DUPIN DE FRANCUEIL
FrancueU (Dupin de), fils de H. Dapin, fermier général, et de sa première femme, une fille naturelle du maréchal de Saxe, et, par conséquent, beaufils de la célèbre madame Dupin. Il cultira la chimie, la physique et les arts, et se lia a^ec Rousseau, alors secrétaire de sa belle-mère. Il voulut faire la fortune de Jean-Jacques en le chargeant de la caisse des fermiers généraux ; mais les inquiétudes que ce dernier éprouva dans cette nouvelle place lui firent presque immédiatement donner sa démission. M. de Francueil est le grand-père de madame George Sand.
Automne 1758.
Vous me mettez fort à mon aise, mon cher Rousseau, pour vous parler de vos torts vis-à-vis de madame d'Épinay ^ Je n'ai point été prévenu par elle ni par personne; j'étais à Ghenonceaux quand elle est partie pour Genève. C'est une lettre de vous à M. Grimm qui a couru Paris et que M. d'Épinay m'a montrée. Je fus révolté en lisant que vous saviez très-mauvais gré à madame d'Éfinay de ne pas votis tenir compte des froides indigestions que vous aviez prises chez elle*. Ce n'est pas ainsi que l'on parle de quelqu'un à qui l'on a été dans le cas d'avoir des obligations. J'ai vu madame d'Ëpinay de bien bonne foi, enchantée de vous être utile. Je ne sais pas un mot de vos autres torts envers elle, ni des siens envers
* La lettre qu'on a sous les yeux est une réponse à une lettre inconnue de Rousseau à Francueil.
' Voyez, dans la Correspondance ^ la lettre de Rousseau à Grimm du 19 octobre 1757. Le passage cité par Francueil n'est pas textuel.
272 LETTRES DE M. DUPIN DE FRANCyElL
vous, ni de ce qui a pu y donner lieu. J*ai dit mon avis sur la phrase de Tindigestion et n^ai jamais parlé que de celle-là, tout en vous plaignant d'avoir perdu une maison faite et arrangée pour vous et vous voyant obligé d*aller tout seul et mal à votre aise dans une vilaine bicoque à Montmorency. J*ai plus jeté la faute sur la chaleur de votre tète et votre façon souvent extraordinaire de voir et de juger des objets, que sur votre cœur, que je crois toujours le même. Voilà mes sentiments à votre égard. Je vous remercie de me rendre votre amitié ; vous n'avez jamais perdu la mienne, mais^ n'ayant point entendu parler de vous dans toute cette aventure et étant persuadé que vous ne doutiez pas que je dusse en être instruit, soit par madame ou M. d'Épinay, soit même par le public, j'ai gardé avec vous le même silence que vous avez gardé avec moi. Je ne demande pas mieux que d'en sortir, et je vous en donne des preuves en vous répondant sur-le-champ. Je tâcherai (et je m'en flatte) de vous voir samedi à Clichy, chez mon frère. Au reste, ceux qui vous ont parlé de ma santé et de ma manière de me conduire, sont d'aussi mauvaise foi et aussi mal instruits que ceux qui vous ont assuré que j*avais tenu de très-mauvais propos sur vous. Je n'en ai parlé qu'une fois en citant la phrase de votre lettre qui m'a tant choqué, et je n'en ai pas parlé depuis, pas même à madame d'Epinay ni à M. d'Ëpinay. Je vous remercie de votre livret il me fait grand plaisir à lire, mais je ne l'ai pas fini, n'ayant pas la tête encore trop bonne. Adieu, mon cher Rousseau, soyez assuré que je n'ai nulle rancune contre vous et que je ne sais pas même un mot de votre histoire vis-à-vis de madame d'Épinay. Si vous voulez, nous en parlerons samedi et ce sera pour la première fois. Je serai charmé d*apprendre que vous avez dit et fait, dans cette occasion, tout ce qu'un homme raisonnable aurait pu dire et faire.
' La Utire à d'Alembert sur les Spectacles.
Paris, 4 mars 1759.
J^me vous ai pas répondu plus tôt^, mon cher Rousseau, parce qu'on jouait votre Devin, et même on ne peut pas plus mal. Je n'ai pas voulu vous annoncer toutes ces mauvaises nouvelles, auxquelles ni vous ni moi n'aurions pu remédier; mais il me semble que vous auriez bien de la peine *à prouver à Rebel, à Francœur* que cet ouvrage n'appartient point à l'Opéra. Au reste, je ne suis pas instruit de vos raisons.
Je suis bien aise que vous ayez pensé à moi ; vous savez combien je vous aime et combien je souhaiterais vous être utile. Vous ne devez pas douter du plaisir que j'aurais à m'employer pour vous.
Je ne chargerai personne de vous écrire, mon cher^mi, j'aime bien mieux le faire moi-même. Ma santé est assez bonne présentement, à quelques migraines près que le beau temps dissipera. Adieu, ménagez la vôtre. J'espère que nous commercerons un peu ensemble ce printemps; ce sera avec bien du plaisir que je vous renouvellerai moi-même les assurances de mon attachement pour vous.
M. d'Épinay, à qui j'ai lu l'article qui le regardait, est bien sensible à votre souvenir et me charge de vous en remercier.
* La lettre de Rousseau à laquelle répond celle-ci n'est pas connue. ' Les directeurs de TOpéra à cette époque.