‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemisChapitre 45 sur 50 · LETTRES DE TRESSAN A J.-J. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

LETTRES DE TRESSAN A J.-J. ROUSSEAU

restriction, trop heureux qu'il me procure celte occasion de vous prouver que j'aime à profiter de vos leçons. J'ai répondu à cette personne avec foute la vérité la plus simple; je lui ai mandé ce qui s'est passé, ce que j'avais fait et ce que vous m'avez empêché d'achever. N'en parlons plus, et que M. Palissot puisse être assez heureux pour ne jeter jamais des pierres qu'à des sages. Si je le suis dans ce moment, lui et moi nous vous le devons également. Je consens de tout mon cœur à ne vous plus louer, lorsque je jouirai du bonheur de vous voir et de vous entendre, alors ma façon de vous applaudir me sera utile et répondra à vos vues. Jusqu'à ce moment, permettez-moi de vous dire encore que mon admiration pour vos ouvrages et pour votre cœur égale rattachement que je vous ai voué pour le reste de ma vie. J'ai l'honneur d'être, monsieur, voire très-humble et très-obéissant serviteur.

Luxembourg (Madeleine-Angélique de NeuTille Yilleroy, maréchale de), sœur du duc de Yilleroy, née en 1707, morte en 1787, mariée à quatorze ans, au duc de Boufflers, nommée dame du palais de la reine en 1754; ell^ eut à la cour un début brillant. En 1756, elle épousa en secondes noces le maréchal de Luxembourg, veuf lui-même, et qui mourut en 1764. Madame de Luxembourg a joui d'une grande réputation d'esprit et de beauté. Les portraits que plusieurs de ses contemporains nous ont laissés d'elle montrent qu'elle était plus redoutée qu'aimée. Elle s'est constamment intéressée à Rousseau, et donna une protection spéciale a l'impression d^Émilet protection qui, da reste, ne porta guère bonheur au philosophe.

Paris, mai <759.

Les remerciments, monsieur, ne sont pas faits pour vous; c'est de M. de Luxembourg et de moi que vous devez en recevoir ^ Cependant notre reconnaissance serait plus grande si vous aviez bien voulu accepter un autre logement. J'ai peur que vous ne soyez pas trop bien dans celui que vous avez choisi '. J'ai beaucoup d'impatience de retourner à

*■ Rousseau \enait de s'établir dans le petit château do Montmorency, que lui avait offert le maréchal de Luxembourg. Madame de Luxembourg répond ici à sa lettre du 15 mai 1759, où il lui annonce son installation et le bonheur qu'elle lui procure.

* Le petit château renfermait quatre logements léparés.

Montmorency, mais ne craignez pas les importunités, je sais votre façon de penser. Soyez persuadé, monsieur, que j*ai pour vous tous les sentiments de la plus grande estime, et que je désire infiniment dans la suite mériter une petite part dans votre amitié.

Paris, juin 1739*.

J'ai beaucoup plus d'empressement d'aller à Montmorency cette année. Ne vous en alarmez pas, monsieur, et soyez persuadé que nous ne voulons pas du tout attenter à votre liberté. Nous désirerons dans le silence vous voir souvent, et vous ne vous en apercevrez pas. Recevez néanmoins mes remercîments. Je me porte bien à présent, et je vous annonce que je compte comme un très-grand bonheur pour moi l'intérêt que vous voulez bien prendre à ma santé.

Paris, septembre 1759!.

Est-il possible que vous ne soyez injuste que pour moi I Ne m'avez-vous pas permis de donner à mademoiselle Levasseur une robe de toile peinte? et n'avez-vous pas dit expressément que vous vouliez qu'elle fût bien laide? Et cela s'est passé comme vous l'aviez ordonné. Vous me grondez et vous

*■ Cette lettre est une réponse à celle de Rousseau, du 27 mai précédent, adressée au maréchal, et à celle du 5 juin, adressée à madame de Luxembourg.

' Cette lettre est une réponse à celle de Rousseau de 51 août précédent ; il y grondait madame de Luxembourg des présents qu'elle fabait à Thérèse.

m'écrivez, monsieur, la lettre la plus affligeante; vous me menacez de ne me point aimer I En vérité, si je vous querellais, je ne ferais que me laisser aller à tout ce que je pense ; mais j'aime bien mieux oublier votre lettre pour ne songer qu*à vous et au plaisir infini que j'agrai si vous venez ici. Eh bien, monsieur, malgré vos menaces, je vous aime de tout mon cœur, et je vous assure que je ne changerai jamais.

Versailles, novembre 1759*.

Je suis ravie, je suis contente; votre lettre m'a fait un plaisir infini, et je me presse pour vous le mander et pour vous en remercier. Voici les propres mots de votre lettre. « Quoique vous soyez assurément une fort bonne pratique^ je me fais quelque peine de prendre de votre arcfent. Bégulièrement, ce serait à moi de payer le plaisir que f aurais de travailler pour vous. » Je ne vous en dis pas plus. Je me plains de ce que vous ne me parlez jamais de votre santé; rien ne m'intéresse davantage. Je vous aime de tout mon cœur. Oui, monsieur, et c'est, je vous assure, bien tristement que je vous le mande, car j'aurais bien du plaisir à vous le dire moi-même. M. de Luxembourg vous embrasse et vous aime de tout son cœur.

^ Celte lettre, que Rousseau a insérée textuellement dans le livre X des ConfessionSf est une réponse à celle du 29 octobre 1759. On se rappelle qu'il avait consenti à faire, pour madame de Luxembourg, une copie de la Nouvelle Héloise i tant la page. Ne sachant quel sens il devait donner à la réponse qu'on va lire, Jean-Jacques se Ggura que la maréchale avait élé blessée du passage de sa lettre transcrit par elle dans la sienne, et il se hftta de lui répondre afin de protester contre toute interprétation désobligeante. Il lui écrivit dans ce but une première lettre qui n'est pas connue, puis une seconde du 15 novembre, et enfin une troisième qui est datée du 8 décembre 1759.

Versailles, novembre 1759.

Ce n'est point à vous a vous mettre à mes pieds, c'est à moi à me jeter aux vôtres ^ Est-il possible d'avoir tort avec vous? On ne doit jamais se le pardonner. C'est à votre clémence et à votre amitié que je demande ce pardon, si vous m'en croyez encore digne. Cependant je pourrais dire quelque chose pour ma justification, mais ce ne seraient que des lieux communs et qui ne sont pas faits pour être lus par vous, comme par exemple : « que je n'étais pas ici, n a que je n'ai pas reçu votre lettre ' d'abord, » et mille autres bêtises comme cela. Oui, monsieur, je parle de vous avec M. de Luxembourg, et c'est, je vous assure, l'entretien le plus agréable que nous puissions avoir, surtout dans un aussi vilain pays que celui-ci, oix l'on ne trouve personne dont on puisse dire les mêmes choses que nous disons de vous, et je vous assure que M. de Luxembourg vous aime bien tendrement.

Je n'ose vous rien dire sur ce que vous m^ mandez du livre que vous m'avez promis^ et des conventions que nous avons faites ensemble. Ce n'est pas à moi de gronder dans ce moment-ci; mais cependant, mais cependant... vous m'entendez, et je n'ose en dire davantage jusqu'à ce que j'aie reçu mon pardon en bonne forme, ce que je vous demande avec la plus grande instance. Je n'ose me plaindre que vous ayez pu soupçonner mon cœur, il est pourtant bien tendrement à

^ Voir la lettre de Rousseau à madame de Luxembourg du 15 novembre 1759. C'était la seconde qu'il écrivait à cette dame après en avoir reçu la lettre précédente, qui l'avait si fort agité et sur laquelle elle n'avait pas encore donné d'éclaircissement.

* Lettre du 15 novembre 1759.

' 14) copie de la Nouvelle Hélotse.

vous et il y sera toute ma vie. Je serai dans la tristesse tant que je n'aurai point de certitude que vous n'êtes plus fâché contre moi. Ainsi, monsieur, je vous demande à deux genoux un petit mot pour ma tranquillité, et je vous supplie d'être persuadé que mes sentiments pour vous sont de nature à ne jamais finir.

YI

Versailles, décembre 1759.

Vous m'effrayez avec le sérieux de votre lettre *. La mienne n'était qu'une plaisanterie et qui roulait sur ce que vous dites que vous ne voulez pas prendre de mon argent, à Toccasion des cahiers que vous m'avez promis et sur lesquels je compte, comme on doit compter sur tout ce que vous dites. Je meurs d'envie de vous voir. Il n'y a plus qu'un mois jusqu'à la fin du quartier de M. de Luxembourg; si vous ne venez pas nous voir, nous irons vous trouver. Je souhaite, monsieur^ que votre santé soit bonne, personne ne vous aimant plus tendrement que moi.

Pârisy janvier 1760.

Si je ne vous écris pas souvent, c'est que mes lettres sont faites pour vous ennuyer. Je ne pourrais vous parler que des sentiments de mon cœur, vous les connaissez et vous lui

< La lettre du 8 décembre 1759, que Rousseau a transcrite dar.s le livre X des Confessions, et qui était une seconde rilponse à celle de la maréchale» du mois de novembre.

Taites dire bien mieux que moi ce qu^ je pourrais vous mander. Mon cœur n'a point d*esprit, il n'est pas fait pour cela ; mais il en faudrait dans les lettres qu'on vous écrit. Je ne TOUS ai pas fait réponse d'abord à votre première lettre ^; je n'étais pas ici. Je trouve votre lettre à M. de Silhouette * bien belle, mais je crains qu'il ne la mérite pas. Je vous rends mille et mille grâces de votre diligence, mais j'ai peur que cela ne vous fatigue. C'est pour moi le plus grand plaisir. Je trouve les gens qui vous porteront ma lettre bien heureux. Adieu, monsieur, personne au monde ne vous aime plus tendrement que moi.

Paris, mars 1760.

Je n'étais point ici quand vous m'avez écrit la première lettre*, j'étais à Villeroy, et j'ai reçu en arrivant la seconde*, accompagnée de la plus charmante chose du monde. Je devrais être honteuse de toute la peine que cela vous a donné. Je ne puis vous exprimer, monsieur, tout le plaisir que cela me fait. Je le lis avec délices ; mais je trouve que je le lis trop vite. Il n'y a point d'illusion, je le trouve encore plus beau que la première fois que je l'ai entendu '. Non, jamais il n'y aura rien de si bien écrit, de si touchant. Je meurs d'envie de vous voir, je suis à la mort d'une absence si longue. Comment peut-on aimer les gens qu'on voit si peu, ou, pour mieux dire, comment peut-on voir si peu les gens qu'on

^ Lellrc inconnue.

« Du 2 décembre 1759.

^ Lettre inconnue.

^ Lcltre inconnue «

^ Rousseau avait fait, dans le courant de Tété précédent, une lecture de la Nouveile Hélotse à madame de Luzeinbourg<

aime? car ccrtainemejit je vous aime de tout mon cœur. Vous avez été malade. Ces temps sont bien malsains quand on est délicat. Avez-vous senti le tremblement de terre? Pour moi, je n'y crois pas beaucoup. Adieu, monsieur, personne ne vous honore, ne vous estime et ne vous aime plus que moi.

Mars 176 '.

Je reçois, monsieur, avec bien de la reconnaissance, la seconde partie que vous m'envoyez '. Je relis la première avant de commencer Fautre pour faire durer le plaisir plus longtemps. J'ai un grand désir d'aller à Montmorency. En vérité, il est bien cruel de ne vous pas voir. Est-il possible qu'on soit assez malheureux pour aimer tendrement quelqu'un qu'on ne voit jamais? Combien croyez-vous qu'il y a que nous ne nous sommes vus? Vous n'y pensez pas, j'en suis sûre. La lettre que vous avez eue de votre libraire est venue par M. de Malesherbes, qui en a chargé M. de Luxem'bourg pour qu'elle vous fût remise plus promptemeut. Vous avez répondu à la lettre qu'on avait écrite à mademoiselle Levas* seur*; il me semble, monsieur, que vous n'y répondez pas juste. Je vous assure que je ne vous ai jamais donné ni chapon, ni truffes, ni gâteaux d'amandes, ce n'est, je vous assure, pas moi qui vous les ai envoyés. Je n'ose pas entrer en détail plus au long sur cet article, je respecte trop votre façon de penser, mais vous pouvez être très-persuadé que nous ne vous

1 La seconde partie de la Sauvelle HéloUet accompagnée 'cle la Icllre du 5 mars 1760.

* Lettre inconnue*

avons jamais donné que du gibier de la chasse de H. de Luxembourg. Adieu, monsieur, je vous aime et vous aimerai toute ma vie.

Paris, 15 uillel 1760.

Je suis arrivée hier au soir de la campagne. Quelle nouvelle j'ai apprise I Je partage votre douleur, j'en suis moimême au désespoir. Ce pauvre Turc ^ I Quel dommage! Il y a bien des amis qui ne le valent pas. J*en fais mes compliments aussi à mademoiselle Levasseur. Je ne vous parle point de vos autres affaires. J'ai été à la campagne, je vais demain h Versailles ; j'en reviendrai dans deux jours. Vous voyez bien que c'est le moyen de devenir bel esprit. Adieu, mon cher et très-cher ami, je vous aime du plus tendre de mon cœur. M. de Luxembourg ne sait pas le malheur*.

Versailles, juillet 1760*.

M. de Luxembourg est parti hier à six heures du mâtiné Je ne sais pas encore si j'irai ; j'attends de ses nouvelles, parce qu'il ne sait pas lui-même combien de temps il sera. J'ai vu M. de Saint-Florentin, qui est le mieux disposé pour Tabbé

Le chien de Rousseau, qui venait de mourir.

' La réponse de Rousseau à cette lettre est du 20 juillet suivant.

' Rousseau a transcrit presque littéralement ce billet au livre X des CoufessionSy à propos de raffairede Tabbé Morellet. Il ne se trouve dans le lexte que deux légères variantes : en grâce, au lieu de pour toute grâce , et je me flatte, pour Jé>nHmagine.

* Pour Rouen, où il avait été envoyé au sujet de quelques mouvements du parlement.

Morellet ; mais il y trouve des obstacles dont il espère cepen* dant triompher à son premier travail avec le roi, qui sera la semaine prochaine. J'ai demandé aussi pour toute grâce qu'on neTexilât pas, parce qu'il en était question. On voulait l'envoyer à Nancy. Voilà, monsieur, ce que j'ai pu obtenir; mais je vous promets que je ne laisserai pas M. de Saint-Florentin en repos que TalTaire ne soit Unie comme vous le désirez. Que je vous dise donc à présent le chagrin que j'ai eu de vous quitter si tôt; mais je m'imagine que vous n'en doutez pas. Je vous aime de tout mon cœur et pour toute ma vie^

Paris, août 1760.

J*ai reçu aujourd'hui des nouvelles de Rouen. On me mande que M. de Luxémbourgs'est trouvé un peu mal, mais qu'on croit que ce n'est qu'un mouvement d'humeurs et que ce ne sera riou. Cela ne laisse pas cependant que de m'inquiéter. Je vous en manderai demain des nouvelles, mais je vous demande la grâce de me donner des vôtres ; je n'en sais point depuis votre saignement de nez. On vient de me dire que l'abbé Morellet sort aiyourd'hui de la Bastille.

XIH

Paris, août 1760*.

Vous vous échauffez à courir, vous n'êtes pas un moment en place; vous faites des promenades trop longues; vous tirez

* La réponse de Rousseau est du 28 juillet 1760. Grâce à rinterceasion de madame de Luxembourg , l'abbé Morellet sortit de la Bastille peu de jours

après.

* Cette leUre est une réponse & celle de Rousseau du 6 août 1760. 11 y remercie la marécbale des soins qu'elle a pris en favenr do Tabbé Noiellol.

de Tare continuellement, et puis vous saignez du nez ! Mais c'est que vous ne faites que votre volonté du matin au soir et que vous ne songez point du tout à votre santé. Si vous m'aimiez, vous en devriez être un peu plus occupé. J'ai eu hier des nouvelles de Rouen par un courrier et par la poste ; il n'y avait encore rien de décidé. M. de Luxembourg a été très-bien reçu. On dit qu'on n'approuve pas la conduite de la chambre des comptes. La députalion du parlement est toujours mandée pour le 28 à Saint-Germain, où elle doit attendre les ordres du roi. Je n'ai pas reçu de nouvelles aujourd'hui par la poste ; apparemment qu'il viendra un courrier, peut-être ce soir. Adieu, monsieur, je vous aime de tout mon cœur.

Paris, août 1760.

Oui, assurément, je me souviens de ce que vous m'avez mandé ^ Je suis pour vous comme une certaine personne qui gravait dans son cœur les paroles d'une autre personne. Eh bien, donc, je me souviens très-bien de ce que vous m'avez dit, mais c'est que je veux abuser de votre complaisance et de votre amitié rare. Toutes les fois qu'on est fort agréable, on est fort nécessaire, et comme je n'aime qui que ce soit plus que vous, il est impossible d'avoir plus de plaisir que j'en ai quand je suis avec vous. M. de Luxembourg se porte bien. Je suis dans l'incertilude sur son retour, les députés du parlement de Rouen étaient encore hier à Versailles, et ce n est qu'à leur retour qu'il y aura quelque chose de décidé sur celui de M. de Luxembourg. J'ai vu ce matin

' La lettre de Rousseau à laquelle la maréchale répond ici estl nconnue. l\ est donc impossible de savoir de quoi il a'agit.

Tabbé Morellet ; il me parait aimable. Nous avons parlé de vous. 11 va à la campagne, non pas que cela lui soit ordonné, mais seulement par prudence. Il a fort bon visage pour un homme qui a été sept semaines en prison.

Paris, novembre 1760.

Vous croyez peut-être que je n'ai pas élé très-occupée de ^vous pendant que vous avez été malade. Je ne vous ai pas écrit, mais je ne vous en aime pas moins. Je me suis imaginé qu'il ne fallait pas vous importuner de deux lettres. M. de Luxembourg vous a écrit. J'ai été très-enrhumée, et si je le voulais bien, je le suis encore. J'ai impatience que le mois de janvier arrive, car, de quelque manière que ce soit, il faut que je vous voie, et je ne peux pas supporter des absences si longues. Adieu, monsieur, mon attachement et ma tendresse pour vous ne finiront jamais.

Paris, Janvier 1761 '.

Eh bien, monsieur, je vous propose de venir à Thôtel de Luxembourg pour y manquer de tout. Vous n'y aurez pas seulement du sel sur une tuile. Si c'est la façon de vous y attirer, il n'y a rien qu'on ne fasse. Vous dites que vous avez moins de réserve avec M. de Luxembourg qu'avec moi. Eh I monsieur, à mon âge on n'a plus de sexe ; il ne me reste qu'un cœur qui ne vieillit point pour vous et que vous trouverez toujours bien tendre. Le chevalier de Lorenzi est chez

* Cette lettre est une réponse à une lettre inconnue de Rousseau.

M. le prince de Conti. M. de Luxembourg arrive à Paris mercredi prochain, et jeudi, si vous vouliez, tous les deux, mais je me garde bien de le proposer. Vous me faites trembler, mais ne défendez pas les désirs. J*ai écrit au chevalier. Adieu, monsieur. Vous n'aurez jamais d'amie plus (idèle ni plus constante que moi.

Paris, février 1761 «.

Je vous assure et vous donne ma parole que jamais madame de BoufQers n'imaginera rien qui puisse la fâcher de votre part, et je vous conseille de lui envoyer les deux exemplaires ' auxquels elle s^attend et qui lui sont annoncés depuis longtemps. Elle n'a point changé pour vous, j'en suis bien persuadée, mais il n'est pas donné à tout le monde de vous aimer autant que moi. J'imagine que peut-être, elle et M. le prince de Conti ont été un peu blessés que tous n'ayez pas voulu de temps en temps recevoir du gibier de sa chasse, ce qui n'était qu'une marque d'amitié'. Au reste, je crois que l'hiver contribue à cette espèce de refroidissement, parce qu'elle n'a pu vous voir si souvent; elle a peur des chevaux. Toutes les fois qu'elle me parle de vous, c'est dans les mêmes termes d'amitié que je lui vois depuis qu'elle vous connaît. Je ne m'étendrai pas' si fort sur le chevalier de Lorenzi. C'est un bon homme qui vous aime, qui vous rendrait des services, si Ton pouvait vous en rendre et que vous en voulussiez recc-

* Celle lettre est une réponse à une lettre inconnue de Roussean.

' De la Nouvelle Hélotset qui yenait de paraître.

^ Voyez, dans la Correspondance, la lettre de Rousseau à madame de Boufflers, du 7 octobre 1760, où il refuse de recevoir à l'avenir le gibier que voudrait lui envoyer le prince de Conti. A la fin du livre X des Confesiions, Jean-Jacques s'est fait de justes reproches au sujet de cette lettre.

voir. Ne vous tourmentez pas Tesprit à chercher une «hosc qui n'existe pas, parce que, comme Ton dit communément : Où il n'y a rien, le roi perd ses droits.

H. Coindet devait m'apporter hier des livres qui sont bien attendus et bien désirés > ; je ne comprends pas pourquoi il n'est pas venu, cela est insupportable. Ce que vous me mandez à la fin de votre lettre est charmant et affligeant. Eh, mon Dieu ! pourquoi ne voulez-vous pas faire le bonheur de deux personnes qui vous aiment tendrement? Je crois que la bonté de votre cœur vous y porte naturellement. Votre lettre est du 20, et je ne Tai reçue qu'hier au soir; comme je veux que vous ayez ma réponse plus tôt, je vous envoie un homme pour vous la porter.

Paris, février 1761.

Vous m*avez permis de vous envoyer du beurre, je vous en envoie. Vous ne voulez pas en manger, qu'est* ce que cela signifie*? Eh bien, pour vous punir, je vous prie de recevoir ces deux pots. Certainement, celui que vous avez doit être très-mauvais actuellement.

Votre Julie est le plus beau livre qu'il y ait au monde. Il n'yaqu'une âmecomme la vôtre quipuissel'avoir fait. Toutce qui se peut imaginer de beau, de grand, de toutes les manières du monde, s'y trouve, et les gens qui l'aiment, et qui sont en grand nombre, le relisent tout de suite. Il y a les plus beaux détails. Je ne suis pas de votre avis, j'aime bien mieux la grande préface' que la petite ; la grande dit les mêmes choses,

* Des exemplaires de la Nouueile Hélme.

* Voyez la leltre de Rousseau du 16 février 1761.

' Celle grande préface de la Nouvelle HélcUsey qui est en dialogue, fui imprimée à part, un peu après la publication de l'ouvrage.

maifi eomme c'est plus détaillé, cela révolte moins. On a livré les estampes comme elles devaient être ; elles sont bien. Dans la dernière, j'aurais voulu que le voile eût été sur le visage de Julie. Madame de Boufflers vous a été voir hier, à ce que me dit le chevalier de Lorenzi. Soyez persuadé que je n'ai rien dit de trop, et que Tamitié de madame de Boufflers n'était pas refroidie pour vous. Adieu, tout ce qu'il y a de plus parfait et de plus aimable. Je vous aime du plus tendre de mon cœur.

Paris, mars 1761.

Vous avez bien raison de me trouver ridicule de ne vous avoir pas fait réponse plus tôt. Je vous dirai deux ou trois mauvaises raisons : premièrement, j'ai été à Versailles, et puis j'ai voulu attendre de vous rendre compte de M. Marteau et de sa demoiselle ^ Je les ai vus l'un et l'autre; ils me paraissentd'honnêtes gens, chacun dans leur genre. Je ne savais pas trop ce que l'on pouvait faire pour eux. En attendant, il faudra leur donner quelque secours d'argent, dont la pauvre fille me parait avoir grand besoin. J'espère que vous n'oublierez pas votre projet d'aller voir ***, et que vous le manderez quand vous aurez à peu près déterminé le jour. J'en ai grande impatience pour vous savoir un peu débarrassé de tout ce monde importun qui vous obsède continuellement. Recevez mille et mille grâces de ce que vous m'avez envoyé ;

* Rousseau, dans une lettre demeurée inconnue, avait demande à madame de Luxembourg de bien vouloir s'intéresser à une jeune fdle mallieureuse, dont a lamentable histoire lui avait inspiré un vif intérêt. Un nommé Marteau avait envoyé à Jean-Jacques le récit des infortunes de celte jeune fille, dans une lettre qui fait partie des CEuvreê (néditâê, publiées en 1861. La réponse do Rousseau à ce M. Marteau se trouve à tort adressée, dans la Correspondance, k Moultou, en date du mois de mars 1761.

j'en suis très-contente. Comme je n'entends point le latin, j'y perdrai un peu. Recevez aussi mes remercinients de la lettre que vous m'avez écrite ^ Toutes les preuves que vous me donnez de votre amitié me comblent de joie. Personne ne vous aime plus tendrement que moi. C'est bien vous qui êtes adorable, et il est impossible d'être aimé plus vivement, ce dont je vous assure pour jaYnais.

Paris, mars 1761.

Il me revient les plus mauvaises nouvelles du monde de votre santé. En vérité, vous devriez bien venir à Paris passer quelques jours pour voir non des médecins, mais des gens qui vous soulageraient sans vous importuner. Je vais aujourd'hui à^riie- Adam, j'y resterai jusqu'à dimanche. Au nom de l'amitié la plus tendre, songez à votre santé; rien au monde ne m'intéresse autant. Je vous aime du plus sincère attachement, et j'espère que vous en êtes persuadé.

Paris, jninl761.

D'aujourd'hui en quinze jours, nous nous reverrons ; j'en meurs d'impatience. M. Coindet vous voit à tout moment; je le trouve bien heureux. Il est occupé de vous, il vous aime de tout son cœur; c'est le meilleur homme du monde. Il y a lin faquin de marquis de Ximénès qui est aux Délices, chez M. de Voltaire, et qui lui a écrit quatre lettres contre la Julie qui sont bétes, méchantes, impertinentes*. Est-il possible

' La lettre inconnue dont noui tenons de parler.

* Il parut en 1701, une brochure in-8* intitulée : Utire sur la Nouvelle

qu'avec Tespril de Vollaire il cnfrc dans son âme une basse jalousie. Cependant il faut élre persuadé qu'il ne serait pas capable d'avoir écrit un livre comme le vôtre. Nous ne voyons point dans ses ouvra^^es l'élévation, la force de génie qui est répandue dans cette charmante Julie. Adieu, le plus aimable de tous les hommes et le plus aimé.

Paris, juin 1761 *

Il faudrait des volumes pour vous dire toiit ce que je pense sur votre dernière lettre. J'ai cent mille choses à vous dire, et j'irai demain après-midi à Montmorency. Je partirai vers les six heures avec M. de Luxembourg, ayant la plus grande impatience de vous embrasser, v

Paris, vendredi, août 1761.

Si vous ne recevez pas plus souvent de mes nouvelles, ce n'est ni négligence ni indifférence. L'affaire de ces lettres initiales est la plus difficile du monde*. L'homme qui se mêle de cette recherche-là est difScile et fâcheux; il ne veut point d'argent, par conséquent on le peut bien moins presser. Il demande plusieurs mois, parce que les renseignements sont fort peu certains et qu'il faut feliilleter au moins

Héloîse de J.-J. Rousseau, qui fut altribuée au marquis de Ximénès. Le bruit public accuseait Vollaire d'avoir aidé à la rédaction de ce pamphlet.

*■ Cette lettre est la réponse à une lettre importante de Rousseau, du 12 juin 1761, où il est question de ses enfants.

* 11 s'agit ici de la recherche des enfants de Rousseau, que la maréchale de Luxembourg poursuivait activement à l'hospice des EnfaDts-Trouvés. On sait que 868 efforts demeurèrent infruclueux.

six mois de regislres. Je sais fort peu de vos nouvelles, vous nem*en mandez point, et quand vous prenez vous-même cette peine, c'est d'une manière si peu détaillée, que cela ne me satisfait point du tout. Je vous embrasse mille fois du plus tendre de mon cœur^

Paris, mercredi, septembre 1761 *.

Oui, monsieur, j*ose le dire, mon cœur est digne du vôtre. Il n'y a point de sentiment tendre qu'il ne sente pour vous. Il est impossible d'être plus affligée que je ne le suis de notre séparation. Je voudrais passer ma vie avec vous; vous ne vous en trouvez pas digne. Je crois à votre supériorité, je la respecte et je Tadmire.

Il faudrait être Julie pour habiter Clarens. Je sais bien que rhôtel de Luxembourg ne lui ressemble pas, ainsi je ne vous dis pas qu'il y a un petit appartement qui serait trop heureux de vous recevoir. Vous le savez, cela suffit, jamais vous no serez importuné de mes demandes. Vous ne défendez pas les désirs, heureusement : j'aurais bien de la peine à vous obéir. J'ai été à Versailles, c'est ce qui m'a empêchée de vous faire réponse plus tôt. Adieu, monsieur. Il n'y a plus de moments dans ma vie où je ne vous regrette, ne vous désire et ne vous aime.

Pans, jeudi, octobre 1761.

Il n'y a rien de si charmant que votre lettre '. Nous ressentons tous les jours avec délices le prix d'une amitié aussi rare

^ Li réponse de Rousseau à cette lettre, est du lundi 10 août 1761.

^ Celte lettre est une réponse à celle de Rousseau du 1*' septembre* 1761.

^ Lettre de Rousseau, du mercredi IS octobre 1761.

que la vôtre, et je vous aime avec toute la tendresse que vous méritez. Il n'y a pas de cœur plus tendre que le mien.

Saint-Martin *■ est un fripon et un sot. M. de Luxembourg est de trop bonne foi, il a eu de la confiance en un homme qui ne la méritait pas. Je Ten^i averti plus d'une fois, il ne m'a pas assez écoutée. Ceci soit dit entre nous.

On vous propose, monsieur, de venir ici de demain en huit; c'est encore bien loin. Maudez-moi bientôt que vous acceptez. Adieu, monsieur. Je désire le voyage de Montmorency avec bien de Timpatience. Je ne vous remercie point de la quatrième partie'; je l'ai commencée, mais je la lirai bien lentement : vous en savez la raison .

XXYI

Paris, novembre 1761.

'Ne connaitrez-vous jamais les sentiments que j'ai pour vous? Il faut donc vous dire pour la centième fois que je yons aime de tout mon cœur et que je ne changerai point tant que je vivrai? Vous serez vénéré avec la même tendresse et la même fidélité. Vous avez écrit à M. de Luxembourg une lettre charmante ', mais, pour moi, je ne vois point qu'une feuille de papier blanc vous fasse dire de si jolies choses. Ainsi je ne vous écrirai point des lettres aussi spirituelles. Vous vous contenterez de mon cœur, qui n'a pas tant d'esprit que vous, mais qui est bien plus tendre. J'embrasse mademoiselle Levasseur.

* Un secrétaire du maréchal de Lutembourg, qui l'avail volé.

> De la Nouvelle HéloUe.

^ La lettre au maréchal de Luxembourg, du 20 octobre 1761, que nous avons donnée dans le volume des Œuvres inédites (Paris, 1861). C'était une réponse à une de ces feuilles de papier blanc que le maréchal envoyait à Rousseau quand il n*avait pas le temps de lui écrire qu'il se portait bien.

A J.g. ROUSSEAU. 447

Paris, ce mardi» décembre i761.

Ah I mon Dieu ! quelle affliction votre lettre m'a causée * I En arrivant hier de Versailles, je l'ai reçue. Tout de suite j'allai chez Duchesne , que je trouvai tout seul pour me recevoir; vous savez que c'est lui qui prend toujours la parole. Je ne peux pas m'empécher de vous dire que je ne les crois point coupables. Je ne voulais pas l'effaroucher d'abord. Il m'a juré, avec les plus grands serments, que depuis que votre manuscrit est entre leurs mains, ils ne l'ont montré à qui que ce soit au monde; que si vous n'avez pas de feuilles aussi souvent que cela devrait être, c'est que vous faites souvent des changements, des notes qu'il m'a même montrées écrites de votre main ; ainsi qu'il faut refondre ces feuilles et qu'on vous envoie deux fois la même épreuve quand vous y avez fait des changements ; que leur intérêt était que l'ouvrage soit bientôt flni. Ils me donnent leur parole qu'il sera achevé d'imprimer ù la tin de février pour être mis en vente au commencement de mars. Je ne me suis point contentée de tout ce que m'a dit M. Duchesne, je lui ai dit que je voulais aussi parler à son associé'. Il sort d'ici. Il me dît les mêmes choses, et de plus que, si vous vouliez, il vous rendrait le manuscrit pour que vous y fissiez tout de suite les changements que vous y croiriez nécessaires. Comme je vous ai vu fort inquiet, je lui ai dit de mettre cette proposition par écrit, et il m'a écrit une lettre dans mon antichambre, où je n'ai pas trouvé l'offre du

* Voir la lettre de Housseau à madame de Luxembourg , du 15 décembre 1701, sur les crainles qu'il éprouve de voir les éditeurs de l'Emile (Duchesne et Guy) en altérer le texte.

* Guy.

manuscrit aussi positive, et je lui ai fait remettre à la marge. Je n'ose vous donner des conseils, mais je crois qu'ils sont de bonne foi et qu'ils ont grande envie que l'ouvrage paraisse promptement, surtout à cause de M. de Malesherbesy parce qu'ils m'ont dit qu'il fallait profiter du temps où il était en place. J'oublie de vous dire que M. Tabbé de Graves a voulu le voir, disant qu'il l'avait déjà lu et qu'il était fort de vos amis, et qu'ils m'ont juré qu'ils ne le lui avaient pas montré, et, comme je vous l'ai déjà dit, que personne au monde ne l'avait vu. Je vous envoie cette lettre. Je vous supplie de m'écrire, car votre lettre m'inquiète infiniment. Je ne peux pas m'empécher de vous répéter que je crois que vous vous alarmez mal à propos, certainement ils ont envie d'en finir. Cet homme qui sort d'ici m'a proposé de vous rendre le manuscrit avec la plus grande sécurité et simplicité, n'imaginant pas que ce soit pour autre chose que pour le revoir et y faire tout de suite les notes que vous y croyez nécessaires. Quel intérêt peut-il avoir pour ne pas vendre un ouvrage qu'il a acheté et qui ne lui rapporterait point d'argent de très-longtemps? En vérité, cela ne me parait pas vraisemblable après ce qu'ils m'ont dit l'un et l'autre. Je retourne à Versailles aujourd'hui. Je leur ai annoncé qu'ils entendraient parler de moi prochainement. Adieu, monsieur, calmez un peu votre esprit, et soyez persuadé que personne ne voiis aime aussi tendrement que moi.

Paris, samedi, révrier 1762 *.

Je pars dans ce moment pour Villeroy. Me permettez-vous de remettre à vous faire réponse à mon retour? Je n'y serai

Ce billet est une réponf o à la lettre de Koufscaa, du 18 février 1762

que peu de jours. Je vous aime de tout mon cœur. Il n'y a rien que je ne fusse prête à donner pour vous rendre la santé, c'est un des plus grands malheurs de ma vie qu'elle ne soit pas meilleure. M. de Luxembourg et moi nous vous cherchons un chien. J'espère que vous Taurez incessamment.

Paris, 27 mars 1762 <.

Pourquoi ne m'avez-vous pas mandé l'inquiétude que vous aviez? je vous en aurais rendu mille grâces et je vous en aurais tiré promptement. M. de Luxembourg, à qui j'ai lu votre lettre, doit vous écrire aujourd'hui. Je me fais un plaisir, le plus grand qu'on puisse avoir, d'aller jeudi à Montmorency. Je vous aime, nous vous aimons à la folie. J'ai eu des nouvelles de Duchesne; il n'attend plus que les estampes. Le livre* paraîtra au plus tard dans quinze jours. Recevez mes embrassements, que je renouvellerai jeudi avec bien du plaisir.

Avril 1762».

Mon cœur est tout plein de vous. Je suis occupée de votre santé au delà de l'expression; je vous aime de tout mon cœur. Le frère Côme m'a fait grand plaisir, mais vous ne souffrez pas moins ; il vous a proposé des remèdes que vous ne voulez pas faire, et votre guérison en dépend. Vous prenez

' Celte lettre est une réponse & celle de Rousseau [25 mars 1762), qui s'inquiétait de la sanlc du maréchal.

' V Emile, dont il est question ici, ne pamt qu'au mois de mai.

* Ce billet a été écrit de Montmorency même. Un nouvel accès de son mai forçait Rousseau à garder la cbambre.

part au bonheur des autres et vous ne voulez pas songer au vôtre. Faites du moins ce qui dépendra de vous pour ne pa» souiïrir. J'aime infiniment la lettre que vous m'avez envoyée, elle est charmante. Je m'imagine que, si vous ne leur avez pas inspiré l'amour de la patrie, du moins vous le fortifiez, et que tout ce que vous avez écrit leur donne cette émulation et entretient celte candeur et cette simplicité qui régnent dans vos lettres. Sûrement, je vous verrai avant d'aller à Paris. Je suis enrhumée, mais je ne veux pas que vous veniez ici.

Paiis, mai 1762.

Enfin, le voilà donc ce livre si attendu ^ M. Duchesne me Ta apporté ce matin, relié en maroquin rouge superbe, et vos trente exemplaires. J'en enverrai demain, comme vous me le mandez *, à mon frère ', qui est à Villeroy , à M. d' Armentières, qui est à Metz. J'en ai donné aussi de votre part à madame de Montmorency et à la duchesse de BoufQers; demain j'en porterai un de votre part aussi à M. le prince de Conti, à madame Du Deffand et à madame de Mirepoix. Yen prends pour M. de Luxembourg et moi je ne sais combien, et je vous en renvoie douze. En vérité, vous êtes bien magnifique et vous faites bien des présents pour un homme qui n'en veut jamais recevoir. J'aurai bien du plaisir à vous voir le 1^ de juin. Je vous jure que personne au monde ne vous aime plus tendrement que moi.

* VÉmile.

^ Yoyjz la lettre de Rousseau ù madame de Luxembourg ^ du 19 mai 1762.

^ Le duc de Villeroy.

8 juin 1762*.

Je VOUS envoie la lettre de M. le prince de Conti. Il me semble que vous n avez pas un moment à perdre pour apporter tous vos papiers et vous mettre vous-même à couvert de toutes les vexations qu'on peut vous faire, quand on a la force en main et que la justice ne l'accompagne pas toujours. Au nom de Dieu, venez; c'est la plus grande marque d'amitié que vous puissiez me donner. La Roche vous dira mes raisons pour vous envoyer chercher dans la nuit.

Montmorency, 23 jain 1762.

Je commence à sentir la douleur de votre absence. Dans les premiers jours, j'étais trop en peine pour avoir d'autres sentiments qu'une inquiétude horrible. Votre première lettre de Dôle * nous avait étonnés, cependant vous étiez déjà loin de Paris; mais quand nous avons été plusieurs jours sans recevoir de nouvelles de votre arrivée, je vous assure que l'inquiétude a redoublé. Je craignais que vous ne fussiez tombé malade et que vous n'eussiez pas pu continuer votre route, car M. de Luxembourg a reçu vos deux lettres en même temps '. Eniin, vous voilà arrivé! Il est cruel d'élre

* Ce billet est celui que Rousseau, dans le livre XT des CmfèsgUnUf dit avoir rciju, au milieu de la nuit, de la part de la maréchale; il était joint à une lettre du prince de Conti, qui annonçait pour le lendemain le décret de prise de corps lancé contre l'auteur d'Émiie.

* Lettre inconnue.

^ Les deux lettres de Rousseau au maréchal de Luxembourg du 16 et du il juin J70S.

obligé d'en être bien aise. Je ne me peux cependant persuader que je ne vous reverrai plus, cela est impossible ; ma raison n'est pas assez forte pour supporter cette idée. J'ai envoyé votre lettre* à M. le prince de Conti. J'ai fait faire vos compliments à madame de Boufflers. En vérité, la pauvre mademoiselle Levasseur* fait pitié ; elle n aspire qu'au moment de vous aller trouver. Je le souhaite beaucoup pour elle et pour vous; je voudrais qu'elle y fût déjà. Je ne vous manderai rien du parlement, M. de Luxembourg en prend le soin. On dit (c'est vos amis) qu'il est nécessaire qu'on sache hautement que vous n*étes plus en France, et, même avant que nous eussions reçu vos lettres, on disait dans Paris que vous étiez en Suisse. Je vous aimerai toute ma vie, vous m'aimerez de même, j'en suis sûre; mais que les absences de Paris étaient longues* Ahl mon Dieu, peut-on penser à celle-ci! Adieu, mon cher, mon très-cher ami, c'est de tout mon cœur que je vous aime.

Paris, 10 août 1762.

Je reçois votre lettre du 5 *, c'est-à-dire je l'ai reçue hi« r. Je vous ai écrit en réponse à une du 21 juillet^. Je crois cependant avoir mis l'adresse comme M. de Luxembourg me l'avait dil. Il est bien cruel d'être éloigné par un aussi grand espace et que les lettres soient supprimées. Je sens vos peines^ et vos malheurs plus que personne au monde, et je peux

*• La lettre de Rousseau à madame de Luxembouri?, également du 17 juin

* Thérèse Levasseur était restée & Montmorency après le départ ilc Rousseau.

' Lettre inconnue.

* Cette lettre de Rousseau se trouve dans la Correspondance* Nous ne pos- «édons point la réponse de madame de Luxembourg.

rncmc vous avouer que vous ne les éprouvez pas plus amers que moi. Je vous fais mon compliment sur l'arrivée de mademoiselle Levasseur, et je vous assure que, ne pouvant être moi-même auprès de vous, j'ai élé charmée de son départ, quoique je désirasse infiniment la garder ici; c'était toujours quelqu'un à qui je pouvais conlinuellement parler de vous. Elle a le cœur le plus honnête et le plus droit que je connaisse et un attachement infini pour vous.

Je ne peux pas comprendre que le roi de Prusse ne soit pas charmé de vous avoir dans ses états ; mais vous savez que vous ne resterez pas sans asile. Madame de Boufflers vous a écrit et vous a envoyé la copie d'une lettre de M. Hume, et puis aussi elle vous a fait d'autres propositions que j'aimerais bien mieux que vous acceptassiez. Je vous demande instamment de me mander quelques détails sur votre situation, sur votre santé, sur la réponse du roi de Prusse ^ ; en un mot, tout ce qui vous regarde m'intéresse au delà de l'expression. J*aimerais mieux que vous vous chargeassiez vous-même de votre défense; mais c'est des paroles inutiles que ce que je dis là. Je suis charmée que quelqu'un de fort capable écrive en votre faveur, mais je n'imagine pas qui ce peut être'. Vous avez raison de penser que l'abbé M... serait capable de voir cet écrit et de le bien juger ; je le crois honnête homme, et de plus il ne peut avoir d'intérêt contraire. Si je le trouve dans le cas de le faire examiner, il ne quittera pas ma chambre, et je le suivrai exactement. M. de Luxembourg approuve fort qu'on écrive. Adieu, le plus cher de mes amis, le plus digne d'être aimé et le plus aimable de tous les hommes.

^ La réponse que le rui de Prusse devait faire à milord Maréchal au sujet de Rousseau.

* Il est probable que, sans nommer HouUou, Rousseau avait parlé à la maréchale du projet qu'avait son ami de réfuter le réquisitoire de l'avocat général contre VÉmiïe.

Paris, avril 1763.

M. de Luxembourg m*a montré la lettre qu'il a reçue de vous hier ^ Je pense comme lui, et je crois certainement que vous ne devez pas avoir d'inquiétude ; mais dans une affaire d'une aussi grande importance pour vous, et pour nous par conséquent, il va faire les démarches les plus promptes et les plus sûres pour n'en être pas en doute un moment de plus. En conséquence de cela, j'ai dit à La Roche de ne pas envoyer votre lettre à Beaumont, parce que, si vous êtes bien tranquille, vous pourrez commencer les remèdes dont vous avez besoin, ce qui m'afQige jusqu'au fond du cœur, vous aimant tendrement et pour toute ma vie.

Paris, 10 juin 1764 «.

C'était mes larmes que je voulais mêler aux vôtres. J'avais cru, dans mon malheur, n'avoir d'autre consolation que vous ; au lieu de cela, monsieur, il faut que je me justifie, et ce qu'il y a de plus affreux et de plus navrant, c'est de justifier M. de Luxembourg, qui vous aimait, vous estimait et qui ne comptait pas avoir de meilleur ami au monde que vous. 11 est vrai qu'il a eu une maladie de quatre mois, mais dans

^ Voyez la lettre de Rousseau à M. de Luxembourg du 17 avril 1763, et la note relative au gentilhomme hongrois qu'on avait accusé d'espionnage.

* Celte letlre est la réponse de madame de Luxembourg à celle que Rousseau lui avait écrite le 5 juin précédent sur la mort du maréchal, et, comme il disait, en parlant de ce dernier : c II avait cessé de prendre part à mes misères, à votre exemple il m'avait oublié... » madame de Luxembourg s'efforce de détruire celle idée auf si fausse qu'injusle.

laquelle il n a pas cru mourif ; cependant elle le mettait hors d'état d'écrire. Il me parlait de vous bien souvent; il disait que si vous étiez à Montmorency vous viendriez vous établir ici. C'est vrai que je lui ai lu votre dernière lettre*, et il n'y a sorte de choses tendres et touchantes qu'il ne m'ait dites de vous. Repentez-vous un peu de Finjustice que vous avez faite à sa mémoire. Comme il est mort presque subitement, je vous assure qu'il n'était en état de penser à rien les dernières heures de sa vie. Il vous aimait, je vous le répète, oui, il vous aimait de tout son cœur, et je vous assure que votre éloignement de Paris est une des choses qui lui ont fait le plus de peine et le plus de mal. Il y avait déjà longtemps que sa santé était dérangée. Il tomba malade fort peu de temps après votre départ. Je ne peux pas entrer dans le détail le plus abominable de sa maladie ; quand vous le voudrez, La Roche vous le mandera. Imaginez-vous, monsieur, que je ne l'ai pas quitté jusqu'à son dernier soupir, et ce que j'aime le mieux, c'est d'habiter la chambre où il est mort. Je vous remercie de ce que vous dites de lui dans une lettre qui est imprimée, c'est en peu de mots et bien touchant. Quant à ma justification, vous ne pouvez pas nier que c'est moi qui vous ai écrit la dernière et que vous ne m'avez pas fait réponse. Il est vrai qu'il y a longtemps. Mon cœur est trop sûr et trop tendre pour que vous n'en soyez pas persuadé. Au nom de Dieu, dans mon terrible. malheur, ne m'accablez pas par votre indifférence et soyez sûr que je vous aimerai toujours du plus tendre de mon cœur. Je charge La Roche de vous mander ce qui regarde vos papiers.

' La leltre au maréchal du 21 avril 4764.

Montmorency, 27 juin 1764.

J'habite dans ce moment un lieu où j'ai à regretter tout ce qui était le plus cher à mon cœur, et je vous assure, monsieur^ que vous y avez une grande part. J'y suis depuis quelques jours avec très-peu de monde, comme vous croyez bien. D'abord que j'ai reçu votre lettre *, je vous fais réponse pour ne pas retarder un moment ce que je pense sur ce que vous me mandez. J'ai envie, comme de moi, de parler à madame de Boufflers ; je ne vous commettrai point, elle vous manderait (out de suite ce qu'elle m'aurait dit. J'approuve cette idée de toute mon âme, et je serai très-aise que vous n'habitiez plus votre vilain pays qui vous fait certainement très-grand mal. Je ne me plaindrai point des marques de bonté du roi, il ne me devait rien ; mais je ne m'en louerai pas non plus, puisque dans mon malheur il ne m'en a pas témoigné. Yous avez demandé à La Roche ce qu'on avait fait de votre portrait. Pouvez-vous imaginer qu'un autre que moi s'en soit emparé? Je vous annonce qu'il ne me quittera de la vie. h voudrais bien être assez heureuse pour dire de même de l'original, mais les bonheurs ne sont plus faits pour moi. Adieu, monsieur, personne au monde ne vous aime plus tendrement, et c'est, je vous assure, pour toujours. Voulez-vous bien que j'embrasse mademoiselle Levasseur.

Montmorency, juin 1767.

Est-il possible que vous soyez si près d'ici et que je n'ose prs vous aller voir *? M. le prince de Conti ne le veut pas, il

* Celle du 17 juin précédent.

* Rousseau était caché à Fleury, près de Meudon, chez le marquif de Mira-

croit que cela peut être dangereux. Je ne sais pas encore où vous êtes ; je le saurai, car je le veux absolument, et il faudra que cela soit bien défendu, si je ne vous embrasse pas avant peu de temps. Mon Dieu, que tout ce qui vous est arrivé me fait de peine! Je vous aime de tout mon cœur, et j*espère que vous n'en douterez jamais. Je vous supplie d'embrasser mademoiselle Levasseur de ma part.

beau. Ce billet lui fut sans doule envoyé par l'entremise du prince d« Gonti^ puisque la maréchale ignorait le lieu de sa retraite.

iMxembmrg (Ch.-Fr.-Frédéric de Montmorency-Luxembourg, maréchal-duc de), né en 1702, mort en 176*. Créé maréchal par Louis XV, sans avoir jamais commandé en chef, il fut le troisième maréchal de son nom. Retiré dans sa terre de Montmorency, il y accueillit avec une extrême bienveillance J.-J. Rousseau, qui s'est plu dans ses écrits à faire l'éloge de son protecteur.

Villcroy, l"mai 1759*.

Je serai toujours enchanté, monsieur, que le hasard ou la beauté de la situation de Montmorency vous ait engagé à vous y retirer, parce que cela me procurera le plaisir de faire connaissance avec quelqu'un dont l'esprit, et encore plus les verlus, avaient gagné toute mon estime. Je désire de tout mon cœur qu'une connaissance plus intime puisse me mériter votre amitié, et j'en serai plus glorieux que de tous les rangs dont vous me parlez dans votre lettre. Le désir d'être plus près de vous, et la crainte de vous voir périr sous les ruines de votre logement, nous ont engagés, madame de Luxembourg et moi, à vous proposer de prendre un logement au petit château.

^ La lettre qu'on va lire est une réponse à celle de Rousseau du 30 avril 1750. Il se faisait un scrupule d'accepter l'offre que le maréchal lui avait faite d'habiter le petit château de Montmorency pendant qu*on réparait sa maison de Mont-Louis. Celte réponse détermina Rousseau à accepter la proposition du maréchal.

Quand vous nous connaîtrez davantage, vous ne douterez pas de la sincérité du désir que nous en avons. Yenez-y donc, monsieur, et le plus promptement sera le mieux. Soyez certain que par là vous ne prenez aucun engagement avec moi, que celui de m'accorder votre amitié, si vous m'en croyez digne, quand vous me connaîtrez. Pour moi, monsieur, je prends avec vous celui de vous honorer autant que vos sentiments et vos vertus le méritent.

Paris, A juin 1759.

Je n'ai reçu, monsieur, qu'à mon retour de Saint-Hubert et de Choisy votre lettre du 27 du mois passé ^ Je suis charmé que votre santé se trouve bien de votre séjour au petit château. Je désire avec empressement d'être au mois de juillet pour être témoin de la tranquillité et de la solitude qui vous y accompagnent. Je vous promets qu elles ne seront point interrompues pendant mon séjour à Montmorency ; vous n'y verrez que madame de Luxembourg et moi, et cela quand vous le voudrez. A Tégard de la compagnie qui pourra y venir, vous ne verrez que ceux que vous voudrez voir et ne serez importuné de personne. J'accepte avec grand plaisir la proposition que vous me faites de la société que nous pourrions lier ensemble. Quand vous me connaîtrez, vous verrez que je ne mérite ni ne peux souffrir les louanges. Ainsi, monsieur, tenons-nous-en à l'amitié. Si je puis obtenir la vôtre, j'en serai plus flatté que de tous les termes et de toutes les expressions dont vous pourriez vous servir avec moi.

* Voyez la lettre de Rousseau du 27 mai 1750.

Paris, 16 août 1759.

Pouvez-vous douter, monsieur, que je songe à vous, quoique à la cour? Vous me feriez assurément injustice. Je puis vous assurer que je regrette le temps que j'ai passé avec vous, a tous les instants. Que ne puis-je habiter toujours Montmorency, tant que vous y êtesl Je ne désirerais rien; je vous aime, et je compte sur votre amitié. Mais je vous verrai ici, vous me Tavez dit, et, quelque désir que j'en eusse, je n aurais jamais osé vous le proposer. L'amitié ne doit jamais exiger de complaisance. J'apprends dans le moment l'accident airivé au pauvre Turc *; n'en mourra-t-il point? Rien de ce qui a rapport à vous ne peut m'ètre indifférent ; ce sont là les sentiments que vous m'avez inspirés, et dont rien ne pourra jamais me faire départir.

Mille clioses, je vous prie, à mademoiselle Levasseur. Comment se trouve-t-elle dans votre habitation*? J'aurais bien désiré que vous eussiez préféré le petit château.

Paris, 1*' septembre 1759.

Vous me faites connaître, monsieur, des défauts que je ne me savais pas. Je croyais ne point aimer les louanges, et je ne les ai jamais aimées; mais je sens que ce que vous me dites de flatteur me touche plus que je ne puis l'exprimer. Il est vrai que j'ai été enchanté de devoir au roi la grâce qu'il

^ Le chien de Rousseau.

^ La maison de Mont-Louis à Montmorency, où Rousseau 'était retourm'.

vient d'accorder à mon fils*; vous y avez pris pari, j'en suis

sûr.

Voilà les voyages du roi finis, et je compte sur ce que vous nous avez promis pour le mois de septembre. Quel plaisir de revoir un ami aussi cher et sur lequel on peut compter I

Paris, 22 septembre 1759.

Je ne vous ai point encore remercié de votre portrait *, parce que j'étais à Versailles ; mais il me fait un plaisir infini et me donne beaucoup de distractions quand je lis le matin dans mon cabinet. Les réflexions sont agréables quand on pense que ce sont les traits d*un ami sur lequel on compte autant. Vous m'en donnez encore des preuves dans la lettre que je reçois ce matin au sujet de la santé de mon petit-fils'; il se porte fort bien aujourd'hui, et sa fièvre n'a été que passagère et occasionnée, je crois, par des drogues que sa mère lui fait manger en cachette. Je suivrai, autant que je le pourrai, les conseils que vous me donnez sur son éducation. Je voudrais les suivre exactement en tout; mais il faudrait pouvoir y être toujours présent, et je ne le puis.

* Le roi venait d'accorder au duc de Montmorency la survivance de la charge de capitaine des gardes-du-corps qu'avait son père. — Rousseau en avait adressé ses iëlicitations au maréchal dans sa lellre d'août 1759.

* Un des portraits de Rousseau faits par La Tour; destiné d'abord à madame d'Épinay, il était resté entre les mains de Rousseau à la suite de sa rupture avec cette dame. Le philosophe l'otTrit au maréchal de Luxembourg, qui lui envoya, de son côté, une tabatière contenant son propre portrait et celui de In maréchale.

^ Le comte de Luxembourg, fils du duc de Montmorency. l\ mourut peu après.

Vous voulez savoir de nos nouvelles, uousnous portons bien; je vais dimanche à Versailles, et madame de Luxembourg mercredi. Je vous assure qu'à Versailles, comme à Paris, vous serez le sujet de nos entretiens et le seul de nos disputes pour savoir lequel des deux vous aime plus tendre-^ ment.

Versailles, 14 octobre 1759.

Vous voulez savoir de nos nouvelles, et moi je suis trèsaise de vous en donner. Madame de Luxembourg et moi nous portons très-bien ; mais vous écrivez sans me mander comment vous vous portez. Il me semble que nous, ne sommes pas convenus de cela, et je serais bien affligé isi vou» n'étiez pas persuadé de tout l'intérêt que je prends à votre santé.

Versailles, 28 octobre 1759.

Je suis si occupé ici, monsieur, que je n'ai que le temps de vous parler des sentiments de mon cœur. Madame de Luxembourg et moi vous aimons autant que nous désirons être aimés de vous; nous nous portons très-bien. Donnez-nous de temps en temps des nouvelles de vos sentiments pour nous et de votre santé.

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