Revue philos,, novembre
2. Lucien Arréat : De Vinatmction publique (articles extraits d*un mémoire couronné au concours Isaac Péreire)» Aux bureaux de I9 Philosophie positive, 54 p. in-S, 1882,
plîquer, pour les gens qui ne sauraient comprendre sans explications, sur le vrai sens de sa formule. Nous avouons, en effet, que le fait, s'il est authentique, a besoin d'être expliqué. Par le mot enseigner, Jacotot n'entend pas expliquer, ni communiquer ce que l'on sait ; il entend simplement que, grâce à sa méthode, on apprend avec lui ce qu'il ignore. Le maître savant doit oublier ce qu'il sait pour laisser l'enfant libre dans ses réflexions et daus ses recherches. L'ignorant, pourvu qu'il soit pénétré de la méthode, peut tout enseigner sans rien savoir. Étant admis qu'il n'est là que pour interroger, vérifier et stimuler, que tout élève peut s'instruire par lui-même, quel que soit le maître, s'il croit tout cela, il sera bon. Il lui suffit de savoir que toutes les intelligences sont égales, que tout est dans tout, qu'on s'instruit sans explications, c'est-à-dire d'être émancipé, de Vouloir être un homme dans la véritable acception du mot. Or un paysan, un ouvrier, s'il réfléchit sur lui-même, sur son métier, sur les outils qu'il emploie, sur la possibilité de les perfectionner, s'il pense à ce qu'il fait et à ce qu'il est dans l'ordre social, s'il voit que les autres hommes sont hommes comme lui, qu'un homme tout entier est en chacun d'eux, qu'ils sont tous le même homme employé à des besognes différentes, ayant môme esprit et mêmes passions, mêmes vices et mêmes vertus, mêmes défauts et mêmes qualités, ce paysan ou cet ouvrier sera émancipé. « Quand on a réfléchi, sans explications, à la ressemblance morale et intellectuelle qui existe entre tous les hommes, on est émancipé. Tout père émancipé peut faire l'éducation de ses enfants sans le secours d'aucun maître explicateur (1). » Il faut, avouons-le, quelque peu