HISTOIRE
tatîons du droit populaire contre la brutalité seigneuriale : les douleurs, les martyres, les révoltes, les longs efforts, qui lentement ont rapproché les anciennes institutions d'un état de choses plus favorable à la justice et à Thumanité ; les courageuses entreprises qui ont jeté les bases de Fégalité civile et politique, de la liberté religieuse, et la liberté d'opinion ; enfin notre histoire nationale leur révélerait, dans ce qu'elle a de plus général et de plus constant, la marche régulière du progrès, dont les conditions sont à peu près les mêmes pour nous que pour nos pères. La constatation de ces lois serait pour eux une leçon de sagesse pratique. Mis véritablement au courant des événements de l'histoire moderne, des progrès tentés ou réalisés dans les derniers siècles, ils connaîtraient le temps oii ils vivent, ils sauraient par quelles profondes racines il plonge dans le passé, et dans quelle mesure il est opportun de combattre sa résistance à l'éclosion de l'avenir.
Quant à l'histoire ancienne, elle est incontestablementutile comme complément d'informations sur notre propre origine et sur la nature de nos institutions, sur notre caractère, nos mœurs et notre esprit. Mais je ne la crois indispensable qu'aux hommes politiques et aux érudits. Le grand nombre, ceux qu'on appelle encore si improprement les bourgeois, les classes dirigeantes, et ceux qu'on appelle encore plus improprement le peuple, ou les nouvelles couches sociales, le grand nombre n'a nul besoin de connaître l'histoire de Nabuchodonosor, de Thémistocle, d'Alcibiade, de Périclès, de Philippe et d'Alexandre, de Romulus, de Tarquin, de Brutus, des Gracques, des Scipions, de César, de Néron, de Caracalla, d'Antonin, de Romulus Augustule, etc. L'histoire des anciens peuples, même l'histoire générale des nations modernes, doivent être étudiées sur*
tout dans leurs rapports immédiats avec notre histoire, et jamais étudiées & fond qu^après le complet épuisement de notre histoire. Or, l'Université, mue souvent par des scrupules qui n*ont rien de vraiment politique ou scientifique, a bien eu le courage de renoncera Thistoire des Hébreux, qui s'apprenait en septième, et qui était oubliée en]sixième pour l'histoire des Assyriens, des Perses et des Grecs ; mais la routinière s'obstine à mettre sous les yeux des élèves de quatrième ces grandes luttes du forum et de la curie^ que toute la patiente érudition d'un Polybe, d'un Machiavel et d'un Montesquieu a peine à tirer d'uoe demi-obscurité. S'il faut nécessairement voir dans l'histoire d'Orient, d'Âihénes et de Rome, le couronnement d'une instruction ordinaire, pourquoi l'approfondir? Ne serait-il pas assez d'en grt^ver les linéaments essentiels dans l'esprit des élèves ?
Je ferais tenir toute cette histoire, grands hommes, grands événements, grands actes législatifs, militaires, administratifs, politiques et religieux, sans oublier les dates correspondantes, dans un livret de cinquante pages. On l'apprendrait, on le répéterait souvent pendant les trois dernières années de collège. En outre, chacune des principales histoires de l'antiquité donnerait lieu à des lectures, des analyses, des rapprochements, des jugements, des compositions, portant sur les caractères saillants, les résolutions importantes^ les fondations remarquables, les usages, les mœurs et l'esprit de chaque nation. Chacun serait libre d'ajouter à ce minimum commun, et on lui en saurait gré, sans exiger de lui davantage.
Il est une raison spéciale pour que l'histoire ancienne, qu'un jeune enfant ne peut pas approfondir, et qu'il ne peut apprendre parfaitement dans ses classes élevées, ne
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Vienne qu'à la fin des études, et à titre accessoire. L'ignorance complète est préférable aux préjugés et à l'infatuation d'un demi-savoir. Une éducation classique toute en surface a souvent faussé le jugement et gâté les intentions des hommes appelés par leur intelligence ou leur position à influer sur les destinées de notre pays. On ne s'est pas assez persuadé, dans la théorie, on n'a nullement pris garde, dans la pratique, que les faits et gestes des anciens n'ont souvent aucun rapport, ou même sont en complet désaccord avec les besoins et les aspirations de notre époque. Notre système d'éducation, qui nous fait vivre dès l'enfance au milieu des Grecs et des Romains, nous habitue à les comparer sans cesse à nous, à juger leur histoire d'après la nôtre, et à expliquer nos révolutions d'après les leurs... De là, sont venues beaucoup d'erreurs. Or, les erreurs en cette matière ne sont pas sans danger. L'idée qu'on s'est faite de la Grèce et de Rome a souvent troublé nos générations. Pour avoir mal observé les institutions de la cité romaine, on a imaginé de les faire revivre parmi nous. On s'est fait illusion sur la Hberté chez les anciens, et pour cela seul la hberté chez les modernes a été souvent mise en péril (1). »
Volney, qui, dans ses leçons professées à l'école normale, a très judicieusement examiné l'espèce et le degré d'utilité qu'on peut retirer de l'histoire, après avoir reconnu le genre d'utilité dont je viens de parler, en signale une