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IMPftOVISATiaN 171
provîsons tous et toujo\irs. « Nous improvisons tous ea lisant, comme en regardant, en tâtant et en écoutant. Chacun de nos sens nous fournit, dans un instant, une infinité d'idées et de sentiments qui existent tous à la fois sans se mêler, sans se nuire. Ce n'est que sur le papier que la pensée et le sentiment s'étendent et s'affaiblissent en se divisant par des signes qui s'isolent par leur nature, et ne se réunissent que par la pensée qui les rattache à Tunité (1). » Ainsi, qu'une mère revoie son fils que la guerre a failli lui ravir : son saisissement, à la vue de ce qu'elle aime, ces embrassements, ces étreintes, ces larmes, ces baisers, ces sourires, ces regards, ces soupirs, ce silence même, « ont tout dit. L'improvisation des pensées et des sentiments est complète : Homère, Virgile et Racine ne peuvent atteindre cette perfection que comme pères (2). » Comme poètes, ils pourront l'exprimer mieux que d'autres, mais seulement par à peu près. Ils le pourront, parce q^u ils sont capables de parler, comme chacun de nous, le même langage naturel, et parce qu'ils ont appris la langue artificielle qui le traduit. La pensée est toujours prête : il s'agit d'apprendre à improviser l'expression dans la langue artificielle que l'on sait, prose, poésie, musique, dessin, peinture.
On peut improviser par écrit ou de vive voix. Improviser en écrivant, c'est écrire aussi vite qu'on parle ; improviser en parlant, c'est penser aussi lentement qu'on parle, ou parler aussi vite qu'on pense. Tout cela s'apprend. On apprend à faire difficilement des vers faciles : il faut avoir étudié longtemps pour cela ; de même on doit apprendre à faire facilement des vers faciles. N'a-t-on pas dit de Corneille que ses beaux passages lui étaient soufflés par un