II
ardeur, cl vaus arrosez de vos larmes ma figure. Vous vous écriez : c< Mon cher ami, pourrez-vous jamais pardonner celle folie? Après toutes les peines que vous avez prises de me servir, après les témoignages sans nombre d*amilié que vous m'avez donnés ici, je vous récompense avec celle mauvaise humeur el celle maussaderie! Mais votre pardon me sera une nouvelle preuve de voire amitié, el j'espère que vous trouverez au fond que mon cœur n'esl pas indigne devons. » — J'avoue que je fus très-ému, el qu'il se passa une trèslendre scène entre nous. Vous ajoulâles, par manière de compliment, que, quoique j'eusse de meilleurs litres pour me recommander à la poslérité, peul-être cependanl mon rare altacliement el mon amilié pour un pauvre malheureux homme persécuté ne seraient pas loul à fail passés sous silence.
Cel incident, monsieur, élail tanl soil peu remarquable, et il est impossible que vous ou moi Tayons sitôl oublié. Mais vous avez eu l'assurance de me le représenter deux fois à moi-même d'une manière si différente ou plulôt si opposée, qu'en persistanl comme je fais dans mon dire, il s'ensuil nécessairemenl que ou vous ou moi sommes des menteurs. Vous imaginez peul-être que, parce que Tévénemenl se passa. eiHre nous el sans témoins, la question se place entre la véracité de votre asserlion et la mienne; mais vous n'aurez pas cel avantage ou ce désavantage, comme il vous plaira d'appeler cela. Je produirai contre vous d'aulres- preuves qui mettront la matière hors de toute controverse.
l^Yous n'avez pas pris garde que j'ai une lettre de votre rnain^ laquelle est totalement inconciliable avec votre rappoit et confirme le mien.
2^ Je racontai cette histoire le jour suivant à M. Davenport^
* Celle du 22 mars prcciSdcnt.
dansTintention amicale de prévenir quelque autre combinaison, quelque nouvel arlilice de cœur à voire égard. Il se le rappelle sûrement.
3^ Comme je pensais que cet incident était tout à fait à votre honneur, je le dis à plusieurs de mes amis ici. Je récrivis môme à madame de Boufflers, à Paris. Personne n'aurait pu imaginer que je préparais d'avance une justification en cas d'une rupture avec vous, ce que, de tous les événements humains, j'aurais alors regardé comme le plus incroyable, d'autant plus qu'étant séparés presque pour toujours, je continuais à vous rendre les plus essentiels services.
4" L'histoire, telle que je la dis, est conséquente et rationnelle, tandis qu'il n'y a aucun sens commun dans la vôtre. Quoil parce que quelquefois absent en pensée, j'ai un regard fixe ou distrait, vous me soupçonnez d'être un traître, et vous avez la hardiesse de me formuler de si noirs et si ridicules soupçons! — Est-ce que les hommes les plus studieux (et la plupart d'entre eux plus que moi) ne sont pas sujets à de telles rêveries ou à de tels accès d'absence sans pour cela paraître suspects? Vous ne prétendez même pas qu'avant votre départ de Londres, vous eussiez quelque autre motif de concevoir des soupçons contre moi.
Je n'entrerai dans aucun détail concernant votre lettre. Les autres articles sont aussi dénués de consistance que celuici. J'ajouterai seulement en général que je ressentais, il y a environ un mois de temps, un rare plaisir quand je réfléchissais qu'à travers beaucoup de difiicullés,et grâce aux peines et aux soins les plus assidus, j'avais, au delà de mes plus chaudes espérances, pourvu à votre repos, honneur et fortune. Mais je sentis bientôt un chagrin très-sensible en voyant que vous aviez légèrement et volontairement rejeté tous ces avantages, et que vous étiez l'enne.ni déclaré de votre pro«