Itanf/uê matemeUef p. lU. — Désertes pensait de même
passioBS, que nous pariond tous dans Toccasion, ne sont pas si loin de nous qu'on le croit. Par exemple, « voici un ûrliilce oratoire, c'est la répétition. Cet artifice est connu de tout le monde ; c'est ce qu'il faut remarquer. En général, le but principal de l'étude est de distinguer avec soin ce qu'on a appris pour ne pas l'oublier, et on répète aussi ce qu'on fait naturellement pour prendre l'habitude de le faire à* volonté. C'est le commencement de l'art. L'homme ému . dit toujours la même chose, et quand il manque d'expressions, il redit les mêmes mots. Il se défie de l'impression fugitive produite par quelques signes, touîpurs en trop petit nombre, selon lui,* pour communiquer ses sentiments qui débordent. L'art n'est que l'imitation de la nature; et, chose singulière, quoiqu'il ne s'agisse jamais que de faire ce que nous avons fait, ce que tout le monde fait, il faut apprendre l'art par des exercices répétés et une attention soutenue, afin de décomposer et de graver ainsi, par parties, dans notre mémoire, une réflexion dont le plus simple dçs hommes nous fournit à chaque instant le plus parfait modèle. Nous employons tous la répétition de Fénelon, quand nous éprouvons le besoin de communiquer nos sentiments : voilà la nature, voilà l'homme. Mais montrer aux autres le signe d'un sentiment que nous n'éprouvons pas d'abord, sentir à volonté, voilà Fénelon, voilà l'orateur » (1). '. ,
Mais l'orateur éprouve-t-il toutes les émotions qu'il exprime? Le pourrait-il? Persuader est son but ; émouvoir, son moyen ; voilà tout. La rhétorique est donc une arme à deux tranchants, elle a ses avantages et ses inconvé^ nients, comme tout le reste ; « il n'y a qu'une chos.9
.'1« Langue maternel^, p^ 49«
i^i ). JACOTOt
qui n*ait pas d'inconvénients, c'est la vertu »• Jacolot développe , non sans originalité , la vieille définition d'Aristote ; la rhétorique enseigne ce qu'il faut faire pour persuader. « J'ajoute que la rhétorique est l'art de persuader, et que persuader c'est plaire et émouvoir. On plaît par les mœurs qu'on montre ; on touche en excitant les passions. En faut-il davantage pour démontrer que la rhétorique et la raison n'ont rien de commun ? Si: nous étions raisonnables, il n'y aurait point de rhétorique : la vérité n'en aurait pas besoin pour nous plaire ; l'erreur se glisserait en vain sous des fleurs, elle ne pourrait pas nous séduire. Faut -il donc renonjier à la rhétorique? Autant vaut demander si nous pouvons cesser d'être hommes; mais il n'est pas moins vrai que la gradation, toutes les règles et figures de rhétorique, n'ont aucun rapport avec la vérité. Il faut bien tâcher de nous persuader certaines vérités, puisque nos passions cherchent à nous persuader l'erreur. Nos passions n'attaquent pas la géométrie, et la géométrie se montre sans rhétorique. La vérité, comme Terreur, peut se présenter enveloppée d'une période arrondie ; mais le nombre des membres, leur assortiment, leur cadence sus-» pendue, n'ont, encore une fois, aucun rapport ni à la vérité, ni à Terreur qu'elles accompagnent. La vérité leur donne du prix, et elles servent à farder Terreur; mais ce cortège imposant est le même dans tous les cas. C'était la même légion qui entourait le trône de Trajan et de Com-< mode.
« Cependant l'orateur sent quand il lui platt, et voici comlûent. Quand nous lisons Racine, nous sommes émus à la vue des signes qu'il nous présente : donc, si la mémoire du poète lui rappelle ces signes qu'il a appris, il doit être ému lui-môme. C'est une suite d'actiopa et de réactions qui
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produirait le mouvement perpétuel de la pensée, sî les distractions inséparables de notre nature n'interrompaient le cours de ce fleuve intarissable dans sa source, et dont les débordements nuisent à son écoulement régulier. La grande difficulté, dans ces moments d'agitation, n'est pas de savoir ce qu'il faut dire, mais ce qu'il faut tenir en réserve. L'intelligence fournit des torrents; c'est à l'art à les réunir ou à les diviser; mais puisque l'art s'apprend, il n'est pas l'esprit, car l'esprit ne s'apprend pas (1). »
L'art s'apprend : chaque art a sa langue, et celui qui la sait le mieux est celui qui la parlera le mieux, s'il le veut. « Il y a, dans une langue, une infinité de langues particulières, même en littérature. Il y a la langue du barreau, celle de la chaire, etc. ; ainsi de suite pour tous les genres. Il y a la langue de l'ode, celle de la tragédie, de la comédie, de la prose dans tel cas, de la prose dans tel autre, etc. Le génie ne peut rien deviner de tout cela ; et voilà pourquoi tel homme, qui n'en sait qu'une, parle mal toutes les autres, quel que soit son génie. Tel autre en sait deux ou trois, et passe pour un génie universel. On oublie qu'il ignorait la langue de l'ode et celle des comédies, etc.; car il avait assez de génie : ce sont les signes qu'il ne connaissait pas. L'erreur vient de ce qu'on étudie les langues comme si elles n'étaient qu'un recueil de mots : on croit qu'on possède la langue, et l'on n'est encore nulle part. Peut-on savoir toute une langue? Non, par la raison que je viens dédire. Cette raison est-elle bonne? Je le crois, et je vous conseille d'étudier d'après cette supposition (2).» • L'orateur n'est donc pas l'homme qui sent le plus vivement, mais, comme le grand acteur, ainsi que Diderot Ta