‹ J. Jacotot et sa méthode d'émancipation intellectuelleChapitre 69 sur 78 · IMPROVISATION · texte numérisé non relu

IMPROVISATION

volonté et le pouvoir de se dominer, et à donner une direction harmonieuse aux autres facultés (1)* »

Rien de plus précieux que la faculté de parler et d'écrire sur ^le champ une suite de pensées bien ordonnées. •Cette faculté ne convient pas seulement aux futurs orateurs, avocats, professeurs, hommes d'État ; et [notons en passant que l'exercice qui la produit peut éveiller et déve^ lopper de bonne heure de réelles aptitudes : il est utile à tout homme de pouvoir exprimer ses idées, même en simple conversation, d'une manière sûre et aisée. Berkeley disait « que la moitié de la science et du talent des Anglais est perdue parce que Télocution n'est pas cultivée dans les écoles. » Combien de rudesses de style, et de détails disparates aurait évités au timide Corneille l'aptitude acquise de bonne heure d'exprimer sqs idées et ses sentiments dans des réunions de société ! Combien d'actes de sauvagerie, d'élucubrations solitaires et désordonnées, de pensées misanlhropiques et de paradoxes antisociaux, cette habitude d'expansion et de pondération des idées aurait évitées à J.-J. Rousseau I II y a pourtant un revers de la médaille : l'abus de l'improvisation peut en compromettre les avantages. Diderot est un exemple du gaspillage d'un talent supérieur sans cesse excité à produire, au jour le jour, au hasard des sociétés, et sans vouloir ni pouvoir s'arrêter sur rien ni rien creuser. Jacotot lui-même avait remarqué qu'avec cette facilité d'écouler des expressions fournies par les souvenirs du livre-modèle, « on peut acquérir de la faconde et une grande facilité d'élocution. » C'est au maître à surveiller ses élèves, c'est à l'élève à se surveiller lui-même, pour prendre la facilité d'élocution et laisser la faconde.

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