LETTRES DE M-* DE CHENONGEAUX A J.-J. ROUSSEAU
que je crains que le lieu où tous êtes ne soit désagréable h plusieurs égards, et que vous ne trouviez pas toute la satisfaction que je voudrais que vous ayez. On nous dit de temps en temps à Paris que vous vous rapprocherez ; cette espérance est-elle fondée et prochaine? Vous jugez bien de la joie qu'elle me donnerait. Âvez-vous quelqu'un du voisinage qui vous convienne? quoique vous en disiez, Textrême solitude est pénible et vous fait peut-être plus de mal que vous ne pensez. Je ne peux vous dire, mon ami, combien souvent je pense à vous et à tous les détails qui vous intéressent. Je voudrais bien être dans ce moment avec vous, et vous revoir encore plus près de nous ou libre de vous assurer de tout mon sincère attachement. Ne pensez pas que j'aie fait aucune imprudence, tout s'est passé en consultations de parents et avec les avocats des deux parts. Mon fils n'ira point avec ses parents ^ Je loue un petit logement dans la cour de son collège où il fera son droit avec un gouverneur dont on me dit toute sorte de bien, et notre valet; malgré cela, il sera beaucoup chez moi aussi avec son gouverneur. Ses parents me donnent quinze cents livres pour lui,. le reste sera sur mon revenu. Il y a eu une sentence du Châtelet qui les oblige à me payer quinze mille livres de rente. Cette sentence n'est pas définitive, mais je ne crois pas qu'il y ait jamais procès. On les a amenés à cet arrangement par Tavis des gens d'affaires, parce que, heureusement pour moi, leur conseil s'est trouvé un homme honnête. Je suis à présent mieux pour ma santé et plus tranquille. On voulait envoyer mon fils faire son droit en province, jamais je n'y aurais cédé; enfin, on leur a fait entendre raison. Adieu, mon ami, je vous mande mes nouvelles, persuadée de l'intérêt que vous y prenez.
* U famille Dupin sans doute.