‹ J. Jacotot et sa méthode d'émancipation intellectuelleChapitre 7 sur 78 · Langue matemellef p. 208, 5* édition · texte numérisé non relu

Langue matemellef p. 208, 5* édition

L ÉGALITÉ INTELLECTUELLE il

de comprendre ou à rintelligence proprement dite? « Sur cent hommes, écrivait Locke, il y en a plus de quatrevingt-dix qui sont bons ou mauvais, utiles ou nuisibles à la société par Tinstruction qu'ils ont reçue, et c'est dç l'éducation que dépend la grande diflférence aperçue entrje eux. » Remarquons ici que, tout en confondant peut-être les eflfets de l'instruction et ceux de l'éducation morale, et les exagérant, Locke ne paraît pas tenir compte des dispositions naturelles (1). Son. disciple Helvétius surr faisait encore l'efficacité de l'éducation. La nature, selon lui, a doué tous les hommes du degré d'attention nécessaire pour s'élever aux plus hautes idées ; mais l'attention étant une fatigue, tout se réduit à savoir si les hommes ont des passions assez fortes pour changer cette fatigue en plaisir, pour vouloir être attentifs (2). C'était là, à peu de chose près, la doctrine de Jacotot : l'inégalité des intelligences vient, disait-il, « de ce que nous n'avons pas tous les mêmes goûts, les mêmes dispositions, c'est-à-dire la même volonté. » Le hardi réformateur ne craignait pas de battre en brèche le bon sens, l'expérience et la psychologie la plu3 vulgaire. Mais son paradoxe, comme beaucoup d'autres, n'était peut-être au fond qu'une vérité exagérée ou mal exprimée. Il convient de regarder dans le vrai sens son étonnante formule, et de réduire à ses justes proportions le vrai qu'elle contient.

Il suffit d'ouvrir les yeux et de faire appel à ses souve-

1. M. Compayré en fait justement la remarque dans sa traduction des Pensées sur V éducation, p. 2; il est vrai qu'à la fin du livre, p. 3fô, il nous montre Locke eh contradiction avec lui-même : a II n'y a peut-être pas deux enfants qui puissent être élevés par des méthodes absolument semblables. ))

Page 1