V éducation progressive^ 1. 11^ p
2. G. Compayré, la Folie chez V enfant, Hevue philosophique fti^ àe û^vùfl:^ 188Q) p. 612^
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L'enfant, après avoir vérifié un beau passage de Fénelon, et y avoir retrouvé des idées et des sentiments bien connus, réfléchit que lui-même s'exprime bien quand il ne parle que sur des faits qu'il connaît. « Il dépend de nous de voir quand nous disons ce que nous dicte notre intelligence, ou quand nous écrivons au hasard, de mémoire, et sans vérifier si ce que notre mémoire nous a apporté est relatif ou non au sujet que nous traitons. (1) » Cette connaissance qu'il acquiert peu à peu de lui-même doit surtout convaincre l'enfant que sa volonté a tout empire sur son intelligence, et qu'il a tout empire sur sa volonté. Par exemple, il y a mille manières de traiter un sujet quelconque, et il n'est pas un élève qui, en réfléchissant, ne puisse trouver les faits que doit contenir son développement. Par son expérience, par l'habitude qu'il a de travailler sur des sujets déterminés, et d'après des modèles fixés d'avance, l'enfant sait qu'il n'y a pas pour lui d'excuse à ne rien trouver. S'il ne connaît pas les faits, ou s'il les a oubliés, il est convaincu d'ignorance ; si, connaissant les faits, il n'a pas pris la peine de réfléchir et de les combiner, il est convaincu de paresse. En un mot, sa pratique quotidienne et l'exemple quotidien de ses camarades lui font reconnaître la nécessité d'acquérir ce précieux empire sur soi-même.
Rien aussi de plus propre que l'exercice Tout est dans tout à donner à l'élève l'habitude et le goût des généralisations philosophiques (2). Par exemple, un ^lève de l'enseignement universel montre de la façon suivante, d'après un passage d'un petit livre d'arithmétique, que toutes les sciences et tous les arts peuvent être réunis
, 1. Langue matemeUe^ p. 60.
2. Voir ce qu^ nous avQas dit de la pAilosop^e panécçksUque^ ^v 3]
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sous un seul point de vue, et que l'esprit humain se montre toujours le même dans toutes ses productions.
Texte. — « L'addition des fractions est uue opération par laquelle on joint ensemble plusieurs fractions pour n'en faire qu'une seule. Il faut, avant de rien faire, reconnaître si elles ont le même dénominateur. Dans le cas contraire, on doit avoir recours à la quatrième réduction. » — Réflexions de Vélève, Il y a presque toujours dans ce que fait l'artiste une simplicité qui tend à rendre plus claire chaque partie de son ouvrage. {On joint ensemble poitr n'en faire qu'un,..), La prudence est une des principales qualités de l'artiste (Avant de rien faire, il faut...). Elle lui est rarement -inutile ; et, par son moyen, il met en usage les connaissances qu'il a déjà acquises {Dans le cas cantrairei on doit avoir recours à la quatrième rédu<)^ iion.
Texte. — « Quand les fractions ont le même dénominateur^ on commence par additionner tous les numérateurs, et on cherche combien il y a d'entiers, ce que l'on connaît en divisant le total des numérateurs par le dénominateur commun ; le reste forme le numérateur d'une nouvelle fraction qui a le dénominateur commun pour dénominateur. Les entiers se portent aux sous, aux livres, si les fractions sont de livres ou de sous. Le reste de l'addition se fait comme à l'ordinaire. » — Réflexions de Vélève. L'artiste, après avoir aplani les premières difficultés, travaille avec l'aide de l'attention (Quand elles ont le même dénominateur^ on commence). Il conjecture, cherche et trouve la conclusion d'une partie de son ouvrage [On cherche combien d'entiers). Il est ainsi dirigé par une certaine économie qui lui fait tout employer selon sa valeur, sans rien mettre de trop {il en.
L^ENPANt PSYCïtOLOGtîË 1i
forme le numirateii/r...). Arrangeant, séparant, selon les circonstances, il finit sans peine ce qu'il a sagement commencé (Sov^j livres. — Le reste finit comme à V ordinaire) (4).
Sans doute, les réflexions qui précèdent ne sont point le fait d'un enfant de douze ans, et nous savons que Jacotot avait affaire le plus souvent à des intelligences formées. Mais un enfant de quatorze ou quinze ans, habitué à tout analyser et à tout synthétiser, peut, ce nous semble, en faire de pareilles. Rappelons-nous que, pour Jacotot, « il n'y a pas de pensées profondes. Une pensée n'est ni profonde ni superficielle, ni rien de ce qui tombe sous les sens : tout cela est de la rhétorique (2). » Rappelonsnous que l'enfant exécute les mêmes opérations, comme il éprouve les mêmes passions que l'homme, et qu'il sait voir qu'il les exécute et les éprouve. Rien d'étonnant donc qu'il prenne aisément l'habitude de tout juger d'après l'universelle loi d'identité et d'unité. N'est-il pas déraisonnable d'attendre qu'il soit presque un homme pour lui apprendre à regarder comment il apprend, sent, connaît et veut ? La connaissance de soi-même pourrait être, toute mesure gardée, une matière commune à tous les programmes d'instruction, depuis l'école enfantine jusqu'à la philosophie, couronnement scientifique de toute la discipline scolaire. La vraie philosophie, la meilleure, à mon sens, ce serait l'habitude, prise dès le début par l'enfant, de porter son attention et sa réflexion, autant que l'âge le permet, sur la nature et le jeu de ses facultés. Le rôle du professeur de philosophie proprement dite se trouverait par