UN ANONYME JÉSUITE
Paris, 18 novembre 1765.
Gomment se peut-il que, dans un esprit aussi juste, dans un cœur aussi droit, dans un homme qui écrit aussi supérieurement que vous, il se trouve tant de préjugés?
Non, monsieur, la calholicité n'est point persécutante : c'est une calomnie cent fois reproduite, cent fois réfutée, et qu'on ne revoit qu'avec peine dans vos écrits. Il est vrai, la vérité ne peut tolérer l'erreur ; mais la charité sait aimer nos frères errants. La vérité et la charité enfantent le zèle; le zèle, éclairé par la vérité et enflammé pxir la charité, fait souhaiter leur conversion; mais ni la vérité, ni la vraie charité, ni le vrai zèle, ne persécutent, et jamais ils n'ont autorisé ni conseillé la persécution.
Non, monsieur, la raison seule n'est pas suffisante pour régler la croyance en fait de rehgion. La raison a besoin pour cela de la révélation; mais, dès qu'on est suffisamment instruit de la révélation, la raison doit se soumettre.
Non, monsieur, ce qui emporte évidemment une contradiction formelle ne peut pas être cru, parce qu'il ne peut pas être vrai ; mais ce qui ne présente aux yeux de notre faible raison qu'une contradiction apparente peut être vrai et doit être cru des qu'il est évidemment vérité; sans quoi il faudrait nier la Trinité et l'Incarnation par la même raison que vous niez l'Eucharistie dans te sens des cathoUques. Ceux-ci ne trouvent que des contradictions apparentes dans tous ces mystères, et ils les croient, parce qu'ils savent certainement que tous ces mystères sont évidemment vérités.
Non, monsieur, nous ne disputerons pas à vos théolofjiens