‹ J. Jacotot et sa méthode d'émancipation intellectuelleChapitre 38 sur 78 · J^ Paroz,. UistQire univevêeUe de la pédagogie, p. 396u · texte numérisé non relu

J^ Paroz,. UistQire univevêeUe de la pédagogie, p. 396u

EXERCICES DE COMPOSITION !l5

exclusive d'un seul modèle sont indéniables. Nous admet» tons que la longue trituration de ce livre donne à l'élève une étonnante facilité pour lier entre eux une grande masse de faits, lui fournisse un arsenal d'expressions promptes à se reproduire à tout propos, et, si Ton veut, à propos. Mais cet improvisateur de la parole et de la plume n'aura pas d'autres expressions, d'autres idées que celles de son livre. Ces craiûtes ne sont pas fondées. Parce qu'un élève saura par cœur, aura répété un livre pendant deux ou trois ans, qu'il y aura rapporté laplupart de ses idées et de ses études, est-ce à dire qu'il n'aura pas d'autres idées que celles qui sont contenues dans son livre? D'abord, il est clair qu'il en avait un grand nombre d'autres, tirées de sa propre expérience et de l'enseignement des hommes et des choses, quand il s'est mis à étudier le livre. S'il a même compris un seul mot, le premier mot de ce livre, c'est grâce à ses idées antérieurement acquises. Et, pendant qu'il se confine en apparence dans ce livre, nonseulement il combine ses idées antérieures avec celles qu'il puise dans l'étude approfondie du livre; mais, tous les lours, il observe les hommes et les choses, compare, distingue, raisonne, rapporte tout à son livre, et son Kvre à toutes choses. Et d'ailleurs, est-il convenu qu'il se réduira nécessairement à l'étude d'un seul livre, même pour apprendre la composition? Nous l'avons vu, à un moment donné, prendre en main une œuvre littéraire quelconque, une pièce, un morceau, un discours, un poème, l'étudier à fond, l'analyser, par rapport au livre-modèle.

Jacotot n'a jamais prétendu que toutes les connaissances, les sciences et les arts, fussent implicitement contenues dans un seul livre ; mais il était persuadé que tf)u\jQ l'imite Uigence humaine se trouve dans une de ses oeuvreSi

qu'on doit en faîre une élude approfondie pour y découvrir sa propre intelligence, l'art avec lequel on agit soi-même en travaillant, se rendre capable de juger un autre ouvrage analogue, et surtout capable de le faire. L'étude d'un seul livre n'a donc pas pour but unique de fournir de mots et d'idées une tête humaine, mais d'exercer l'esprit à trouver çans effort tous les mots et tous les idées dont il a besoin.

Pas plus que Démosthène en copiant et recopiant l'histoire de Thucydide, ou Virgile en tournant et retournant les vers d'Homère et de Lucrèce, ne se faisaient faute de lire d'autres livres, de s'exercer librement, de tirer des idées sans nombre du commerce quotidien des hommes et des choses, pas davantage l'élève jacotiste, qui rapporte autant que possible toutes ses idées à un seul livre, et qui se croira une intelligence égale (semblable, si l'on aime mieux) à celle de l'auteur, ne poussera la modestie jusqu'à penser que ce livre doit lui tenir lieu de toute science et de toute expérience.

On objecte encore que, plus cette méthode d'un modèle unique réussit, et plus elle est condamnable, parce qu'elle intervertit les rapports naturels qui existent entre les idées et les expressions. Les idées doivent, dit-on, précéder les expressions, le fond engendre la forme, l'invention fait le style. Avec le procédé qui donne une imperturbable et malheureuse facilité à trouver des mots et des expressions, ne doit-on pas craindre que le discours ne laisse souvent les idées après lui ? « On tombe ainsi, dit un critique déjà cité, dans la logomachie, on circule à l'infini dans la région des paroles, croyant saisir ou exposer des vérités, quand on forme des combinaisons de mots (1). » Celte

' i. Durîvau, Eosamen critique et raisonné de V enseignement dit

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