié en France par ma mau-
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vaise conduite et que je n'osais m'y montrer. On a mis dans les papiers publics que, sans la protection de M. Hume, je n'aurais pas osé traverser la France pour m'embarquer à Calais; on a traduit et imprimé comme authentique une fausse lettre du roi de Prusse fabriquée par d'Alcmbert ; on a pris à tâche de me présentera Londres avec Mlle Le Vasseur dans tous les jours qui pouvaient merendre ridicule ; les gens qui aiment M. Hume ont affecté de vouloir me faire la charité; on a fait supprimer des lettres de M. Du Peyrou qui allaient être publiées ; M. Hume s'est rencontré à Londres avec le fils du jongleur Tronchin; dans une maison où je logeais avec M. Hume, les hôtesses et les servantes ont manifesté, jusqu'à un point indicible, leur haine et leur dédain pour moi; on a intercepté mes lettres; celles que j'ai reçues ont été ouvertes, d'autres ont été « probablement » supprimées ; le premiersoir depuis notre départ de Paris, étant couchés dans la même chambre, j'entendis au milieu- de de la nuit David Hume s'écrier plusieurs fois à pleine voix : Je liens Rousseau ! Il y avait dans le ton de la. voix je ne sais quoi d'effrayant et de sinistre que je n'oublierai jamais. Hume se montrait très inquiet de savoir ce que j'écrivais; il fixait alternativement sur Mlle Le Vasseur et sur moi des regards qui m'effrayèrent et qu'un honnête homme n'est guère assez malheureux pour avoir reçus de la nature ; il m'était impossible de soutenir son affreux regard.,. )^ Il faut abréger ces folies que Rousseau ressasse dans d'interminables lettres à Mme de Bôufflers, à M. de Malesherbes, à milord Maréchal, à Du Peyrou, et, dans un mémoire qui n'a pas moins de trente pages, à David Hume.
L'acte de Rousseau fut universellement regardé comme un fait de démence. « La lettre de Rousseau est
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atroce, remarque Mme de Boufflers, c'est le dernier excès de l'extravagance la plus complète. » Elle écrivit à Jean-Jacques : « M. Hume m'a envoyé, monsieur, la lettre outrageante que vous lui avez écrite... M. Hume, un lâche, un traître! Grand Dieu! Mais quelle apparence qu'il eût vécu cinquante ans passés, aimé, respecté au milieu de ses compatriotes, sans en être connu? Attendait-il votre arrivée pour lever le masque, pour ternir une vie glorieuse, plus qu'à moitié passée? Et pour quel intérêt?... « Mme du DefFand, s'adressant à Walpole, lui disait : « Où prenez-vous que je ne condamne pas extrêmement Rousseau? Je l'ai toujours si méprisé que ce dernier trait ne m'a point surprise. C'est un coquin, c'est un fou... » Milord Maréchal, désillusionné sur le compte de l'homme qu'il avait tant protégé, cesse toutes relations avec lui. D'Alembert, que Rousseau avait mêlé, sans aucun motif, à la querelle qu'il cherchait à llume, sortit de son calme philosophique pour écrire à Voltaire :
« Pour le coup Jean- Jacques s'est bien fait voir ce qu'il est : un fou, un vilain fou, dangereux et méchant, ne croyant à la vertu de personne, parce qu'il n'en trouve pas le sen'iment au fond de son cœur, malgré le beau patiios avec lequel il en fait sonner le nom; ingrat et, qui pis est, haïssant ses bienfaiteurs (c'est de quoi il est convenu plusieurs fois lui-même) et ne cherchant qu'un prétexte pour se brouiller avec eux afin d'être dispensé de la reconnaissance. Groiriez-vous qu'il veut aussi me mêler dans sa querelle, moi qui ne lui ai jamais fait le moindre mal et qui n'ai jamais senti que de la compassion dans ses malheurs, et quelquefois de la pitié pour son charlatanisme? Il prétend que c'est moi qui ai fait la lettre, sous le nom du roi de Prusse, où on se moque de lui. Jean- Jac(j[u'es est une bête féroce qu'il ne faut voir
JEAN-JACQUES ROUSSEAU
qu'à travers des barreaux et toucher qu'avec un bâton. »
La lettre attribuée faussement au roi de Prusse dont parle d'Alembert avait été composée par Walpole, le fils de Tillustre ministre anglais. Elle était écrite sur le ton delà plaisanterie et du persiflage, et ne pouvait être prise par personne pour une épître de Frédéric. La voici :
c( Mon cher Jean-Jacques, vous avez renoncé à Genève, votre patrie. Vous vous êtes fait chasser de la Suisse, pays tant vanté dans vos écrits ; la France vous a décrété, venez donc chez moi. J'admire vos talents ; je m'amuse de vos rêveries qui (soit dit en passant) vous occupent trop et trop longtemps. Il faut à la fin être sage et heureux ; vous avez fait assez parler de vous par des singularités peu convenables à un véritable grand homme; démontrez à vos ennemis que vous pouvez avoir quelquefois le sens commun, cela les fâchera sans vous faire tort. Mes États vous offrent une retraite paisible : je vous veux du bien, et je vous en ferai si vous le trouvez bon ; mais si vous vous obstinez à rejeter mon secours, attendez-vous que je ne le dirai à personne. Si vous persistez à vous creuser Tesprit pour trouver de nouveaux malheurs, choisissez-les tels que vous voudrez; 5m5 roi^je puis vous en procurer au gré de vos souhaits^ et, ce qui sûrement ne vous arrivera pas vis-à-vis de vos ennemis, je cesserai de vous persécuter quand vous cesserez de mettre voire gloire à Fêtre. — Votre bon ami Frédéric. » Voltaire, que d'Alembert avait mis au courant des accusations inexactes que Jean-Jacques faisait courir sur le compte des encyclopédistes, se contenta d'écrire à son ami : « Pourquoi n'a-t-on pas mis Rousseau à Hedlam? Go petit bonhomme aurait été enchanté d'y être lof^^'î, pourvu qu'on eût mis son nom sur la porte et que les (jazelles en eussent parlé. »
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Hume, directement en cause, avait d'abord dédaigné de répondre ; mais il rétléchit que le silence a ses dangers, que son diffamateur composait en ce moment môme un livre de mémoires destiné à ne paraître qu'après la mort de son auteur, et oii celui-ci s'efforcerait de le déshonorer par des mensonges. Rapprit, enoutre, que Rousseau avait écrit un peu partout, en priant qu'on répandît ses lettres. C'était la tactique du Genevois en des occasions semblables. 11 ne publiait pas des attaques personnelles qui auraient provoqué des réponses directes et publiques. Il répandait ses calomnies dans le secret de l'intimité, en priant de ne pas respecter ce secret. Il se réservait aussi une seconde vengeance — posthume cellelà ~, en écrivant ces Confessions^ qu'Edmond Scherer appelle « une galerie de noirceurs et d'extravagances, des diffamations d'outre-tombe.
Hume se décida à répondre. 11 commença par demander à Walpole, auteur de la lettre où Jean-Jacques était anodinement persiflé, de s'expliquer sur cette lettre. Walpole en prit toute la responsabilité, ajoutant : « Vous avez pleine liberté, mon cher monsieur, de faire usage, soitauprès de Rousseau, soit auprès de tout autre, de ce que je dis ici pour votre justification ; je serais bien fâché d'être cause qu'on vous fit aucun reproche. J'ai un mépris profond pour Rousseau et une parfaite indifférence de ce qu'on pensera sur cette affaire, mais s'il y a en cela quelque faute, ce que je suis bien loin de croire, je la prends pour mon compte. »
Le docteur Tronchin, intervenant dans la polémique avec Hume, insista sur l'évidente folie de Jean-Jacques.
Fréron prit la défense de Rousseau.
A l'insanité des accusations celui-ci ajouta la démence des actes; s'imaginant que sa liberté était menacée, que
JEAN-JACQUES UOUSSEAII
ses jours étaient en péril, que Tliérèse elle-même s'entendait avec ses ennemis, qu'il était entouré d'espions et enveloppé dans un « horrible complot », il s'enfuit de Wootton en pleine nuit, abandonnant tout ce qui lui appartenait, ne prenant avec lui que le manuscrit des six premiers livres des Confessions. Avant de partir, il avisa par lettre son propriétaire, M. Davenport, dont la conduite à son égard n'avait jamais cessé d'être cordiale et généreuse, qu'il ne voulait pas subir plus longtemps les persécutions dont on l'accablait. Accompagné de Thérèse, il fit à pied, en se cachant comme un criminel, la route qui devait, croyait-il le mener vers les côtes de la Manche. Il s'égara, errant à l'aventure, ignorant la langue du pays, poursuivi par des fantômes, en proie à la terreur et au désespoir. Pour toute fortune il avait quelques couverts d'argent, avec lesquels il payait son écot dans les auberges, en faisant casser un morceau de cuiller ou de fourchette. Arrivé à Spalding, dans le Comté de Lincoln, il écrivit au chancelier, réclamant la protection du roi, demandant un détachement de cavalerie pour l'escorter jusqu'à Douvres. M. Davenport, avisé de sa fuite, lui dépêcha un domestique qui arriva trop tard à Spalding. Jean-Jacques, toujours obsédé par de terrifiantes visions, voulant échapper à ses ennemis imaginaires, s'était remis en chemin avec Thérèse. En deux jours ils franchirent les deux cents milles qui séparent Spalding de Douvres. Quelle fuite affolée 1 quel voyage et quelles angoisses! On songe involontairement au malheureux roi Léar, fou lui aussi, et perdu dans les ténèbres. On plaint Rousseau et plus encore la pauvre créature qu'il traîne avec lui et qui a, nuit et jour, sous les yeux le spectacle de cette démence.
A Douvres, un navire étant en partance, Jean-Jacques
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et Thérèse cherchent à s'embarquer. Mais les vents sont contraires, la mer est courroucée. Il faut attendre. Rousseau s'impatiente, sMrrite, accuse ses ennemis, toujours cachés et toujours agissants. La terre et la mer sont ligués contre lui.
Jean-Jacques vit dans ce contre-temps une preuve de la complicité du ciel avec ses persécuteurs. Il occupa à des excentricités les heures d'attente, montant sur les bornes pour haranguer les Anglais qui ne comprenaient rien aux discours de ce fou ; invectivant David Hume, reprochant à la nation anglaise de favoriser la haine d'un seul homme contre un étranger. Il écrivit au général Conway : « On ne veut pas que je sorte d'ici ; je le sens, j'en ai mille preuves, et cet arrangement est très naturel; on ne doit pas me laisser aller publier au dehors les outrages que j'ai reçus dans l'île, ni la captivité dans laquelle j'ai vécu; on ne veut pas non plus que mes mémoires passent dans le continent et ailleurs instruire une autre génération des maux que m'a fait souffrir celle-ci... »
Puisqu'il en est ainsi, je m'engage, dit-il au général Conway, si on me rend la liberté de passer en France, « à ne jamais écrire quoi que ce puisse être, et sous quelque prétexte que ce soit, pour être imprimé ou publié, ni sous mon nom, ni en anonyme, ni de mon vivant, ni après ma mort. »
Personne ne songeait à retenir le misérable halluciné en Angleterre. Hume, avec une générosité rare, vint à son secours; il sollicita l'intervention de Turgot, le priant d'obtenir qu'on laissât dans l'oubli le décret de prise de corps rendu contre Jean-Jacques et qu'on se montrât bienveillant, à la Cour de France, pour un pauvre homme dont les facultés mentales étaient oblitérées.
JEAN-JACQUES ROUSSEAU
M. DavonporL joignit ses instances à celles de tlume ; Turgot y fit droit : « Je me bâte de vous répondre par ce courrier, écrivit-il à ttume, quoique je n'aie encore fait aucune démarche pour le malheureux homme aùqiiel il est si digne de vous de prendre intérêt. Le degré de folie qu'il montre aujourd'hui est, en vérité, préférable à une i'olie moins exaltée, qui le laissait char^gé de loùl Todleilx d'un excès d'ingratitude envers vous ei M. tiavenpbrt. Une pareille ingratitude réfléchie et méditée ne |)eut me paraître dans la nature... »
Le 21 mai, Jean-Jacques et Thérèse arrivent à Calais, le 23 ils se rendent à Amiens où ils séjournent dix jours ; ils acceptent l'hospitalité chez le marquis de Mirabeau, mais le quittent bien vite et vont s'installer au château de Trie que le prince de Conti mit à leur disposition. Nouveaux accès de folie : dans le château Jean-Jacques voit partout des espions et des traîtres apostés par ses ennemis. Le prince de Conti essaie de le détromper. Rousseau consent alors à reconnaître qu'il n'est plus espionné, mais que c'est lui qu'on prend pour un espion et qu'on traite avec malveillance. Un incident macabre augmente sa folie : le concierge du château, à qui Rousseau avait envoyé du vin et du poisson, meurt d'une atteinte d'hydropisie, Jean- Jacques se persuade qu'on l'accuse d'avoir empoisonné le défunt et demande à comparaître, .pour se justifier de ce crime, devant le Parlement. Après un an de séjour au château de Trie, Rousseau , malgré les supplications du prince de Conti, prend la fuite, gagne Lyon, puis Chambéry et se rend à Bour goin, ou il arrive le 16 août 17G8 et où il épouse Thérèse Le Vasseur.
A Bourgoin, il a deux pénibles aventures. Un des pro lecteurs de Rousseau, M. de Saint-Germain. Jes raconte
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ainsi dans une notice sur sa correspondance avec Jean- Jacques!
« Pourrait-on croire que Rousseau, avec des sentiments généreux soutenus par une pratique habituelle de la bienfaisance, ait pu être un empoisonneur, un fripon ? 11 est cependant vrai qu'au sujet de son goût pour la recherche des plantes il a été taxé d'y chercher du poison et qu'on a cité un homme sur lequel on prétendait qu'il en avait fait Tessai, parce quMl mourut dans les douleurs d'une colique néphrétique, malgré tous les secours que lui procura M. Rousseau. Obligé de subir une confrontation avec un ouvrier, il confondit cet imposteur qui disait lui avoir prêté, à Neuchâtel, neuf francs que Rousseau n'avait jamais voulu lui rendre.
« Une femme de chambre, nommée la Vertier, prétendant à l'esprit fatiguait Rousseau par des visites conlinuelles : furieuse de ce qu'il l'avait chassée de chez lui, elle dit partout qu'il avait voulu la violer. Ces événements affectèrent Rousseau plus qu'il ne fallait. Autant à plaindre qu'à blâmer, il était, par sensibilité et par méfiance, son plus cruel ennemi à lui-même. » Cette ridicule histoire d'unprêtde neuf francs nonremboursé, d'une tentative d'empoisonnement, et ce commérage d'une femme de chambre se prétendant violée par Rousseau prenaient aux yeux du Genevois l'aspect d'événements d'une importance mondiale. 11 voyait partout l'action cachée de ses tourmenteurs, et, principalement, celle du ministre Choiseul, devenu son cauchemar de tous les instants. 11 se trouvait mal partout, parce que partout il apercevait, fixés sur lui, les regards des conjurés qui avaient tramé saperte. 11 était persuadé que le monde entier s'inquiétait de sa personne. Cette hostilité imaginaire de l'univers troublait sa raison tout en flattant sa vanité. Elle lui était
.lEAN-JACOUES BOUSSEAU
une occasion de calomnier à tort et à travers, d'insinuer que Mme de Boufflers lui en voulait parce qu'il n'avait pas répondu érotiquement à ses avances, d'affirmer que Troncliin le persécutait parce que, Genevois tous les deux, il avait, lui, plus de célébrité que Troncliin; si le baron d'Holbach le méprise, c'est parce que lui, Jean-Jacques, n'a pas répoadu aux avances de ce personnage a trop riche » ; si la Vertier l'a accusé de viol; c'est parce qu'il a résisté aux avances de cette chambrière; Grimm et Tronchin, qu'il confond dans une -même haine, sont ^< des tigres dont la rage s'accroît en s'assouvissant. » Grimm n'est pas seulement un monstre odieux, c'est un personnage ridicule. Afin de montrer que l'homme qu'il poursuit d'une rancune enfiellée est un individu méprisable, Rousseau imagine contre lui ces griefs :
(( Grimm, aussi fat qu'il était vain, avec ses gros yeux troubles et sa figure dégingandée, avait des prétentions près des femmes. Entrant un matin dans sa chambre, je le trouvai brossant ses ongles avec une petite vergette faite exprès, ouvrage qu'il continua fièrement devant moi... Il ne se piquait de rien tant que de sensibilité d'âme et d'énergie de sentiments. . . Gomment cela s'accordait-il avec des défauts qui sont propres aux petites âmes? Comment les vifs et continuels élans que fait hors de luimême un cœur sensible peuvent-ils le laisser s occuper de tant de petits soins pour sa petite personne? Eh! monDieuI celui qui sent embraser son cœur de ce feu céleste cherche à l'exhaler et veut montrer le dedans ; il voudrait mettre son cœur sur son visage ; il n'imaginera jamais d'autre fard. »
Les élans d'un cœur sensible et l'embrasement causé par le feu céleste, à propos d'une brosse à ongles et d'une accusation, d'ailleurs fausse, de faire emploi du fard!...
LA FOLIE
Dans les dernières années de sa vie et jusqu'à sa mort, Rousseau n'aura plus qu'une préoccupation : mêler son panégyriqueàladiffamationd'autrui.Il écrirason apologie sous toutes les formes : lettres, mémoires, confessions dialogues, rêveries, discours. A aucune époque ne s'était manifesté une semblable frénésie, une telle exaltation du moi, une si extraordinaire folie de l'orgueil^ un auss violent délire de la persécution. Toutes les nations se sont unies pour perdre un être si prodigieux : la nation anglaise, la nation suisse, les Genevois, lanation française. Et il écrit : « Enfin ce complot, conduit avec tant d'art et de mystère, est en pleine exécution. Que dis-je, il est déjà consommé : me voilà devenu le mépris, la dérision, l'horreur de cette même nation française dont j'avais, il y a dix ans, l'estime, la bienveillance, j'oserais dire la considération ; et ce changement prodigieux, quoique opéré sur un homme du peuple, sera pourtant la plus grande œuvre du ministère de M, de Choiseul, celle qu'il a eue le plus à cœur, celle à laquelle il a consacré le plus de temps et de soin. Rien n'a été omis pour l'exécution de cette noble entreprise : toute la puissance d'un grand royaume, tous les talents d'un ministre intrigant, toutes les ruses de ses satellites, toute la vigilance de ses espions... On m'a lâché des espions de toute les espèces : aventuriers, gens de lettres, abbés, militaires, courtisans. On a envoyé des émissaires en divers pays pour m'y peindre sous les traits qu'on leur a marqués. » Pour lui nuire « l'ordre moral de la Providence a été interrompu. »
C'est ici la folie sous la forme la plus caractérisée ; non la folie au sens vague du mot, mais au sens pathologique. Elle ira en s'accentuant encore dans les dernières années de la vie de Rousseau.
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LES DERNIÈRES ANNÉES DE LA VIE DE ROUSSEAU ROUSSEAU JUGE DE JEAN-JACQUES
Après avoir hésité entre plusieurs séjours, pour y abriter sa vieillesse; après avoir songé à un voyage en Amérique, Rousseau prend le parti de revenir à Paris. Le duc de Choiseul lui accorde l'autorisation ^'habiter la grande ville. Dès son arrivée Jean-Jacques se montre au café de la Régence et sur la place du Palais-Royal. La foule attendait son passage afin de le contempler. Lorsqu'on demandait aux gens du peuple s'ils savaient ce qu'était ce Jean-Jacques qu'ils attendaient, ils répondaient qu'ils n'en savaient rien. Et c'était exact. Les livres du Genevois, d'une rhétorique savante et laborieuse, ne s'adressaient qu'à un public spécial de littérateurs et de gens riches. Le peuple les ignorait. Rousseau a été^ en France, à Paris, un écrivain de salon et de cour. Par snobisme un certain nombre de grands seigneurs et de grandes dames prenaient plaisir à l'admettre chez eux, à le protéger, à lui venir en aide, à lui (^onner l'hospitalité.
Au surplus, à la cour et parmi les nobles, on n'était
pas fâché d'avoir à opposer à Voltaire, grand seigneur par Tesprit et par la fortune, chef reconnu des philosophes, antichrétien sarcastique et agressif, un étranger besogneux qui posait pour la pauvreté, dont on utilisait le talent d'écrire, les déclamations spiritualistes et la pieuse rhétorique contre les libres-penseurs de TEncyclopédie. Diderot, dans son Essai sur les règnes de Claude et de Néron (pages 135 et suivantes), constate qu'on se montra favorable à Rousseau « parce qu'il était anti-philosophe ». La plupart « des gens du monde, dit Diderot, ont oublié son Traité de l inégalité des condi» lions ou le lui ont pardonné » à cause de ses attaques contre la philosophie. « Parmi les hommes de lettres, quelques-uns par esprit de religion, d'autres par adulation ont dû faire cause commune avec les protecteurs puissants de Rousseau, dont ils attendaient des grâces. » Palissot et Fréron devinrent rousseautistes.
C'est pourquoi le théoricien de l'Égalité (au dire, au moins, de ses panégyristes) est resté, bien plus que le philosophe exilé à Ferney, l'homme de l'aristocratie et de l'Église. Celle-ci, malgré le mandement de l'archevêque de Paris, et même dans ce mandement, reconnaissait et louait la piété, insuffisante sans doute, mais réelle du citoyen de Genève.
On Taimait contre Voltaire. L'Eglise le félicitait de se séparer des philosophes et de les « dévoiler » publiquement. A Strasbourg le clergé catholique avait rendu hommage à Rousseau; en 1763, 1 evêque du Puy en Velay publie une instruction pastorale contre les philosophes où il glisse cet éloge de Jean-Jacques : « Le fameux Rousseau mérite une exception particulière parmi les modernes ennemis du christianisme. Il connaît mieux que personne les prétendus philosophes de nos jours, et
c'est sans doute parce qu'il les a trop bien connus qu'il ne veut avoir de commun avec eux, ni le nom qu'ils afï'ectent, ni les principes qu'ils débitent. )> Rousseau flatté, heureux de ce quasi- éloge, répond par une espèce d'apologie de l'évêque : « De tous mes antagonistes, éerii-il, le plus modéré, celui que je respecte le plus, c'est monsieur Tévêque du Puy ; voilà du moins un homme qui parle sincèrement. Il expose presque toujours mes sentiments avec toute la fidélité possible; quoiqu'il ne m'ait pas compris partout, j'ai été véritablçment édifié de sa charité et de sa bonne foi. » Jean-Jacques aurait pu ajouter : « et des sentiments de méprisante hostilité qu'il témoigne à Voltaire ». Dans sa reconnaissance pour l'évêque, Roiisseau demande au libraire Rey, son éditeur, d'imprimer l'instruction pastorale de Jean Le Franc de Pompignan, et l'assure qu'il en trouvera facilement le débit.
Lorsqu'en 1781, on publia, par souscription, à un louis l'exemplaire, le recueil « des Airs^ Romances et Duos du citoyen de Genève »y toute la cour de Louis XVI s'empressa de souscrire ; voici les premiers noms figurant en tête de la liste des souscripteurs :
La REINE.
Madame, belle sœur du roi.
Madame la comtesse d'Artois, belle-sœur du roi.
Madame la duchesse de Chartres.
Madame la duchesse de Bourbon.
Madame la princesse de Lamballe.
Afin de bien marquer la protection spéciale de la cour et de l'aristocratie française en faveur du Genevois, on laissait Voltaire exilé à Ferney, avec interdiction de revenir à Paris, tandis qu'on permettait à Rousseau, décrété de prise de corps, de s'y rendre et d'y séjourner.
Il s'y installe, en 1771, dans la rue qui, aujourd'hui, porte son nom. Il quitte son habit d'Arménien et reprend son métier de copiste. Il y vit obscur, dans une demisolitude, recevant de rares visiteurs parmi lesquels figure Bernardin de Saint-Pierre à qui il raconte son admiration pour Tarchevêque de Cambrai. — « Si Fénelon vivait, vous seriez catholique », lui disait un jour Bernardin en le voyant attendri à quelque cérémonie du culte. « Oh! si Fénelon vivait, s'écria Rousseau, je chercherais à être son laquais pour mériter d'être son valet de chambre. »
Toujours défiant, toujours persuadé qu'on en veut à son honneur et à sa vie, il n'ouvrait sa porte, après d'infinies précautions, qu'à des personnes avec lesquelles il ne tardait pas à se brouiller. Ses propos devenaient de plus en plus incohérents ; les accès de démence se multipliaient. Nous avons sur ce point les témoignages de ses amis Corancez et Dusaulx : « Plus de quatre années avant sa mort, dit Corancez, j'ai eu de fréquentes occasions de l'observer. L'accès s'annonçait par un dérangement du regard et par un mouvement très accentué dans un de ses bras. Lorsque j'entrais chez lui et que j'apercevais ces signes, j'étais assuré d'avance d'entendre sortir.de sa bouche tout ce qu'il est possible d'imaginer de plus extravagant. Ces extravagances étaient toujours relatives aux ennemis dont il se croyait entouré et aux pièges combinés et compliqués dans lesquels il se croyait enchaîné. »
Dusaulx raconte : « Depuis notre séparation, je ne l'ai rencontré qu'une fois, par hasard, aux travaux ^eTÉtoile, voisine des Champs-Elysées. Son premier mouvement et le mien furent réciproquement de tomber dans les bras l'un de l'autre, mais il s'arrêta au milieu de son élan. Qui l'a donc retenu? La méfiance dont un accès plus violent
JKAN-JAGOUES ROUSSEAU
qu'à l'ordinaire le saisit tout à coup. Situé sur le bord d'une tranchée profonde, et me voyant à ses côtés, il craignit apparemment que je ne l'y précipitasse; tout, du moins, m'autorisait à le croire. Il trembjait 4^ tous ses membres. Tantôt il élevait des bras suppliants vers le ciel; tantôt, comme s'il eût invoqué ma pitié, il me montrait l'abîme ouvert sous ses pas. Je ne compris que trop ce langage muet. M'éloignant de lui, je tâchai d^e \e rassurer par les plus tendres démonstrations. Quoiqu'il en parût touché, il passa son chemin. » (De w,es rapports avec Jean-Jacques Rousseau, p. 189.)
A ce même Dusaulx, qui vivait dans son intimité, il disait : « D'ici, du coin de mon feu où nous sommes, je vois et j'entends à cent lieues à la ronde tout ce qui se dit/ tout ce qui se trame contre moi... pepuis dix ans que l'on me traque comme une béte fauve, je ne cause plus avec sécurité qu'à la fin de la journée et lorsque mes ennemiscommencent à s'endormir : que dis-je,ilsme font alors surveiller par leurs espions. )> Il ne se contentait pas d'accuser les hommes, il accusait les moineaux : (( Je les croyais mes amis, mais ils ne valent pas mieux que les hommes. Un jour, je veux les caresser, el voilà qu'ils s'envolent comme si j'eusse été un oiseau de proie. » S il faut accepter le témoignage de Rulhières, il croyait que son propre chien était a du complot organisé contre lui. Il trouvait suspectes les caresses trop fréquentes de cet animal et se demandait si elles ne cachaient pas quelque mystère. »
Dans l'œuvre de démence qu'il a intitulée Rousseau juge de Jean-Jacques^ il raconte en des centaines de pages les prétendus maux qu'on lui inflige, les humiliations qu'on lui fait subir, les tortures qu'il doit endurer, les mépris dont on l'abreuve, lui, le pur des purs, le ver-
(Lieux des vertueux, Phomme sans malice et sans fraude, le nouveau Jésus-Christ. Et voici quelles sont les ignominies dont on Taccable : « S'il entre dans un lieu public, i\ est traité comme un pestiféré : tout le monde rentoiire et le fixe, mais en s'écartant de lui et sans lui parler, seulement pour lui servir de barrière ; et s'il ose parler |ui même et qu'on daigne lui repondre, c'est toujours psir pn mensonge et en éludant ses questions d'un ton si rude et si méprisant, qu'il perd envie d'en faire. Au parterre on a grand soin de le recommander à ceux qui l'entourent, et de placer à ses côtés un garde ou un sergent qui parle ainsi fort clairement de lui sans rien lui dire. On l'a montré, signalé, recommandé partout j aux facteurs, aux commis, aux savoyards, dans tous les ' spectacles, dans tous les cafés, aux barbiers, aux marchands, aux colporteurs, aux libraires. S'il cherchait un ^ livre, un almanach, un roman, il n'y en avait plus dans tout Paris : le seul désir manifesté de trouver une chose telle qu'elle soit, est pour lui l'infaillible moyen de la faire disparaître. Voulait-il passer l'eau vis-à-vis les Quatre-Nations, on ne passera point pour lui, même en payant la voiture entière. Veut-il se faire décrotter, les décrotteur^, surtout ceux du Temple et du Palais-Royal, lui refuseront avec mépris leurs services... » Et il remplit des pages et des pages du récit de ses hallucinations folles, qu'il accompagne d'incriminations atroces contre tous ceux de ses contemporains dont il a été Fami, souvent l'obligé, et pour lesquels il n'éprouve plus que de la haine et de la peur...
Ayant déversé à flots le fiel et la démence dans cet écrit, il en fait trois copies, en remet une à un abbé : l'abbé Etienne Bonnot de Gandillac; une autre à un pasteur : Moultou;une troisième à un jeune Anglais qu'il
JEAN-JACQUES ROUSSEAU
avait connu à Wootton. 11 les oblige à s'engager par les serments les plus solennels à publier, après sa mort, ce panégyrique diffamatoire. 11 ne veut pas que ses « ennemis » échappent à Tenfer de ses calomnies posthumes. Puis, il se ravise; ni Tabbé, ni le pasteur, ni l'Anglais ne lui semblent, malgré leurs serments, présenter des garanties suffisantes d'honnêteté et de fidélité. Il n'entend se fier à aucune âme humaine, mais à la seule Providence dont il fixe le logis à l'église de Notre- Dame; il fait un paquet de -son manuscrit, au dessus duquel il met cette dédicace :