Lanque maternelle
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bon esprit? De même le hasard des circonstances avait donné, soit à Mirabeau, (1) soit au P. Bridaine, l'éducation convenable pour devenir improvisateurs. Les orateurs qui savent improviser sont peut-être les meilleurs. Les discours de Mirabeau ne sont pas faits pour être lus ; mais leur charme opérait sur ceux qui les entendaient. Nous pouvons toujours admirer Bossuet, parce que ses discours étaient écrits plus que parlés ; mais nous savons que son éloquence vivante n'a pas été appréciée par ses contemporains autant que son éloquence morte l'est de nos jours. C'est qu'il ne suffit pas de parler, ni même de penser avec un art suprême : il faut remuer les auditeurs, il faut leur traduire en langage artificiel les sentiments que la langue naturelle exprime à merveille. L'orateur qui aura acquis l'art difficile, mais accessible à tous, d'inproviser dans celte langue, d'exciter les passions, et sans perdre une minute, dans le moment décisif, celui-là sera l'orateur parfait. Le vrai mérite oratoire, quoi qu'en ait dit maint rhéteur, consiste à réussir plutôt qu'à composer un beau discours.
Tout homme a le génie, mais non pas le talent de l'inprovisation. « Improviser, c'est parler tout seul à des gens qui vous écoutent, sans vous arrêter, sans réchauffer sans cesse votre verve par des interruptions, c'est donner des explications qu'on ne demande point, résoudre des objections qu'on n'a point faites, en un mot, c'est être acteur tout seul en présence de spectateurs qui répondront si cela leur plait, qui garderont le silence s'il leur convient. » Dans la conversation, chacun improvise ; autant d'interlo-
1. Mirabeau improvisait ses discours, et disait souvent les discours des autres. Mais il improvisait, maître de lui, immobile ; « même aux instantsdecolère, il parlait lentement, avec autorité, appuyant sur chaque mot pour lui donner toute sa force » (M. Gaucher. Àev. polU, et un, 27 janvier 1883.