EXERCICES DE RÉFLEXION
exprime Tidée abrégée. Cette expression est un mot plus ou moins abstrait, et Jacotot pense avec raison, nous Tavons déjà dit, que Tenfant peut comprendre des mots de cette espèce. Il veut qu*on l'exerce à les comprendre, à en former lui-même le sens, avec ses propres explications, par la décomposition des idées contenues dans Texpression abstraite. Il suffit, selon lui, de regarder et de se souvenir pour comprendre les termes abstraits ou généraux, pour analyser de mémoire leur contenu. Il veut qu'on exerce aussi l'enfant à généraliser. Nous trouverons quelque iclaircissement sur cet^c délicate matière dans quelqu'un des exercices d'intelligence et de langue que nous allons passer en revue. Nous croyons utile de reproduire le texte de quelques-uns de ces exercices destinés à faire réfléchir l'enfant sur tous les faits contenus dans ce qu'il sait par cœur. Le lecteur, qui n'a pas d'ailleurs oublié le peu que nous en avons dit à propos de la philosophie panécastique et du programme des pauvres^ pourra se faire une idée plus exacte du système d'interrogation et de vérification pré* conisé et pratiqué par Jacotot :
Premier exercice. — D. De quoi Calypso ne pouvait-elle passe consoler? R. Du départ d'Ulysse. — D. Faisait-il froid dans l'île de Calypso? R. Je ne sais. — D. Regardez. R. Non, il y régnait uo printemps éternel — D. Pourquoi se promenait-elle seule? R. Parce qu'elle était triste.
Deuxième exercice. — Qu'est-ce qu'une déesse? R. C'est un être immortel servi par des nymphes. — Est-ce que toutes les déesses sont servies par des nymphes? R. Je ne sais. — Pourquoi l'avez-vous dit? R. Pour répondre. — D. Il fallait dire : Calypso était servie par des nymphes; mais j'ignore si toutes les déesses avaient des nymphes pour les servir.
lOG j. axcoTOT
Troisième exercice. ~ D. Quel est l'état d*une personne affligée? R. Elle cherche la solitude. — D. Il est vrai que Calypso était triste, et qu'elle cherchait la solitude; mais qui. vous a dit que toutes les personnes affligées cherchent la solitude? R. Tout le monde sait cela.
(}uairième eœeroice, — (Il faut avertir, pour Fintelligence de cet exercice, que les chiffres placés entre parenthèses Sont une abréviation indiquant le rapport de chacune des différentes idées accessoires avec les trois idées prinpalés : Calypso (1) ne pouvait se consoler (2) du départ d'Ulysse (3J. — D. Que veut dire tout le premier paragraphe? R. Calypso (1) ne pouvait se consoler (2) du départ d'Ulysse (3). — Expliquez^vous? R. Dans sa douleur elle se trouvait malheureuse, c'est la répétition de né pouvait se consoler. D'être immortelle donne Tidée de Calypso. Les nymphes qui la servaient me rappelle qu'elle ne pouvait se consoler. Sa grotte... Je vois Calypso. Ne résonnait plus de son cliant, elle était triste. Elle se promenait souvent seule (2) sur les gazons fleuris dont un printemps éternel bordait son île (1). Mais ces beaux lieux (i), loin de modérer sa douleur (2), ne faisaient que lui rappeler le triste souvenir d'Ulysse, quelle y avait vu tant de fois auprès d'elle (2, 3), et elle était sans cesse tournée (1) vers le côté où le vaisseau d'Ulysse, fendant les ondes, avait disparu à ses yeux (3) — (1).
Tels étaient les exercices sur les mots, les idées, les faits connus. Le nembre des questions à poser, était au choix du maître, qui s^ttachait à ne faire que des questions à la portée de l'élève, dont la réponse était dans quelque pas- S8(g6 de son livre, ou qu'il pouvait trouver, soit dans son