‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemis (volume 3)Chapitre 62 sur 73 · MADEMOISELLE ALLARD · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE ALLARD

Lyon, 13 novembre 1764.

Monsieur, trouvez-vous extraordinaire la démarche que je fais? Non ; l'idée que j'ai de vous m'a rassurée. Un homme à qui il m'a fallu nécessairement faire pajrt de mon dessein pour avoir votre adresse, m'a dit que peu de femmes oseraient vous écrire. Je suis cependant fort timide, et je ne balance point ; mais il n'y a qu'un Jean-Jacques Rousseau dans le monde. Il n'y a qu'en lui seul qu'il soit possible de trouver réunies à un point si éminent les qualités du cœur et de 1 esprit; c'est pourquoi une simple fille, élevée dans un cloîlre, ose, du fond de sa retraite, s'entretenir avec le plus grand esprit de l'Europe. Je ne m'expose point sous les yeux d'un juge trop sévère; c'est à ce cœur généreux, c'est à cet hommj ami des humains, cet homme rare, unique peut-être, qui a fait sentir à mo i cœur les seuls plaisirs qu'il ait goûtés depuis qu'il existe, que je veux faire part de mes pensées. Votre Émile^ monsieur, fait l'admiration de tout le monde, et tout le monde doit chérir son auteur. Mais vous qui coynaissez si bien les hommes, croyez-vous qu'il y en puisse avoir d'assez

* Personnage inconnu.

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