‹ J. M. GuyauChapitre 10 sur 98 · XVI QUELQUES JUGEMENTS SUR L OEUVRE DE GUYAU · texte numérisé non relu

XVI QUELQUES JUGEMENTS SUR L OEUVRE DE GUYAU

tout d'abord assuré de la sympathie des âmes... Dans les œuvres de Guyau, l'esprit et l'âme sont tellement mêlés l'un à l'autre, qu'à l'écouter, on se surprend à le regarder vivre. Bien peu, j'en donnerais presque l'assurance, sont sortis d'une lecture de Guyau sans éprouver le contentement de vivre et sans croire à la puissance éternellement fécondante de la sympathie... Les doutes qu'il a si sincèrement et si poétiquement exprimés méritent de secouer la torpeur dogmatique des uns, le scepticisme indolent des autres; à tous les méditations de Guyau seront profitables, à ceux-là surtout qui pensent autrement qu'il n'a voulu penser.

(Dauriac, étude sur Guyau, Année philosophique, 1891.)

Guyau réunissait quelques-uns des plus beaux et des meilleurs côtés du mouvement intellectuel le plus récent; il savait la valeur de l'esprit scientifique, et que tout ce qu'on essayera dorénavant de fonder sans lui sera caduc; il savait aussi que la science ne sait pas tout, et qu'il faut à la fois respecter les anciens abris qui tiennent encore et en construire à la hàle de nouveaux — pas aussi solides qu'on le voudrait — pour ceux dont les anciennes croyances se sont écroulées: pardessus tout, on remarquait dans ses écrits celle générosité de sentiments, cette chaleur de cœur, ce besoin d'union et d'harmonie qui lui ont fait de beaucoup de ses lecteurs autant d'amis inconnus.

(Paulhan, le Nouveau Mysticisme.)

L'œuvre de Guyau exerce une influence vivifiante sur les jeunes âmes. Le secret en est dans la franchise de sa pensée, dans sa foi en la puissance de la sympathie et de la solidarité humaine, et aussi dans le charme de sa jeunesse. Ce qui fait, selon nous, la saveur originale, unique, des œuvres de Guyau, c'est l'union en lui des qualités de l'artiste avec le sentiment le plus vif et le plus intelligent de la science moderne. Il pense et il écrit avec l'heureuse liberté d'un Athénien pour qui la vérité ne fait qu'un avec l'harmonie et la beauté : de là, en partie du moins, son aversion instinctive pour le dogmatisme d'appareil lourd et pétlantesque. Mais c'est un Athénien familier avec Comte, avec Darwin et Spencer, qui se passionne pour les grands problèmes de la vie et de la société. Cette passion est eommunicative. L'ardeur de Guyau est contagieuse. Et l'on ne peut s'empêcher de conclure qu'en perdant Guyau, nous avons décidément perdu un bienfaiteur de la pensée contemporaine. (Lévy-Bruhl, Revue philosophique, janvier 1892.)

UYAU

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