‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemis (volume 3)Chapitre 17 sur 73 · XL IV · texte numérisé non relu

XL IV

Sans-Souci, 7 juillet i764.

Je suis enfin arrivé ici «n bonne santé, après un long voyage par les sables et avec une voiture lourde. J'ai eu le plaisir de trouver le roi se portant bien et travaillant infatigablement au bien-être de ses sujets et à réparer leurs souffrances par la guerre. Les Russes avaient fait bien du mal en Poméranie, où les paysans étaient serfs ; le roi a pris cette occasion de leur procurer la liberté. Il a fourni de Targent aux gentilshommes pour les remettre, je veux dire remettre leurs terres et rebâtir leurs maisons, etc. , et les a engagés par ses secours à donner la liberté à leurs paysans serfs. Cette barbarie subsiste encore dans la haute Silésie. Le roi ne peut renverser les lois; il prendra cependant la première occasion qu'il trouvera à persuader aux gentilshommes de suivre Texemple de ceux de la Poméranie. Voilà un beau trait.

Je reçus une de vos lettres ^ à laquelle, étant sur mon départ, je n'avais pas le temps de répondre. Je suis sensible au dernier point à ce que vous avez offert par rapport à mon frère I je chercberai un journal que je crois qu'il avait fait. Cependant j'ai quelques scrupules de vous engager d'employer votre plume. Je sais que tout ce qui en vient est admirable, mais mon frère,*qui ne commandait qu'en second, n'a pas fait des choses assez éclatantes. Si je voulais vous engager à écrire la vie de quelqu'un, ce serait d'un ami mort il y a quasi cinquante ans; je veux tâcher de ramasser des anecdotes* En abrégé, voici son caractère : il avait de l'esprit, du savoir; éloquent, zélé citoyen, ferme, il paraissait avoir en lui l'âme de Caton d'Utique. Amateur autant que lui de la

' La lettre de Rousseau du mois d'août i7G4.

patrie et de la liberté, il voulait aussi comme Caton se conduire comme in republica PlatoniSy quoiqu*il vécût ifi fxce Romuli. J'ai deux autres amis de même, Tun qui se tua malheureusement à Philippi, et Tautre, qui malheureusement ne pisse pas trop bien, en Suisse. La vie d'un tel homme bien écrite serait capable d'animer les jeunes gens, qui ne sont pas encore corrompus par le torrent des mauvais exemples dans ce fssce Romuli. Bonsoir. Je vous embrasse de la plus tendre amitié ^

.20 septembre 1764.

J'étais fort en peine de votre santé : mes craintes sont malheureusement vérifiées ; et vous voulez encore penser à vous donner de la fatigue en ma faveur, à écrire une histoire de mon pays et de ma famille' ! La première me ferait grand plaisir, mais les matériaux nous manquent, nous ne pourrions que compiler, extraire, redire ce que les autres ont dit; la seconde est bien flatteuse pour moi, mais, mon bon ami^ il faut employer votre plume à quelque chose qui vous convienne mieux. L*esprit de liberté, la vertu mâle de Fletcher, voilà un sujet digne de vous; vous vous y animerez, vous vous réchaufferez, vous aurez Un plaisir de célébrer un tel homme. Il y a une seule chose qui pourrait me retenir, c'est que ceux qui ne connaissent pas Fletcher pourront croire que vous écrivez voire vie sous le nom de la sienne, car la ressemblance est très-grande; il y en a même de la figure, quoique vous soyez mieux que lui. Je fais traduire quelque

< La réponse de Rousseau à cette lettre est du 21 août 1764. * Voyez, dans la Correspondance, la lettre de Rousseau à milord Maréchal du 21 août précédent.

chose de lui pour vous envoyer comme un échantillon de l'homme. Ses vertus, mises au jour par votre esprit enflammé des mêmes sentiments, en enflammeront d'autres, au moins je veux m'en flatter, et Touvrage sera peut-être utile au genre humain, ou à quelques uns de l'espèce ! car pour le gros, il ne faut guère l'espérer.

Vous ferez, s'il vous plaît, mes compliments à mademoiselle Levjisseur, et dites-lui que si je viens à mourir elle demande de mes nouvelles à M. Charles Smith de Boulogne, ou à son fils, Hugh Seaton de Fouch, à Fouch, près de Sterling, en Ecosse. Bonjour. Je vous embrasse de la plus tendre amitié.

Un morceau de la plume de Fletcher est traduit, je vous l'enverrai par la première occasion. Si je puis engager le traducteur à continuer, je le ferai. Si je ne me trompe, l'ouvrage, qui n*est pas long, orné d'un abrégé de la vie de Tauteur de voire main, aurait un grand débit. L'esprit de liberté est gravé profondément dans tous les cœurs et ne s'eiïace jamais. Enfin, vous jugerez mieux que moi du mérite de mon ami, mort une fois, mais ressuscité en partie en Jean- Jacques, qui est venu me le remplacer. Bonsoir.

Cette lettre a été longtemps sur ma table, attendant une occasion de l'envoyer avec le discours de Fletcher sur la milice. On traduit encore, mais le peu qui reste étant relatif à rÉcosse, peut-être faudrait-il se contenter de ce qui est déjà traduit. On y peut ajouter bien des réflexions et faire voir à l'œil le bonheur d'avoir une nation ou partie d'une nation remplie d*un esprit guerrier; la reine de Hongrie l'a bien éprouvé. Nous avons en Ecosse nos montagnards dont quatre mille firent trembler l'Angleterre en 1745. On travaille depuis à changer leurs mœurs, comme ils ont déjà fait leurs habillements. Dans la dernière guerre, sept cent un Français, mirent l'alarme par toutes les côtes, mais on ne pense, sur-

m LETTRES DE MÏLORD MARÉCHAL

tout en Angleterre, que du jour à la journée, et lès ministres à soutenir leur parti. Ainsi va le monde et ira. Je crois que le plus sage serait de le laisser aller son train et de vivre dans un bois. Bonjour.

Ce 20 octobre 1754.

Posldam, 24 octobre 1764.

Je vous écrivis un commencement de lettre il y a plus de six semaines; j'y ajoutai quelque chose sur la traduction 'des premières feuilles de Fletcher, et puis, quand son discours sur les milices fut fini, j'achevai ma lettre à la hâte il y a quatre jours, ayant trouvé quelqu'un pour la porter en Suisse; vous voyez, mon ami, que je pense à vous. Ma maison ne sera logeable que d'ici à un an. Je ne suis guère seul qu'à la table du roi. Outre cela, il y a des assemblées avec de belles dames; je les laisse et converse avec mon bon ami Jean- Jacques, Michel de Montaigne et quelques autres. J'ai le bonheur d'ignorer la langue du pays, ce qui m'assure bien du repos. Il me semble vous avoir mandé que le roi, à ses frais et dépens, avait procuré la liberté aux paysans de la Poméranie; il fait à $es peuples tout le bien que sa situation lui permet. Voyant que les gentilshommes trompaient souvent leurs paysans, sur lesquels ils avaient l'avantage que donne l'éducation, Tautorité, l'appui de parents, le secours d'avocats et l'argent, il a déclaré les paysans toujours mineurs, et si un seigneur a acheté un morceau de terre d'une communauté ou d'un simple paysan, il faut qu'un des gens du roi y assiste pour veiller aux intérêts du plus faible. Il est sûr que nos lois sur le mariage effrayent. 11 avait permis aux mariés de se séparer quand il leur plairait pour un temps limité, ce

qui causait du désordre ; ils se séparaient pour des bagatelles et par caprice, et revenaient ensemble de raéme. Les inconvénients qu'on éprouvait lui ont fait changer cette loi. A présent, le mari et la femme peuvent se séparer à jamais quand ils veulent, le mariage est déclaré nul. C'est un grand encouragement au mariage de savoir que si on se trouve mal assorti il y a un autre remède que de se pendre. Les demandes que vous ont faites Paoli et ses braves compatriotes m'ont fait penser à ce que je viens de vous dire. J'aime bien Paoli de s'être adressé à vous, cela montre qu'il veut réellement le bien de sa patrie. J'ai toujours été Corse, je leur avais acheté des armes l'année 1729, en très-petite quantité à la vérité; j'étais sur leurs côtes dans une petite tartane, quand une barque génoise armée nous obligea de nous éloigner; j'allais alors en Italie.. C'est l'unique peuple capable de recevoir une législation mâle et qui durerait encore plus longtemps qu'ailleurs ; mais un bon gouvernement stable est une chimère, c'est comme le beau palais de glace à Saint-Pétersbourg, UM peu de brouillard ou de soleil le fait fondre. Quand les matériaux ne valent rien, on n'en saurait élever un bon et solide édifice. Un négociant devient riche, voilà un commencement de luxe ; un Corse revient du service de France avec un bel habit, fait le petit-maître, tourne la tète à quelques folles et encore aux jeunes garçons qui veulent l'imiter. Puis comnient régler la religion et obvier à la superstition et aux ruses des prêtres? Cependant je souhaiterais (si vôtre santé le permet) que vous écrivissiez au moins des règles générales aux bons et braves Corses, cela leur servirait infiniment quand ils établiront leur gouvernement ; mais je crains beaucoup pour eux le secours des Gavachos aux Génois. Bonsoir. Je vous embrasse de tout mon cœur.

La lettre avec la traduction n'arrivera pas avant trois semaines; elle va par un Bernois qui retourne dans son pays.

P. S. Je viens dans le moment de recevoir du duo de Medina-Sidonia une lettre de remerdments de vos ouvrages, dont il est enthousiasme,- surtout de VEssai sur ïinégalité des hommes. On m'a dit que vous trouviez Tair de Motiers trop froid et que Vous pensiez à changer de demeure et d'aller à Cressier; la situation est assez jolie, vers la montagne surtout, car le bas est trop humide \

26 octobre 1764.

Postdam, 24 novembre 1764.

Je viens de recevoir votre lettre du 29 octobre*. Si je n'ai pas été assez exact à vous écrire, vous aurez vu mes raisons, la lenteur du traducteur ; et en attendant je ne suis pas mal grondé) car c'est me gronder bien fort de supposer que mon amitié s'est refroidie. Puis vous tinissez par un : grand respect. Sangue de mi/ je ne veux pas du respect, je veux de Tamitié de mon ami Jean-Jacques. M. Roux m*a envoyé vos Lettres de la Montagne avec un exemplaire pour le roi ; elles ne sont pas encore arrivées ; je vous en remercie bien. Nous avons un Dictionnaire philosophique qu'on assure être de Voltaire, quoiqu^il le nie, dit-on, comme un beau diable; si vous ne l'avez pas vu et que vous en ayez la curiosité, je vous l'enverrai par quelque voyageur. Je pourrais aussi peut-être vous envoyer un écrit d'un curé en Champagne dont on a beaucoup parlé'. L'ouvrage fut saisi après sa mort par l'intendant et est à la bibliothèque du roi de France en deux vo-

' La réponse de Rousseau à celte lettre est du 8 décembre suivant.

* Cette lettre de Rousseau, qui se trouve dans la Correspondance à la date indiquée, s'était croisée avec les deux dernières lettres qu'on vient de lire, et contenait, à l'adresse de milord Maréchal, de vifs reproches sur son silence prolongé.

' Le fameux curé Meslier.

luroes in-folio; ce qui parait ne doit être qu'un extrait. 11 finit son ouvrage en disant : « Il est démontré que le monde ne sera heureux que quand le dernier prince sera pendu avec les boyaux du dernier prêtre I » Je tiens cette anecdote d'un de mes amis en Champagne. Vous ài-je dit avoir reçu une lettre d'un ami espagnol, et je crois même de Tinquisition, enthousiasmé de votre livre sur l'éducation? 11 faut de la force pour percer les barrières de la bigoterie en Espagne; Emile Ta fait.

Outre que vous me grondez, vous y ajoutez la punition corporelle en ne me disant rien de votre santé ; mais je tâche de parer le coup en supposant qu'elle n'est pas empirée, puisque vous écrivez. Moi, je me porte assez bien pour mon âge. Je vis quasi seul; à diner chez le roi, les après-diners chez moi ou chez M. de Froment, point de visites. Nous allons au carnaval à Berlin, où je me propose de faire souvent diète chez moi. Quelquefois j'irai à l'Opéra, quelquefois à la Comédie, jamais à la Redoute.

Il y a eu à Kœnigsberg en Prusse un grand incendie, ce qui a fort inquiété le roi, qui fait tout son possible à soulager les incendiés. La rigueur du temps augmente le malheur ; les magasins de bois sont brûlés, les forêts les plus voisines détruites par les Russes pendant la guerre. Le roi ne peut faire bâtir quand il gèle, et il gèle longtemps à Kœnigsberg. Il court au plus pressé et a fait répartir les pauvres dans les villes et villages voisins pour les mettre à couvert de l'injure de Tair. Il a bien à faire. Pensez-vous toujours à descendre de voire montagne? Cressier est un assez bon endroit. Bonjour. Je vous embrasse de tout mon cœur. Je viens dans le moment de recevoir les lettres.

XLvnr

5 décembre 17G4.

Je vous ai remercié de celte, marque de votre souvenir et amitié de m' avoir fait venir votre livre *, ma reconnaissance est bien augmentée depuis que je Tai lu ; pour le livre et pour Thonneur que vous m'y faites. Vous m'avez trop attendri; vous avez fait verser des larmes à un cœur turc. Elle * me charge de vous dire que si elle vous survit, elle offre logement et table chez elle, à Colombier, à mademoiselle Levasseur, et je puis dire à mademoiselle Levasseur qu'après Jean-Jacques elle ne trouvera guère un autre cœur aussi honnête, aussi bon que celui de cette Turque.

Je ne crois pas qu'on puisse, répondre à votre livre, mais ils enrageront bien ; ôter les miracles, c'est ôter le rouge et les pompons à une jolie femme. J'ai connu des gens qui faisaient difficulté de croire des choses naturelles, mais pour les surnaturelles ils les recevaient sans douter. Les miracles les amusent comme les joueurs de gobelets divertissent le peuple. J'en avais une petite collection en Espagne si plaisadts que ce serait dommage de les détruire. M. de Voltaire vient de confirmer encore ce que vous dites qu'il se fait honneur dans une compagnie de ce qu'il nie hardiment dans une autre. Le Dictionnaire philosophique est sûrement son ouvrage; je ne l'ai pas encore vu. On dit que le. roi de France en ayant ouï parler, dit : Est-ce qu^on ne peut faire taire cet homme? et que sur cela Voltaire décampa à la hâte pour se mettre sur le territoire de Genève. Bonsoir. Je vous embrasse de la plus tendre amitié.

* Les Lettres de la Montagne,

' Milord maréchal veut sans doute parler ici de la personne qu'il désigne souvent sous le nom ^*Emet'Ulla,

A J.-J. ROUSSEAU. lil

Berlin, 18 janvier 1765.

Je sois bien aise que vous ayez eu les assurances de mon amitié bien sincère et réchantillon des écrits de mon ami Fletcher. Je fais des recherches sur sa vie ; si j'en trouve qui méritent la peine, je vous les enverrai, puis nous penserons à ce qu'il y aura à faire. Boswell est très-homme de bien, mais très-rempli des idées hypocondres, visionnaires ; il a vu souvent des esprits.. Je souhaite qu'il ne tombe pas entre les mains de gens à lui tourner la tête tout à fait. Il a été bien content de la réception que vous lui avez faite.

On dit que le roi de France, ayant entendu parler du Dictionnaire philosophique de Voltaire, dit : ce Est-ce qu'on ne peut farre taire cet homme? » Cela sent un peu la Bastille. Voltaire a eu peur, s'est retiré de France au plus vite. Voilà ce qu'on débile ici. Depuis il voudrait se faire* des amis; il serait le vôtre jusqu'à ce que l'hiimeur le reprenne de vous donner quelque coup de patte de sa façon. Que vous eussiez répondu avec politesse à des recherches de sa part, il n'y aurait pas eu de mal, mais il est encore mieux que vous restiez comme vous êtes à son égard. On me dit que la société à imprimer vos ouvrages rencontrera bien de Topposition. Le conseil d'État, je le crains au moins, ne soutiendra pas la permission qu'il a donnée d'imprimer. Le roi ne se mêlera de rien, il laisse entièrement aux ministres les affaires de Neuchâtel; eux, qui sentent qu'ils ne peuvent rien par la force, qu'ils n'ont pas en main, ni par la raison que les Neuchâtelois n'ont pas souvent en tète, laissent toutes les affaires au conseil d'État. Je ferai ce que je pourrai. Il me semble que vous feriez bien de paraître le moins qu'il se peut et de laisser tout à faire à la société. Si le projet échoue, je voudrais que cela ne tombât directement que sur eux. L'avantage

qui vous en reviendrait, ou plutôt je crois à mademoiselle Levasseur, vous le trouveriez partout, ou au moins en Hollandeou en Angleterre, quand vous voudriez. C'est une terrible race que celle de la ville de Neuchâtel, car le peuple est beaucoup meilleur à la campagne; je suis bien content de ceux de Couvet.

Je parlerai aux ministres de l'affaire de Sandoz de Brot, et j'en écrirai au commissaire général et au procureur du roi.

Vous voulez savoir ma vie ici pendant le carnaval ; j'ai vu une comédie, trois opéras, nulle redoute. Il a fait un froid si violent que, quand je sors, ce qui est peu, j*ai sur le corps deux pelisses. Je prie un ami ou deux à la Olla ^ Souvent je suis appelé à la table du roi ou de la reine et laisse mes amis et rOlla. J'aime mieux Postdam; cette vie tranquille convient mieux à mon âge et à. mon humeur. Dans deux mois, j'aurai à travailler à mon jardin, c'est la ressource des vieux fainéants comme moi. Bonjour, je vous embrasse tendrement.

Emet-Ulla au bon Arménien Alcham Salem.

Postdam, 8 féTrier 17G5.

Je suis dans une très-grande peine sur ce que vous m'écrivez de votre situation et des tracasseries qui vous sont arrivées ^ et qui seront poussées par une haine théologale qui ne s'adoucira jamais. Je ne sais que vous dire, que vous conseiller. Je prévoyais l'orage, je fis les pas que je pouvais pour vous en mettre à l'abri. Je ne sais si on a suivi mon avis, cela ne dépendait pas de moi ni de ceux qui sont chez vous. Vos

* Un mets espagnol dont Rousseau parle dans sa lettre du 10 décembre précédent à milord Maréchal.

> Voyez, dans \di Correspondance y la lettre de Rousseau du 26 janvier 1765 à milord Maréchal, dans laquelle il lui fait part de sa résolution de quitter Motiei:$ à la suite de dégoûts qu'il y a es8uyé5.

amis de Neuchâtel me proposent un expédient qui ne peut s'exécuter. Je me flattais que vous auriez joui du repos dans Totre montagne; je vois avec douleur que yous.ne l'aurez plus, au moins je le crains très-fort. Je pense et repense à ce qu'il faudrait faire. Vous ne voyez que TÂngleterre et Venise pour retraite; FAngleterre, dites-vous, est trop chère pour y vivre, et le trajet trop coûteux pour votre corps et votre bourse. Pour aller de votre montagne à Londres, tous frais faits, il coulerait vingt guinées, dix par tête, en carrosse ; c*est un prix réglé. On vit à assez bon marché dans les provinces éloignées de Londres, surtout dans le pays de Galles et de Cornwall, et dans ce dernier le climat est si doux que les myrtes yiennent en plein vent. Mon bon ami, si vous n*étiez plus sauvage que les sauvages du Canada, il y aurait remède. Parmi eux, si j'avais tué plus de gibier que je ne pourrais manger, ni emporter, je dirais au premier passant : a Tiens, voilà du gibier, x> il l'emporterait ; mais Jean-Jacques le laisserait. Ainsi j'ai raison de dire qu'il est trop sauvage. Parlons d*autre chose, de Venise ; c'est le pays qui vous conviendrait le plus si vous y étiez en sûreté. J*ai parlé à un ami, qui est aussi bien le vôtre ; il en a parmi les inquisiteurs d*État ; il écrira par le premier courrier pour les sonder sur yotre chapitre. Je lui ai dit que je répondrai de vous corps pour corps, que vous n'écririez certainement rien pour offenser le gouvernement de la protection duquel vous jouiriez. Le mal est que le temps presse. Vous verrez ce que font les Neuchâtelois. Ils prennent feu comme la paille. Peut-être s'adouciront-ils voyant que vous ne leur dites rien. Ils ont écrit à la cour. Cela donnera du temps; mais je crains que ce ne soit tout ce que Yous ayez à espérer de ce quartier. Vous avez des amis à Zurich, je le sais, mais j'ignore si là vous auriez une bonne retraite. Je ne vous ai pas parlé de TEcosse, le climat est trop rude et il y a bien des caquetteries parmi les ministres, sans

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