‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemis (volume 3)Chapitre 11 sur 73 · XXXVIII MADAME DE VERDELIN · texte numérisé non relu

XXXVIII MADAME DE VERDELIN

Ame revenue, détachée, désabusée, redisant dans sa note habituelle : « Mon cher voisin, quoi que je fasse, je suis née pour la peine; les miennes ne font que changer d'objet ; » ou encore, en ses meilleurs instants : « J'ai éprouve tant d'ennuis depuis que j'existe, que ce qui m'arrive de bonheur à ^présent roe touche à peine; » elle continua, tant qu'il lui fut permis, de s'occuper activement de Rousseau, et elle ne fut contente que lorsqu'elle eut trouvé le moyen, au milieu de toutes ses gènes ^t de ses assujettissements, de l'aller visiter à Motiers-Travers et de lui donnei^ la marque la plus positive d'amitié,, un voyage long, pénible, pour passer deux fois vingt-quatre heures auprès de lui. Elle profita d'un voyage aux eaux de Bourbonne oii elle était allée conduire une de ses filles, pour pousser de là par Besangon et Pontarlier jusqu'en Suisse. Plus d'un contre-temps retarda ce projet formé de longue-main, et il fallut y mettre bien de la volonté et de la suite pour que tout enfin put «'ajuster.

Rousseau va nous l'avouer, il ne put rester incrédule ni insensible à des preuves si claires, non plus qu'aux instances réitérées et obligeantes qui lui arrivaient avec un accent pénétré. Des offres de service d'argent les plus délicates à insinuer s'y glissaient par moments. Il renvoyait une lettre de change, mais sans trop de colère. Loin de là, il écrivait à celle qu'il appelait cette fois son amie :

« Quatre jours avant l'arrivée de votre dernière lettre, M. Junet est venu m'apporter les mille francs que vous aviez si peur qui n'arrivassent jamais assez tôt. Amie unique^ je n^ aurai pas assez de tout mon cœur et de toute ma vie pour vous payer le prix d'une si tendre sollicitude. Je vous avoue que votre secret a été mal gardé ; il a fallu batailler pour ne

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pas recevoir Targeiit sur-le-champ. J'ai dit que je voulais le laisser dans votrebourse jusqu à mon premier besoin , et qu'il ne viendrait jamais assez tôt pour le plaisir que j'aurais à recevoir de vous de quoi y pourvoir. N'étant pas, quant à pré* sent, dans ce cas, je vous envoie ci-'jointe la lettre de change, en attendant le moment de m'en prévaloir.

« Je me lève avant le jour pour vous écrire ces deux mots, parce que, assujetti toute la journée à une opération nécessaire et douloureuse, je serais hors d'état d'écrire avant le départ du courrier. Nous pourrons reparler du passe-port (un passe-port pour traverser la France); quant à présent, ricane presse. // est donc sûr que j'ai une amie au monde \ toutes mes affUetions ne sont plus rien, d

Elle lui répondait (27 avril 1765) :

à Vous souffrez et vous vous levez une (îeure avant le jour pour me renvoyer la lettre de change ! Dois-je, mon voisin, me louer ou me plaindre? Je suis comblée quand j'ai de vos nouvelles; mais, lorsqu'elles coûtent à votre repos, vous imaginez bien qu'elles troublent le mien. Je juge que votre état est aussi cruel que certains instants que je vous ai vu à Montmorency. Lorsque vous en aurez la force et le temps, un chiffon plié avec une suscription de votre main me rendra satisfaite, et le jour où vous joindrez: « Je me porte bien^ » voire voisine sera heureuse autant que le peut être une mère aflligcc...

« Je ne me plains pas du renvoi de la lettre de change, parce que jo suis sûre, puisque vous me le dites, que vous

la regardez entre mes mains comme un dépôt Ne

vous privez pas des choses utiles et commodes. Vous restreignez vos besoins, mon cher voisin, à un point qui af-

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(lige mon âme, et cela pour ne pas faire usage des offres de vos amis. Vous avez une trop grande délicatesse; c'est ôter à l'amitié la plus douce jouissance. Rendre et recevoir des soins de ses amis, voilà le seul plaisir que je me sois réservé. » — « Lorsque vous poussez les privations trop loin, lui écrivait-elle encore, je prie mademoiselle Levasselir de vous dire que c'est manquer à raniitié que mérite mon attachement pour vous. Vous savez qu'il ne tient point à votre génie sublime, à la réputation dont vous jouissez ; je ne m'élève pas jusque-là. La bonté de votre âme, cette courageuse patience que je n'ai connue qu'à vous, l'amour de la vertu pour la vertu même, voilà mon lien, voilà ce qui me fait désirer, votre bonheur pour Thonncur de Thumanité autant que pour le bonheur de ceux qui vous connaissent. C'est ce qui me fait yous dire que vous devez vous soigner et donner à votre vie les commodités qui peuvent la rendre plus douce. »

Rousseau répondait à sa confiance alors par une confiance en apparence égale*. Ses Lettres de la Montagne avaient dé-

* Je prends presque au hasard, dans la suite complète des lettres de Rousseau à madame de Verdelin, quantité de mots touchants et émus qui sont en parfaite contradiction avec le ton à demi ironique et aigre-doux qui règne dans la page des Confessions où il est parlé d*elle ; par exemple : « Votre éloigne- « ment me fait bien sentir ce que j'ai perdu; vos bontés ne m'ont fait tant « d'effet que quand elles rn'ont été ôtées, et je puis vous dire d'un cœur vraice ment pénétré qu'elles vous ont acquis un serviteur fidèle, qui le sera jusqu'à a son dernier soupir. Comptez là-dessus, madame, quel que soit mon sort et « quelque lieu que j'habite. J'ai autant de p]ai>ir à vous le 4>re, que si cela « vous importait beaucoup à savoir... » (7 décembre 1762.) — « Cent fois « le jour je pense avec attendrissement que, depuis le premier moment de a notre connaissance, vos soins, vos bontés, votre amitié n'ont pas soufa fert un moment de relâche ou d'atliédissement, quo vous avez touc jours été la même envers moi dans nia bonne et ma mauvaise hu.a meur, dans ma bonne et ma mauvaise fortune ; que vous m'avez « toujours montré une égalité d'âme qui devrait faire l'étude du sage, et

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chaîne contre lui le fanatisme protestant: Messieurs de Berne interdisaient l'ouvrage ; le Grand-Conseil de GeneTe le condamnait au feu. Dans ce pays de Neufchâtel il se sentait trop près de Berne et de Genève ; il était entre deux feux. Son imagination se montait, sa tête se prenait:

c( De quelque côté que je me tourne, écrivait-il à madame de Verdelin (3 février 1765), je ne vois que griffes pour me déchirer et que gueules ouvertes pour m'engloutir. J'espérais du moins plus d'humanité du côté de la France ; mais j'avais lort... Repos, repos, chère idole de mon cœur, où te Irouvemi-je? Est-il possible que personne n'en veuille laisser jouir un homme qui ne troubla jamais celui de personnel » ' Madame de Verdelin, dès qu'elle le put, et cette année même, réalisa son vœu le plus cher et courut à lui. Le passage des Confessions où il est parlé de ce voyage commence bien et ijnit mal. La première partie nous rend fidèlement la disposir

<r cette hienveîDance inaltérable que toas les amis promettent et qu*on ne a trouve dans aucun. Votre amitié, madame, est éprouvée, et la mienne (( mérite de Télre. Yoilà maintenant de quoi j'ai le cœur plein, et ce que a je voulais vous dire : j'ai plus à me louer qu'à me plaindre d'une ad- « versité qui m'a mis en état de vous parler ainsi. » [7 février 17G3 ] — c Gomment arrive-l-il, madame, que j'aie le cœur si plein de vous, et que je a ne vous parle jamais que de moi? Ce qu'il y a de certain, c'est que tout ce tf que vous me dites de vous m'affecte et me pénètre ; que je vous plains, que c je sens \os malheurs comme les miens et que je voudrais que vous eussiez « autant de plaisir à vous épancher avec moi que j'en goûte à m'épancber avec a vous, et que je n'eus jamais d'attachement plus solide, plus vrai, et qui fît a plus la consolation de ma vie, que celui que vous m'avez inspiré. » (29 juin 1765.) — Et le 10 septembre même année : « Si je pouvais trouver en France a un coin où vivre en paix et vous voir quelquefois, je serais heureux... x> — Et le 50 octobre ; t Je vois chaque jour mieux quelle amie m'est restée en vous, « et j'oublie presque toutes mes pertes quand je songe à ce qui m'est laissé. » — Le 6 janvier 1765 : â Daignez m'écrire plus souvent, je vous en supplie ; un c mot me suffit, mais j'ai besoin d'un mot. d — Taùt de passages significatifs que je pourrais multiplier encore montrent assez la vérité et la vivacité de ce sentiment dans l'âme de Rousseau avant qu'elle s'altérât.

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tion où Rousseau était alors. 11 eat, dit-il, deux grands plaisirs en ce temps au milieu de tous ses ennuis ; et après avoir parlé d'un service qu'il put rendre à uu ami, en contribuant par le canal de Milord Maréchal à le faire conseiller d'Ëtal et eu ac« quittant ainsi envers lui une dette de reconnaissance, il ajoute :

« Mon autre grand plaisir fut une visite que vint me faire madame de Yerdelin avec sa fille, qu'elle avait menée aux bains de Bourbonne, d*où elle poussa jusqu'à Moliers, et logea chez moi deux ou trois jours (probablement le 1*' et le 2septem* bre 1765). A force d'attentions et de soins, elle avait enfin surmonté ma longue répugnance, et mon cœur, vaincu par ses caresses, lui rendait toute l'amitié qu'elle m'avait si longtemps témoignée. Je fus touché de ce voyage, surtout dans la circonstance où je me trouvais et où j'avais grand be* soin, pour soutenir mon courage, des consolations de l'ami* 4ié. Je craignais qu'elle ne s'aflectât des insultes que je recevais de la populace, et j'aurais voulu lui en dérober le spec« tacle pour ne pas contrister son cœur; mais cela ne fut pas possible ; et quoique sa présence contint un peu les insolents dans nos promenades, elle en vit assez pour juger de ce qui se passait dans les autres temps • x>

Elle désirait dès lors que Rousseau quittât le pays et cédât aux sollicitations de M. Hume pour aller habiter en Angleterre. Elle y travailla par ses conseils et son active entremise ; et sur ce point la méfiance du pauvre Rousseau perce sourdement dans la fin du récit. Il ne dit pas, mais il laisse entendre que madame de Yerdelin pouvait bien avoir été, sinon complice, instrument du moins (à son insu) dans cette conspiration 'générale tramée par Hume et consorts pour Tenlever et le perdre, sous prétexte de le sauver.

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Elle raisonnait juste dans ses conseils, mais son bon sens même se trompait, croyant avoir affaire à un bon sens non altéré. Elle n'était point d^avis du tout qu'entre les divers asiles qui s'offraient à Jean-Jacques, il choisit la Prusse et Berlin :

« Une très-forte raison devrait suffire à vous en éloigner, lui disait-elle ; c'est raccueil indistinct qu'on y fait à tout homme de lettres : fripon ou honnête, tout est fêté, pourvu qu'il soit subjugue et qu'il loue le maître. Mon voisin, qui a sacrifié son bonheur à la liberté, à la vérité, n'est pas fait pour vivre à Berlin. Je connais une femriic, amie intime de M. de Maupertuis, qui me disait que Te chagrin avait avancé ses jours; »

Au lieu de la Cour et d'un roi « philosophe ou phi* losophant, » pVèt à accueillir indistinctement les écrivains les plus contraires, l'auteur du livre de YEsprit ou l'auteur A' Emile, combien elle aimerait mieux voir celui-ci chez le fermier proposé par Hume , dans la forêt voisine de Richemond, au bord de la l'amise, a dans un pays où la liberté de penser est autorisée et par les lois et par le génie de la nation ! » Maiâ, je le répète, tout ce bon sens même la trompait ; on sait comment Thumeur noire, la manie soudaine de Rousseau déjoua tout et déconcerta toutes les bienveillaaces. Le pauvre misanthrope trouva moyen de les transformer en un complot prémédité et concerté contre lui. Il sentait bien, a-t on remarqué finement, qu'il ne serait pas croyable que tant de gens lui eussent manqué à la fois, s'ils avaient pensé et agi séparément : admettant donc comme un fait prouvé le mauvais vouloir et le tort des gens contre lui, il fut conduit par la logique même à l'idée de complot^ -Quelle plus frap-

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paiite confirmation de ce terrible mol d'Aristole, qu*it n'a existé aucun grand esprit sans un grain de folie !

A partir de ce voya^ de Jean-Jacques en Angleterre et depuis son retour en France, la correspondance que madame de Verdelin essaye de soutenir décline et perd en intérêt : la confiance entière n existe plus ; elle est enveloppée par lui dans le sombre voile qui lui dérobe une partie du présent et presque tout le passé. Du moins elle lui resta inviolablement fidèle et attachée; la dernière lettre qu*on ait d'elle, à la date du. 24 août 1771, nous la montre n'ayant rien perdu de son enthousiasme ni de sa sensibilité :

c( Je voudrais pouvoir vous donner des preuves de tous ces sentiments, mais je connais si bien les vôtres que, pour vous servir à votre mode, je m'en tiens à vous être inutile... Mais non3 j'ose croire que je ne suis pas inutile à votre bonheur : le premier, le seul pour un cœur tel que le vôtre, c'est de savoir qu'il en existe un bien vrai, bien sensible, sur lequel vous pouvez compter à la vie et à la mort; et vous savez en moi ce cœur. »

Elle lui adresse cette dernière lettre d'une terre où elle est, en Brenne, au sortir d'une maladie qui parait avoir été assez

grave :

<( Actuellement, lui dit-elle en finissant, je suis en pleine convalescence et je n'ai plus que des forces à reprendre. Avant la fièvre, je charmais les douleurs de mon bras en chantant vos charmants airs; je me suis bien afQigée dans ce moment de la médiocrité de ma voix, j'aurais voulu pouvoir rendre toute la mélodie de cette délicieuse musique; mais elle est si parfaite que, malgré le défaut de mon expression, tout le monde en était charmé ; je la quittais pour vous lire.

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Vous voyez, monsieur, que vous n'êtes point absent de moi... C'est ici où j'ai commencé à vous lire, où je formai le désir de vous connaître. Que j'ai de plaisi^ à vous Técrire ! »

Madame de Yerdelin disparait entièrement pour nous à dater dexe jour. On ne sait plus rien de ce qui la regarde. Elle ne pouvait nous être connue que par Rousseau ; un rayon de sa gloire est tombé sur elle : le rayon se retirant, elle est rentrée dans l'ombre et Ton perd sa trace *.

Mais, revenant à l'idée première de cette Étude, à ces sortes d'amitiés d'esprit à esprit, à ces intimités d'intelligence et de sentiment, où il y a le plus souvent un sous-entendu d'amour qui ne sort jamais ; où il se mêle du moins, de femme à auteur, une affection plus tendre que d'homme à homme, n'ai-je pas raison de conclure en disant : Évidemment, la morale sociale a fait un pas ; un nouveau chapitre inconnu aux anciens, trop oublié même des modernes, est à ajouter désormais dans tous les traités de V Amitié. — J'aime à rattacher ce chapitre au nom de madame de Yerdelin : elle est pour nous une conquête; nous venons lui payer la dette de Rousseau.

Plaisir désintéressé de la curiosité critique I dernière jouissance de ceux qui ont beaucoup vécu dans leur chambre, qui ont peu agi et beaucoup lu! Quoi de plus doux et de plus innocent, en éfTet, que de s'occuper dans un détail exact et avec une attention comme affectueuse d'une existence disparue, de ressaisir une figure nette et distincte dans le passé, de

^ M. Nap. Peyrat, pasteur Je l'Église réformée à Saint-Germain-en-Iiaye, Tcut bien me donner l'indication suivante : < Madame de Vcrdclin a vécu dans sa vieillesse à Cognac. J'ai connu une personne qui avait beaucoup fréquente cette aimable femme. Il e^t possible que l'amie de Rousseau repose aux bords de la Charente, i» >

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donner tous ses soins, pour la recomposer et la montrer aux autres, à celle qui ne nous est de rien, de qui Ton n'attend rien, mais dont je ne sais quelle grâce, quelle bienveillance souriante nous attire et nous a charmés? L'esprit, le cœur, voilà ce qui survit à tout, ou ce qui devrait survivre; le retrouver, le montrer est une vraie joie : y ajouter même au besoin un peu du sien n'est pas défendu ; on supplée ainsi à ce qui nous échappe. C'est le cas pour madame de Verdelin. Après l'avoir étudiée de si près et dans ses propres confidences, je crois quelquefois, en vérité, qu'elle est là devant moi, intelligente et parlante ; je me la représente en personne, avec cette physionomie pétrie de tendresse, de finesse, de douce malice et de bonté : l'amour a passé par là, on le sent, non point précisément celui qui enflamme et qui ravage, mais celui qui brûle à petit feu et qui, toutes peines éteintes, laisse après lui une réflexion légèrement mélancoHque et attendrie ; arrivée à cet âge où l'on n'espère plus et où Ton a renoncé à plaire, sans pour cela se négliger, dans sa mise de bon goût et simple, tout en elle est d*accord, tout se nuance et s'assortit; elle ne craint pas de laisser voir à son front et à ses tempes la racine argentée de ses cheveux où il a neigé un peu avant Theure ; elle ne cherche pas à prolonger une jeunesse inutile et qui ne lui a donné que des regrets ; elle est aussi loin de Tillusion sentimentale et de l'éternelle bergerie d'une d'Houdetôt, que delà sécheresse mordante et polie d'une Luxembourg ; elle a gardé la seuk jeunesse du regard, Pétincelle aimante ; elle continue de sourire à cette vie qu'elle n'a guère connue que triste et amère ; elle rêve fidèlement à ce passé qui lui a valu si peu de douceurs, elle a le culte d'un souvenir, et si elle tient encore dans ses mains un livre à couverture bleue usée

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(comme dans ce portrait de femme attribué a Chardin), je suis bien sûr que c'est un volume «de la Nouvelle Héloise. En un mot, madame de Yerdelin, qui n'est pas un esprit supérieur ni une âme brûlante, est et reste pour nous une trèsaimable femme, une agréable connaissance, et il nous semble à uous-même que nous l'ayons eue pour voisine autrefois.

SAINTE-BEDVE.

Conti (L.-François, quatrième prince de), né en 1717, mort en 1776, commanria en Piémont [174'»), où il (çagna la bataille meurtrière de Coni, puis en Flandre, où il prit Mons (1745). Il fut l'ami et le protecteur de J.-J. Rousseau, à qui il ofTrit un asile en 1767 dans son châleau de Trye — Avec son fils, qui mourut à Barcelone en 1814, finit la branche des princes de Bourbon-Conti.

Juin 1767.

Depuis que j'ai reçu voire lettre* monsieur, je me suis occupé des moyens de vous servir et de vous garantir des dangers auxquels vous êtes exposé dans notre pays. Pour cela, il fallait parler à quelques personnes, et je n'ai pu les joindre aussitôt que j'aurais voulu. Pendant le temps qu'il m'a fallu, votre imprudence, permettez-moi de vous le dire, ren-^ verse tout ce que j'avais entrepris. Comment! décrété de prise de corps, vous venez à Amiens sous votre nom, et vous êtes publiquement établi dans une ville où vous recevez des accueils que votre réputation mérite, mais que votre situation rend fort dangereux ! aussi ne puis-je vous dissimuler que

' Lettre inconnue que Rousseau a dû écrire d'Amiens au prince de Conti peu de jours après avoir débarqué en France.

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