IMPROVISATION
cuieurs, autant de discours différents; les interruptions ne peuvent même qu'exciter davantage. Mais le silence de l'auditoire, tous les regards tournés sur celui qui parle dans une société Tépouvantent. Il se laisse distraire, il se tait, ou il ne dit pas ce qu'il devait dire. La première règle de l'improvisation est donc celle-ci : 't Apprends à te vaincre.» Il faut être maître de soi, des mouvements de son cœur, en possession de sa raison. C'est elle qui souvent manque, et non le génie. Imaginez tous les défauts que peut avoir un orateur : s'il sait la langue, il ne pèche que par déraison, c'est-à-dire par distraction. Il faut être au-dessus des applaudissements et des censures, et surtout ne pas se laisser intimider par les cris. Bien des fois, on ne les calme que par « une sottise oratoire » ; ainsi Phocion, se voyant applaudi par le peuple athénien, se retourna pour demander à son voisin : « N'ai -je point lâché quelque sottise? » Pour dominer une assemblée, il faut être soi-même « calme dans les plus grands mouvements oratoires. Modérez-les parce que vous le jugez convenable, et non parce que vous manquez de courage. C'est la raison seule qui doit être votre gouvernail. Il est d'ailleurs des circonstances où le devoir exige de ne tenir aucun compte de tout ce fracas. Socrate disait à Âlcibiade, en lui montrant les Athéniens un à un : Voyez, voilà pourtant celui qui vous fait peur quand vous montez à la tribune.... Mais, direz-vous, il est dans la nature d'être intimidé par le nombre. Sans doute, tout est dans la nature : il est dans la nature de se laisser emporter au torrent comme de le remonter ; mais celui qui lutte contre Içs flots, use des forces que la nature lui adonnées. Si vous ne pouvez pas vous vaincre, vous n'êtes pas homme : roulez et taisez-vous (1). »
1» Langue maternelle, p. 277.
iO.
Une règle essentielle de Timprovisation, c'est de parler sans hésitation des le premier jour. Si Ton ne se résigne pas à parler mal, on n'apprendra jamais à parler bien. Qu'on prenne cela, dans le commencement, comme un jeu, une gageure, un exercice proposé par le maître, et on verra ce qu'on peut, si l'on veut. Donc pas de fausse honte, pas de déraison. Fâîble est celui qui se laisse arrêter par la peur de dire des sottises. « Une fois le préjugé reçu qu'il ne faut point parler pour dire des sottises, on ne peut plus improviser dans sa langue... Il craint de passer pour uùe bête, et il se tait ; voilà déjà un jour perdu (1). » Quelque sottise qui échappe, elle ne doit point nous distraire ; une fois la phrase commencée, il faut la finir sans désemparer, et ne jamais revenir sur un mot lâché. Le discours doit faire un tout complet, sans solution de continuité ; dès le premier jour, il faut commencer , continuer et finir ; il faut se posséder, ou du moins s'exercer à l'audace contre soi-niême, contre son orgueil ou ses prétentions à l'esprit (2) »*
Cet exercice de là parole, d'après un modèle, nous paraît réunit plusieurs avantages. Comme l'écrivait récemment un admirateur de Jacotot, « l'improviisation était un moyen en même temps qu'une faculté. Elle éveillait un profond intérêt sur toiit ce que les élèves entendaient ou disaient. Elle amenait directement les facultés de l'enfant à exercer leur propre activité. Elle tendait à développer la