Id. ibid. p
3. Mais une latinité francisée^ comme Duriva\\ le fait obsôrvori p. 50 de son Examen*
de pure méiûoîre ; mais c'est le seul que Télève ait à faire : le reste ne sera plus qu'un jeu ; la réflexion achèvera ce que la mémoire a commencé. Et d'ailleurs, ce travail ne dure guère plus de deux mois, quelquefois moins de temps. L'élève a dans ses mains une traduction- littérale qui Taide à comprendre le sens des mots qu'il apprend. Le maître n'explique rien : il vérifie seulement si la leçon est sue et comprise. Pour cela, il a recours à tous les moyens : il prend au hasard un mot, une expression, une phrase de ïEpitome français, et l'élève doit répondre par le mot,
, l'expression, la phrase de VEpitome latin. Le même exercice se fait en sens inverse, du latin en français. Jacotot affirmé que cette vérification est facile à tout le monde, et
' qu'il ne faut pas savoir le latin pour la faire. En somme, le résultat de ce travail préparatoire, c'est qu'un homme qui
' sait r£pï7ome parle latin bien ou mal, après deux mois
' d'étude. « Non-seulement il peut parler, mais il comprend ce qu'on lui dit, probablement parce qu'il entend VEpitome dans toutes les bouches, répété tout entier tous les jours,
] tant par les autres que par lui-même. »
Tous ces exercices de mémoire ne vont pas sans un certain travail d'examen et de comparaison, c'est-à-dire sans un exercice d'intelligence. Par exemple, l'élève sait que Deus creavit cœlum et terrain intra sexcUessignirieDieu cria le ciel et la terre en six jours; pour savoir quel est le mot qui veut dire jours en latin, il lui suffit de se rappeler que primo die se traduit par le premier jour, et cette comparaison lui apprend la signification du mot dies. Dès que l*élêve comprend les phrases, leur comparaison lui fait deviner lès mots ; la comparaison des mots lui dé-* Couvre la signification des syllabes. « L'enfant remarque les endroits où le livre emploie diç^ ou die^ ou diem^ etc.
Langue étrangère liT
. îl se rèpréséplà sans maître les circonstances différentes, et le voilà qui comprend la syllabe principale, le radical diy e, em, esn {!).
L'enfant sait déjà expliquer les phrases, les n^ots et les syllabes ; non qu'il comprenne toutes les syllabes, ni qu'il croie en coEpprendre aucune, car il fait ces observations mentalement, et sans parler. Mais il sait beaucoup plus qu'il ne croit, et Jacotot conseille de le lui faire remarquer. Du rjBste, la répétition continuelle des mêmes mots et des mêmes expressions invite l'élève à les comparer, à juger , de leurs ressemblances et.de leurs différences, et il n'a pas besoin de savoir tout VEpitome pour comprendre toutes les syllabes. Un jour, par exemple, creavit s'offre à sa mémoire à côté de vocavit^ deux mots dont il connaît le sens exact, et il découvre que la syllabe av est le signe du passé et que la terminaison U indique la troisième personne du singulier de ce temps. Terram rapproché de terras lui apprend deux syllabes nouvelles, dont il devinera la valeur quand le moment sera venu. Il sait coegit, œgo, ago, coactus ; il voit un a devenir e, puis disparaître, un g qui se change en e, un t qui s'introduit dans cette espèce de mots ; dans eduxit et duco^ il trouve tout ce qui lui faut pour s'expliquer le changement de c en x. La décomposition des mots en syllabes et en lettres lui apprend que se signifie quelquefois devenir ^ notescU ; que ac représente l'idée d'habitude, mendaces ; etc., etc. Il apprend tout cela seul, le maître se borne à vérifier qu'il le sait, à l'exciter à bien démêler le sens des mots, des syllabes et des lettres.
Après avoir procédé par décomposition, il faut revenir aux signes composés. L'anatomie, Tautopsie, dit énergique**
1, l^angne étraff^ère^ p. 10,
ii8 4. utotoi^
ment Jacotot, de chaque mot, nous a fait connaître ces st-* gnes simples De et v^y du composé latin Dem. Cette ana* lyse du mot employé par Fauteur nous force à analyser sa pensée, à deviner son dessein en l'employant : ainsi les enfants qui commencent à apprendre la langue maternelle, cherchent à pénétrer le dessein de celui qui parle, à lire dans son âme en écoutant ses paroles. Ce travail sert surtout à faire découvrir les radicaux latins ; et, comme un petit livre les comprend presque tous (1), savoir T^pitome, c'est savoir la langue latine. Ce travail qui apprend à réunir les lettres pour faire des mots, c'est-à-dire des signes composés, sert encore pour assembler des mots et composer des expressions. On recommande à l'élève de remarquer toutes les expressions, et aussi les tournures, les locutions. Enfin, l'ordre des mots est un signe, qui diffère suivant les langues, qui est, dit Jacotot, une convention, et il faut s'assurer que l'élève observe et apprend cet ordre pour la langue qu'il étudie.
Quand l'élève avait répété, examiné, vérifié YEpitome^ il prenait Cornélius Nepos, avec la traduction, et le lisait de la même façon : c'était l'ouvrage d'un mois. S'il rencontrait par hasard une syllabe qu'il n'eût pas encore vue, il comparait, cherchait les ressemblances et les différences, rapportait ce fait à ceux qu'il connaissait, et le moindre rapprochement suffisait pour lier dans son esprit cette connaissance aux ai\tres. Après le De viris raconté, tous les jours, comme VEpitome, et récité tous les jours, on fait lire Horace avec la traduction. « Mœcen.,. as at,,. av,,. is 6... dit..»e reg.,. ù.^bus, etc., on entend cela lorsqu'on connaît at,., tulitav,.,ios meus, aqu,,,i$, 6.,. duxit^ d„. edit^
i. C*est ce que Durlvau nie formellement^ toc. cit. p. 48,
LANGUE ÉTHANGÈRE 149
pallie.,, it.., us, Adam,, ,6, reg„,i' fructi,,,bus. Or, toutes ces syllabes sont dans YEpitome : donc, etc. Quand Horace sera compris, on le relira sans cesse (1) (2). »
L'élève apprend la prosodie dans Horace, comme il a appris la grammaire et la rhétorique française dans Télémaque, et la grammaire et la rhétorique latine dans VEpi" tome et le De viris ; car on lui a fait faire, pour le latin, tous les exercices de composition qu'il avait faits pour le français. Dès qu'il sait scander une ou deux odes et une page de l'Art poétique, on lui fait vérifier la prosodie ; « il voit que la préposition e est longue, que le vocatif en e est bref, et il s'aperçoit qu'il sait tout cela ; édite est un dactyle dans la première ode d'Horace ; il l'a appris depuis longtemps. Ce serait un service à rendre aux élèves de l'Enseignement universel que de faire imprimer YEpitome en marquant la quantité sur tous les mots (3). »
En résumé, pour Tétude des langues mortes ou étrangères, comme pour la langue maternelle, la méthode était l'analyse précédant et préparant la synthèse, et l'une et l'autre opérées, autant que possible, par l'élève lui-même. Jacotot ne niait pas cependant qu'on ne pût apprendre une langue, mais plus lentement et plus mal, par le procédé synthétique ou le paradigmatisme. « Je sais bien, disait-il, que la langue est dans la grammaire : par conséquent, celui-là ferait encore de l'Enseignement universel, qui apprendrait les rudiments par cœur, dans l'intention d'y trouver ensuite tous les autres livres. Je crois seulement qu'on